Archives mensuelles : août 2015

Pays sage : paysage culturel

Août
28

15111 Les estives du Cézallier en direction du Sancy, La Godivelle (Puy-de-Dôme), AoûtLa nature maîtrisée du plateau du Cézallier, le symbole d’un beau paysage

Une invention urbaine
En France, un paysage s’offre au regard comme la traduction des activités de l’homme sur la surface du globe. Un paysage de campagne est ainsi façonné par des siècles de culture paysanne. Pourtant, les paysans, qui sont les acteurs les plus proches d’un pays, sont paradoxalement les plus éloignés d’un paysage. Ils circulent dans le pays qu’ils perçoivent en perpétuel changement. Les citadins, au contraire, bloquent leur regard, cadrent un site et figent le temps. La notion de paysage est né de leurs regards esthétiques : un lieu domestiqué, cultivé, paisible, un pays sage, la campagne proche visible de la ville.

L’attrait d’un beau paysage
Un pays n’est donc pas d’emblée un paysage. C’est par la médiation d’une culture et la notion de beauté qu’il le devient. L’art de poser un cadre sur un décor, d’isoler une portion d’espace et de le décrire comme s’il s’agissait d’un tableau. Harmonies et contrastes des couleurs, de la lumière, des lignes et des formes… La représentation d’un espace où l’on a envie d’aller pour aller plus loin encore, désir de partir et de découvrir ce que cache l’horizon, envie d’exercer sa liberté de mouvement, sentiment romantique puissant.

L’approche artistique
L’artiste paysager tente de dénicher les tableaux vivants qui préexistent dans la nature. C’est le plus merveilleux des enjeux. L’image tant convoitée se révèle alors comme une évidence incontournable et s’impose à celui ou celle qui sait ouvrir les yeux et s’abandonner. Aussi talentueux soit-ils, les photographes ne peuvent, à eux tout seul, inventer un paysage. Mais ils l’interprètent au-delà de l’évidence pour contribuer à la beauté originelle du monde et enrichir la condition humaine.

Une esthétique manipulée
Les romantiques et les artistes ont donc contribué au conditionnement social et culturel. Les « beaux paysages » revêtent un caractère profondément subjectif. « Modèles » ensuite propagés à l’ensemble de la population par les mass-médias et des agences de pubs… qui utilisent la puissance de cette sensation de beauté pour nous détourner de certains problèmes et développer la valeur marchande des paysages. Mystification publicitaire, manipulation sociale par le tourisme.

Quel futur ?
De nos jours, l’augmentation du tourisme vert et des sports de pleine nature engendrent un besoin de « paysage-spectacle ». L’entreprise du divertissement organise, avec obstination et de manière obsessionnelle, la mise en production des paysages. Les « belles » vues disparaissent et avec elles leurs bienfaits. Pour conjurer le sort, les âmes d’artistes, épris de sciences et de philosophie, tentent d’éduquer les regards pour donner envie de protéger notre environnement. Ils offrent leur vision particulière où l’ordinaire n’est qu’une apparence qui cache de l’extraordinaire. Ils aident à percevoir poétiquement* le monde qui nous entoure pour l’aimer simplement pour ce qu’il est.

* voir mon post : Les autres dimensions du paysages

Pour aller plus loin :
Alain Roger, La théorie du paysage en France (1794-1994)
Rodolph Christin, L’usure du monde : Critique de la déraison touristique (2014)

PS : La photographie aérienne (extrait du livre d’Alain Roger)
C’est avec la photographie aérienne oblique en couleurs que l’esthétique du paysage atteint aux harmonies les plus impressionnantes (au sens fort du mot impression) et aux effets de distanciation les plus majestueux : le paysage vu d’oblique à quelques centaines de mètres d’altitude devient totalement ordre et beauté : telle usine aux fumées pestilentielles, entourée d’accumulations de déchets nocifs, montrera d’en haut la logique de son plan, la blancheur du panache de fumée, et les teintes vives des monticules qui l’entourent trancheront sur la blancheur des étendues environnantes (il n’y a plus un brin d’herbe). La ville n’est plus le bruit, les embouteillages, les taudis ou le luxe des beaux quartiers, elle devient une structure bien organisée. (…) La vision esthétique des beaux paysages place le spectateur dans une disposition sentimentale de grande réceptivité : ce qui est beau est bien. Dans l’ordre qu’il découvre et qu’il admire pour sa forme et ses couleurs, il se sent presque alors la majesté du prince ou la sérénité de Dieu contemplant son ouvrage. On pourrait objecter qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène préméditée.

Les dessous de l’image – Cingle de Trémolat

Août
24

14851 La Dordogne à la cingle de Trémolat (Dordogne), Avril

Une image très compliquée. On englobe 180°, beaucoup d’informations visuelles.
3 jours sur place en avril et un en mai.

Du cadrage :
C’est une projection sphérique, le résultat final correspond donc à ce que l’on voit lorsqu’on le tourne l’appareil sur son axe de rotation.
Pour une meilleure lisibilité, je souhaitais que de gauche à droite apparaisse la dalle puis qu’elle disparaisse puis qu’enfin il y ait un rappel de celle-ci. L’impression est ainsi celle d’un tremplin qui ne cache pas tout le premier plan (effet plus aérien). La forme de la dalle de pierre n’autorise qu’une position très précise de l’appareil photo dans l’espace afin d’y arriver.
Là où disparait visuellement le roc, il est en fait horizontal juste en dessous.
Ce point de vue n’est pas indiqué et pour avoir sillonné les chemins sur plusieurs kilomètres à gauche ou à droite, je pense que c’est le seul qui ménage une telle vue sur la boucle.

