Les jetées sont une suggestion subliminale de partir, l’espoir de meilleurs lendemains, elles titillent nos instincts primitifs d’explorateurs, curieux de savoir ce qui existe au-delà de l’horizon.
Voilà une question que je me suis longtemps posée. Comme la plupart des passionnés munis d’un appareil photo et consacrant du temps à cette activité, je me suis d’abord défini comme photographe. Chemin faisant ce curseur s’est déplacé progressivement et j’ai maintenant une idée très claire sur cette distinction.
Un photographe est avant tout un promeneur utilisant un appareil photo. Il se concentre sur la prise de vue et « sous-traite » généralement le post-traitement. Il collectionne les prises de vues sans forcément chercher à y imprimer sa patte ou faire entrer en résonance les images d’une même série. Son emprise sur le résultat final est limité.
De son côté, un artiste s’efforce de contrôler toutes les étapes du processus de son art jusqu’à l’œuvre finale (sans s’interdire de s’appuyer parfois sur des partenaires très soigneusement choisis). Chaque image est conceptualisée, sa prise de vue organisée. Il réfléchit à la technique à utiliser sur place, aux outils nécessaires. Puis traite l’image avec des logiciels spécialisés, revient dessus à plusieurs reprises en peaufinant sa vision.
L’auteur développe sur son blog sa démarche artistique, sa recherche de soi, rapporte des anecdotes et fait vivre ses pérégrinations. Il réalise des livres sans concessions qu’il accompagne jusqu’à l’imprimerie. Il échange, rencontre et communique sa passion par tous les moyens possibles. Il investit du temps sans compter. Et ce n’est pas donné, la technologie repoussant sans cesse ses limites.
La petite fraternité des artistes, des scientifiques et des philosophes savent, comme Le Petit Prince de Saint Exupéry, qu’on ne voit pas avec ses yeux mais avec son coeur.