Histoire d’une photo – Laguna Colorada

Fév
21

7573-voyage-bolivie-Lamas-Laguna-Colorada-panorama-sentucqEn 2004, je tente avec ma compagne une traversée à pied et en stop du Sud Lipez en évitant les agences de tourisme. La perspective de passer des journées tassés dans un 4×4 inconfortable qui n’autorise que des pauses photo express ne nous enthousiasme guère. Mais tout est fait pour que l’on ne puisse y échapper. Chiche !

Cette région dont l’altitude moyenne se situe vers les 4.300 m est l’une des plus arides de la planète. Nous commençons par une période de quelques jours d’acclimatation à la haute altitude dans les pourtours du désert d’Atacama. A notre arrivée à la Laguna Verde, tout près de la frontière Chili-Bolivie, une grève générale débute et plus aucun véhicule n’a le droit de circuler… Il est très difficile de savoir si l’on peut s’approvisionner en eau sur la première partie du parcours, aussi nous renonçons à l’idée de partir à pied.

Nous restons bloqués là, et passons 3 nuits sous notre tente, à – 20°C, avant d’être enfin pris en stop par les membres d’une délégation syndicale. Ceux-ci nous conduisent à l’usine la plus haute du monde, Apacheta, à 5.030 mètres d’altitude. Sur les flanc d’un volcan semi-actif, celle-ci extrait de l’acide borique et utilise le potentiel de nombreuses sources géothermiques (l’eau y sort à 88°C). Ambiance irréelle et moment de vie partagé avec ces ouvriers de l’extrême.

Le lendemain, nous nous faisons déposer à une journée de marche des berges de la Laguna Colorada que l’on souhaite atteindre. La marche est rapidement épuisante à cette altitude de 4.500 m. Nos sacs sont lourds du fait de notre autonomie en eau et en nourriture. Et après 1 semaine à subir un vent violent, des tornades de poussière, ceci dans un froid intense, on se sent écrasé de fatigue. Sans oublier le mal de crâne permanent dû à l’altitude.

Je décide de m’arrêter à un site que je pense stratégique. Le lendemain matin, à l’aube, des lamas et des flamants roses s’affairent tout près de nous. Un maigre ruisseau d’eau douce, ressource ici rarissime, se jette dans la lagune. Je déplie mon trépied, peaufine le cadrage. J’ai tout mon temps pour capter une scène idéalisée, en immersion totale dans leur milieu. Quelques heures plus tard, sous le soleil de l’après-midi, les algues de la lagune lui donneront cette couleur rouge si unique.

Anticiper et se donner le temps. Deux ingrédients nécessaires pour « voir de la manière la plus forte ». Le Sud-Lipez, un désert, impensable et insolite, qui se mérite !

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La photo prise quelques heures plus tard, toujours à moins de 100 m de la tente

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