De l’utilité des viseurs

Mai
12

viseurs

La photographie transpose une scène en 3 dimensions en une reproduction en 2 dimensions. En paysage, il est essentiel que l’impression de profondeur (relief) et la répartition des sujets dans l’espace soient conservées, voire même accentuées. L’impression d’espace d’une image découle du nombre de plans la composant. Le choix d’un point de vue élevé augmente la profondeur (le champ vertical), au contraire un point de vue bas la réduit. Un horizon haut placé dans le cadre met en évidence les formations du terrain, un horizon bas permet de cacher un détail gênant.

Quand je trouve un sujet valable, je l’explore plus avant à l’aide d’un viseur détachable. Il me permet d’évaluer la force respective de chaque image. Un coup d’oeil me suffit pour juger si la composition est suffisamment puissante. Cette recherche du point de vue optimal rendant le meilleur effet de perspective s’effectue ainsi en étant allégé.

En numérique par assemblage, j’utilise actuellement deux viseurs zoom, un 15-35 mm (Voigtlander) et un 35-200mm (Tewe), pour lesquels j’ai fabriqué un masque panoramique au ratio 3:1. Ils suffisent à mes productions de panos plans obtenus par ‘stitching’ de 3-4 photos, le boîtier en position horizontale. Lorsque je prévisualise un cadrage au 17,5 mm avec mon viseur, je sais ainsi qu’il me faut assembler des images au 35 mm. Si le cadrage idéal s’observe au 100 mm alors je saisis l’objectif 70-200 et le positionne au 200 mm. Une autre méthode consiste à activer le live-view de l’appareil avec le quadrillage et ne regarder que les deux bandes du milieu, le zoom en position 100 mm.

Pour les images destinées à être assemblées dans d’autres projections (panini, cylindrique…), le viseur ne me renseigne que sur la hauteur cadrée. J’évalue par l’expérience ce que je dois rajouter de part et d’autres du champ horizontal délimité par celui-ci. Et je joue des déformations géométriques typiques engendrées par la méthode d’assemblage choisie. Une application sur smartphone serait parfois la bienvenue…

Le cadrage doit être précis si l’on souhaite faire une image créative et non une simple reproduction documentaire. Et c’est d’autant plus essentiel en panoramique extra large par assemblage. Les adeptes du ‘stitching’ n’utilisent pas de viseur et ne connaissent pas précisément ce qu’ils compte garder. L’image finale apparaît ainsi inaboutie, amoindrissant les autres efforts ayant pu être portés par ailleurs (imagination dans le choix du point de vue, attente d’une lumière flatteuse, composition soignée).

Un cadrage permet d’isoler le sujet, cette portion de réalité, de son contexte, concentre notre attention sur ce que le regard du photographe juge digne d’intérêt (« regardez-moi »). Les éléments, au départ sans rapport ou sans importance, sont mis en relation entre eux. Le viseur panoramique aide grandement à développer un sens du cadrage adapté à ce format allongé. Il s’utilise de pair avec la vision qui crée une photo avant même de toucher un appareil… et un viseur 😉

Liens :
http://www.luminous-landscape.com/reviews/lenses/wa-tri-elmar.shtml
Viseur universel Leica grand-angulaire M : 16/18/21/24/28mm
Viseur Voiglander 15-35 mm
La Hoodman Loupe

Une réflexion au sujet de « De l’utilité des viseurs »

  1. RV

    Merci pour cet article. A l’heure du tout geek ou l’on cadre au liveview mal maitrisé ou en tendant le bras pour un selfie, il était bon de rappeler que ces petits objets en verre de cul de bouteille ont une certaine importance.

    Le cadrage c’est de la mise en scène. Qui plus est, la toute première. Cela s’apprend en observant quelques règles communes à la peinture au cinéma et à la photo. Inutile de les énumérer ici, on les trouve dans tout les manuels de cinéma. Mais mieux vaut assimiler les règles pour en jouer et prétendre un peu les transgresser.

    Si un sujet fort y est traité, une photographie raconte d’elle-même quelque-chose. Dans le cas de sujets plus discrets, comme peuvent l’être la plupart des paysages, l’intérêt de cadrer revêt tout son sens car c’est par ce biais là que l’histoire se révélera. Et en panoramique, on peut en révéler plusieurs d’histoires!
    Et puis, c’est par cet acte aussi, que se traduit le choix artistique du photographe. Par ce qui est montré dans le cadre et ce qui est caché en hors-cadre, il exprime son « point de vue ».

    Et si on n’a pas le budget pour acheter un Leica Universal wide-angle viewfinder M voici 3 petits trucs à se souvenir :
    1) http://static.intellego.fr/uploads/1/5/1504/media/truffaut.jpg
    2) fermer un oeil et plisser les yeux sert au peintre pour isoler les valeurs et couleurs mais sert aussi au photographe pour composer en fonction des valeurs de luminance.
    3) fabriquer un viseur sportif dans du carton: Mais pour un Gd-Angle c’est difficile à faire. (d’avance merci si quelqu’un à la méthode pour les focales grd-angulaires?!)

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