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Le bon moment - Du concept d'une image
tutoriel bon moment
Col de l'Izoard, Hautes-Alpes. [Ref. 932.2]
Appareil Fuji GX617, objectif SWD90mm f5.6, Film Provia 100F, Trépied carbone Gitzo, Expostion 1/4 f22 ½

Pour une image interprétée artistiquement, on aura pris soin : d'adopter un point de vue donnant une répartition adéquate des volumes et des surfaces, d'attendre un éclairage optimal qui apporte une note individuelle et une ambiance impressionnante, de patienter jusqu'à ce que la formation de nuages dans le ciel soit idéale et apporte un accent dramatique, de cacher habilement tous détails gênants, de choisir l'heure mais également la saison idéale pour créer des contrastes saisissants, de surveiller pendant des jours la fenêtre météo adéquate... Une anecdote pour cette photographie prise au petit matin. Depuis 2 heures d'interminables traînées d'avions striaient le ciel, gâchant cette composition. J'observais impuissant les ombres se retirer peu à peu, décidé à rester tant qu'elles sculpteraient suffisamment ce paysage. N'y croyant plus, j'eu le bonheur qu'un vent d'altitude se lève et chasse les traces de passages d'avions. Tous les éléments du tableau étaient réunis.
Une photo de paysage, pour être transposée de façon créative, doit nécessairement être planifiée plutôt que spontanée. Explorons ce travail préliminaire de longue haleine qui précède la composition, à savoir la recherche du point de vue et du moment idéal.

Depuis que la photographie existe, les fabricants d'appareils photos alimentent le mythe : faire de bonnes photographies est facile et se résume à un simple déclenchement mécanique. "Vous n'avez qu'à viser et appuyer !" La publicité répand inlassablement l'idée qu'un certain transfert de compétence créatrice s'opère entre l'équipement et le photographe. Le génie de la technologie est claironné à des seules fins commerciales. De telles images, sans décisions en amont du déclic, sont forcément décevantes : nombreuses imperfections techniques, absence de points forts et de singularités, absence d'ambiance les faisant vivre... ; simples transpositions des scènes faisant face à l'appareil.

La recherche des emplacements

Une image "faite" et non "prise" débute par la recherche fastidieuse de points de vues sensibles. Il faut longuement arpenter les paysages en véritable explorateur, noter la localisation des sites découverts ayant un fort potentiel, juger de l'heure du jour le plus favorable et repérer la marche d'approche. L'attention doit être portée sur les sujets présentant des formes et des lignes captivantes et permettant un cadrage convainquant.
Certains sites pressentis demandent qu'on les parcoure plusieurs fois afin d'affiner l'approche visuelle de leurs espaces, et découvrir la saison qui les met le plus en valeur... En 'panorama', les cadrages qui fonctionnent sont encore plus longs à peaufiner qu'en format traditionnel, il est donc courant de s'abstenir et de chercher une autre scène.

