Une vie de créateur ne dure que 10 ans

Mai
27

14013    Musée des Beaux-Arts, Rouen (Seine-Maritime), MaiUne image « droite » de 200° de champs horizontal… pour servir la mise en scène tentant d’illustrer mon émotion ressentie dans ce musée.

J’empreinte cette phrase à Hayao Miyazaki, dans son film testament ‘Le vent se lève’ de 2013.
La flamme artistique dans toute carrière créative nécessite d’être nourrie et entretenue. Sous peine de connaître un pic éphémère.

Le temps de l’argentique
En 1998, je débutais, peu de sites de photographes sur la toile, mes premières images d’Ecosse m’amenaient à faire des passages radio, des expositions dans des lieux parisiens en vue. Au départ, pour me différencier, le choix d’un appareil grand format et la vision panoramique.
Pendant onze ans, avec détermination et des efforts considérables, j’ai appris à dénicher les lumières rares, composer en ‘cinémascope’, réunir les meilleurs conditions, traiter et imprimer mes images. Pour tenter de transmettre ma vision de ces moments d’intimité avec les paysages.

La nouvelle donne d’Internet
Fin 2008, après un baroud d’honneur sur les routes de France, je tourne la page de l’argentique. Un constat s’impose. En se démocratisant la photographie a rencontré un large public de passionnés. Internet s’est développé, exposant leur travail abondant. Les paysages connus semblent alors avoir tous été photographiés d’innombrables fois. Un monde très compétitif, saturé d’images*1, où il devient difficile de produire un contenu original et avoir un style reconnaissable.

Repousser les limites en numérique
En 2009, je passe au numérique afin de sortir de ma zone de confort, expérimenter face à des situations jusque là non maîtrisables et frustrantes. Je ressens ce besoin de me booster. Les limitations techniques*2 ne devraient pas être en mesure d’entraver la vision artistique. Les avancées technologiques ont révolutionné notre approche : il n’y a plus d’excuses pour les blancs cramés, les noirs trop sombres, le bruit de l’image ou le manque de résolution ou de netteté. Dans le champ infini des possibles, les ultra grand angles « plans » et les super téléobjectifs.

Vers la libération
2014, à mi-parcours de ma deuxième décennie de panoramiste, « l’immondialisation » croissante me fait m’interroger quant à mes décisions artistiques. Je ressens la lassitude grandissante du public pour les images pré-formatées toujours plus nombreuses dont il est assailli. L’humanité est sous le charme de l’innovation comprise comme une fin en soi*3. Toute mon énergie créative doit oeuvrer à contribuer à la beauté originelle du monde. Mais en transcendant les limites d’espace et de temps qui bornent la condition humaine. L’avenir de la photographie passe pour moi par les retrouvailles de la science et de la philosophie pour permettre d’explorer le monde au-delà de l’évidence et présenter son interprétation surréaliste*4.

*1 cf. mon billet sur L’inspiration
*2 billet à venir sur Photos Hi-Tech
*3 Il y a une tentation avec la technologie numérique à sous-estimer la valeur de la discipline et l’exécution rigoureuse. Face à sa complexité on recourt aux bricolages et aux automatisations… et on finit par oublier qu’elle doit servir la créativité. « L’art est une émotion supplémentaire qui vient s’ajouter à une technique habile. » (Charlie Chaplin)
*4 billet à venir sur Des paysages fusionnés

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