Le rendu de l'espace

La photographie transpose une scène en 3D en une reproduction en 2D. En paysage, il est essentiel que l'impression de profondeur (relief) et la répartition des sujets dans l'espace soient conservées, voire même accentuées. Cette recherche du point de vue optimal de l'appareil rendant le meilleur effet de perspective s'effectue en étant allégé, à l'aide de viseurs détachables. En argentique 6x17cm, j'ai ainsi 3 viseurs : 90, 180 et 300 mm correspondant à des angles 20,40 et 70mm en 24x36. En numérique par assemblage, j'utilise deux viseurs zoom 15-35mm et 35-200mm, auxquels j'ai fabriqué un masque panoramique au ratio 1x3. Ils suffisent à mes productions de panoramiques plans obtenus le plus souvent par 'stitching' de 4 photos, le boîtier en position horizontale. Lorsque j'utilise ainsi un objectif 35mm, la prévisualisation du cadrage final est donnée par le viseur en position 17,5-18mm. A l'autre extrémité, si l'objectif 70-200 est utilisé en position 200mm avec le multiplicateur 1.4x (ce qui donne 280mm au final), le cadrage final s'observe avec le viseur en position 140mm. Petit aparté, le cadrage doit être précis si l'on souhaite faire une image créative et non une simple reproduction documentaire typée 'carte postale'. Et c'est d'autant plus essentiel en paysage grand angulaire extrême ou en panoramique extra large par assemblage. La très forte majorité des adeptes du 'stitching' n'utilise pas de viseur et ne connait pas précisément le recadrage final. Recadrage final horizontal induit par les contraintes du rapport hauteur-largeur souhaité. Recadrage final vertical dû aux imprécisions de mise en œuvre donnant des panos penchés (redressements de perspectives par le logiciel, respect de la pupille d'entrée, de l'horizontalité de l'appareil...). L'image finale apparaît ainsi inaboutie, ternissant les autres efforts ayant pu être portés par ailleurs (imagination dans le choix du point de vue, attente d'une lumière flatteuse, composition soignée). Fin de l'aparté. L'impression d'espace d'une image découle du nombre de plans la composant. Le choix d'un point de vue élevé augmente la profondeur (le champ vertical), au contraire un point de vue bas la réduit. Un horizon haut placé dans le cadre met en évidence les formations du terrain, un horizon bas permet de cacher un détail gênant.

L'éclairage adapté

La géographie dicte si l'image sera prise au lever, au coucher du soleil ou en journée et à quelle saison. En photographie d'extérieur, la dépendance vis-à-vis de la position du soleil et de la météorologie est totale. Aucune garantie absolue. Mais pour augmenter grandement ses chances, il faut apprendre à évaluer la position idéale du soleil et l'heure du jour la plus propice à la mise en lumière du paysage convoité. Des auxiliaires très utiles : une boussole et les tables d'éphémérides (positions dans le ciel du soleil et de la lune selon les heures de la journée).
Une belle image exige un équilibre entre la lumière et l'ombre. La composition doit favoriser la lumière en laissant, par exemple, le soleil monter suffisamment dans le ciel pour réaliser l'équilibre nécessaire entre lumière et ombre. Suivant l'accentuation désirée du terrain et des contrastes, on choisira des ombres dures (soleil bas ou en contre-jour) ou douces (soleil haut ou voilé). La direction de l'éclairage (latérale, frontale...) et des ombres portées des sujets accentuera plus ou moins l'effet de perspective, la plasticité des reliefs et la tension de l'image.
Nous voyons donc que l'éclairage adapté d'un paysage solutionne la question du moment idéal de prise de vue.

La météo, source d'atmosphère

La construction d'une ambiance nécessite d'être disponible "en dehors des heures de bureau", le matin, au point du jour, le soir au crépuscule ou juste après un orage. De tels éclairages ajoutent une tension supplémentaire à l'image. Reste que les prévisions météorologiques sont rarement fiables car non locales. Observer sans cesse le ciel dans la journée, essayer de comprendre les phénomènes microclimatiques crées par les paysages montagneux notamment, se former sur le terrain grâce à ses expériences restent les démarches les plus efficaces. Une nuit froide et purifiante amène généralement un petit matin dégagé. Mais nos espérances peuvent être brisées à l'aube, avec la formation de nuages bas. Au contraire, une journée "mal partie" peut voir une rapide évolution de ses conditions météorologiques et créer une combinaison unique de lumière qui surpasse l'image originale prévisualisée. La chance amène souvent la création d'images remarquables. Mais elle sourit plus volontiers, dira-t-on, aux personnes patientes, voire acharnées...
Enfin, se rappeler qu'un mauvais temps permet de s'occuper aux repérages d'autres images et qu'il n'empêche nullement de faire de très belles photos (voir à ce propos mon article sur la proxiphoto).

Le choix de la saison

La période de l'année dicte la position du soleil à son lever ou à son coucher, la quantité, mais aussi la direction et l'angle de la lumière atteignant le paysage au cours de la journée. Certaines montagnes ou certains bâtiments ne verront leurs faces nord éclairées qu'en été. Le printemps est une période passionnante à enregistrer : des myriades de fleurs, des couleurs vives et variées, une explosion de nouvelles pousses créant une vibration de feuillage vert frais.
L'été est une période stimulante, elle autorise de longues journées, présente un fort ensoleillement, des éclairages intéressants à l'aube et au crépuscule. Les mois de juillet et août restent les mois les moins attrayants : peu de jeux de lumières, des brumes de chaleur qui peuvent créer du flou lorsqu'on utilise un télé, une lumière dure - seulement 2h après l'aube - produisant un éclairage plat. Les arbres et les plantes fleurissent, mais le paysage présente souvent une profusion de verts, soit une monotonie tonale, avec peu d'impact contrasté ou visuel. Un panoramique contient une grande quantité d'informations visuelles ; si trop de valeurs tonales et de textures se retrouvent semblables, l'image ne convainc pas. Il faut ainsi s'atteler à chercher des contrastes dans le paysage, explorer les limites : lieux où l'océan rencontre la terre, une forêt rejoint une rivière, une montagne touche le ciel...
L'automne a la préférence des photographes de paysages. Au programme, les couleurs féeriques des feuillus, des journées très claires avec un air cristallin (propice à l'utilisation d'un téléobjectif), des ambiances de brumes, tout un panel de couleurs intenses, des lumières douces, des phénomènes météorologiques variés. Revers de la médaille, l'optimale des couleurs ne dure que quelques jours et est imprévisible ; lui succèdent des tons bruns mornes. Egalement à garder à l'esprit, cette saison est ressentie comme triste par une bonne part de la population.
L'hiver a sa part de magie avec ses jours de givre, ses températures basses et ses teintes associées, sa visibilité superbe et sa clarté, ses lumières dramatiques produites par ses rayons bas, ses ambiances atmosphériques. Mais les belles idées de photos nécessitent beaucoup d'assiduité et de réflexion pour ne pas juste renvoyer une impression de désolation...

Tout revoir avec un oeil neuf

Une dernière fois, il est primordial, après avoir réfléchi à tous ces aspects, de se reposer la question fondamentale : l'objet de la prise de vue est-il toujours bien identifiable, suffisamment évident et visible ? Le résultat est-il convainquant ? N'a-t-on rien oublié pour souligner la spécificité et la force du sujet ? Si on le quitte des yeux quelques minutes en changeant ses pensées, ne trouve-t-on rien à améliorer ? Abandonner ou s'obstiner ? Vivre cet instant si précieux où l'on pense détenir un emplacement valable et où l'on a réfléchi à toutes les conditions pour le présenter sous ses meilleurs atours. D'autres jeux alors nous attendent, le perfectionnement d'une composition équilibrée et riche, puis l'attente d'une lumière magique. Mais tout cela vous sera conté dans un prochain article.
Compliquée, la photographie de paysage ? Certains vous diront que tout cela n'est que plaisir.
tutoriel photographie realite verite
Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Paris. [Ref. 501.4]
Appareil Fuji GX617, objectif SWD90mm f5.6, Film Provia 100F, Trépied carbone Gitzo, Expostion 1 min f45

Paris, ville lumière, s'admire de préférence la nuit, et pour les photographes, plus précisément au crépuscule, entre chien et loup. La palette de couleurs est tellement variée que j'ai alors l'impression de pouvoir choisir les ambiances colorées. Pont Mirabeau, rive droite, une particularité, la circulation des voitures se fait dans un seul sens, les feux rouges arrière des véhicules laisseront des traînées lumineuses pendant la minute de temps de pose, créant une belle diagonale rouge. Lors de cette prise de vue, je me positionne sur une étroite bande protégée, je retiens mon souffle pendant que les voitures me frôlent. Sensation de fragilité...
La route et l'alignement des grandes tours convergent vers les dentelles de métal de la tour Eiffel ressemblant à un vaisseau spatial dessiné par Jules Verne.

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