Des couleurs :
En mai j’ai réuni ce que je pensais être les meilleures conditions météo, un beau ciel, un soleil très bas dans le ciel créant des ombres allongées juste avant que la falaise à droite ne soit trop sombre et que la dalle ne projette pas une ombre trop importante sur la forêt. Résultat, en revoyant l’image je la trouve terne, avec des teintes trop vertes.
J’y suis retourné en mai car je n’avais pas réuni toutes les conditions en avril. Retour un mois avant.
C’est avant tout la couleur des champs qui m’impressionne. Déjà certains voient apparaître des jeunes pousses. Mais globalement c’est l’optimal de nuances de couleurs. J’essuie plusieurs orages sous mon parapluie. Et une seule fois après la pluie j’ai cette combinaison de trouée de ciel bleu reflétant sa couleur sur la Dordogne et un vent quasi inexistant ne créant pas de ridules sur l’eau et renforçant ainsi le reflet du ciel. Mais le soleil n’éclairera jamais la totalité du paysage quand il revient subrepticement. J’ai donc gardé la meilleure série (celle de la combinaison que je viens de décrire) mais juste avant que le soleil éclaire de façon éparse le paysage.
J’y vois un avantage, cela renforce les couleurs. En effet c’est sous un ciel nuageux qu’on peut observer le maximum de nuances de couleurs.

Pour recentrer l’attention sur la boucle j’ai attendu que les nuages obscurcissent les lointains.

Trémolat

Trémolat, en mai. C’est vert… et triste !

D’autres dessous d’images sur biosphere-bassin-dordogne.fr/photos-panoramiques/

Jurimage, pour puiser à la source du droit à l’image

Août
11

logo Jurimage
logo Jurimage ©Copyright 29bis

Joëlle Verbrugge est avocate et auteur-photographe passionnée. Elle renseigne les photographes sur les aspects juridiques de leur activité à l’aide de son blog (depuis 2009), à travers ses chroniques juridiques dans le magazine Compétence Photo, dans ses livres*, régulièrement réédités et mis à jour et enfin sur son nouveau site JURIMAGE.

Pour choisir son statut et connaître les aspects fiscaux et comptables.
Pour tout professionnel amené à diffuser une photo.
Pour faire les bons choix dans la jungle des dispositions légales et administratives.
Etc, etc

Car le droit à l’image est un sujet très vaste et complexe. Quelques vagues et laconiques dispositions en constituent la trame générale. Il découle de façon quasi exclusive de la jurisprudence. Comprenez que c’est flou… susceptible de fluctuer, d’une période à l’autre, mais également d’un degré de juridiction à l’autre, parfois d’une région à l’autre…

Après avoir suivi d’innombrables résolutions de litiges, échanger avec moult professionnels sur des thèmes précis, fouillés, prouvés, analysés, et traités… il lui est possible d’attirer l’attention sur ce qui posera problème, ou sur ce qui, au contraire, devrait être autorisé sans trop de risque.

Son livre ‘Vendre ses photos‘ est une bible pour ma compta.
Ses conseils (livres, blog) sont excellents et bien écrits. Aussi je conseille aux professionnels et amateurs de l’image qui ne l’ont pas déjà fait de s’abonner (prix très démocratique) à son site JURIMAGE. Les droits d’auteur perçus pour ses contributions permettent à Joëlle de faire l’investissement d’ouvrages ou d’abonnements à des banques de données (jurisprudence, doctrine et veille législative) complètes et donc onéreuses.

Dans la jungle sans cesse changeante du droit photo qui chaque jour devient plus complexe, il est nécessaire de restez informé et auprès de bonnes sources. Question de survie !

* Vendre ses photos – 4e édition (2015)
Droit à l’image et droit de faire des images – 1ère édition (2013)

Les dessous de l’image – Château de Val

Août
7

14924 Château de Val cernée par la Dordogne, lac de Bort, Cantal

300 images au départ, un ciel somptueux avec son revers, des ombres portées sur les collines. Trouver une image bien éclairée pour chaque portion et tout équilibrer. Sans compter la question d’assemblage des images pour la partie lac. Hier mes yeux se sont rendus. Grosse fatigue. Je reprendrai donc cette image plus tard.

Plus tard…
Ayant déjà réalisé par le passé une image évocatrice de ce château de conte de fée (lien), je me suis d’abord focalisé sur les points de vues donnant sur le lac ou les environs. Site du Mont, site de la pyramide, balcons du plateau Bortois, site aménagé de Bort-les-Orgues (avec une dizaine de tables de pique-nique)… Et à chaque fois s’asseoir sur un banc et contempler un rideau d’arbres qui nous dépasse de 3m. Vivement qu’une association élague tout ça et redonne un intérêt à tous ses points de vues. Seul le site de la Vie garde une vue sur le lac mais celle-ci est de moins en moins dégagée et la sensation de beau panorama n’est plus là.

Repérage un peu attristant mais en la charmante compagnie de l’écrivain-photographe-poète Jean-Pierre Lacombe qui m’apporte de précieux renseignements sur sa Corrèze. JP grand merci à toi, ne change pas.
Mais je digresse. Donc, pour la vue étendue du lac je repasserai. Le château redevient ma priorité mais c’est le lac et l’eau de la Dordogne qu’il me faut mettre en évidence. Après l’avoir examiné de près et sous tous les angles je décide de m’éloigner suffisamment pour redonner de l’importance à l’eau et aux berges. Après 3/4h de marche et de recherches je trouve le meilleur compromis. Le plus loin possible mais avant que la chapelle ne commence à se cacher derrière le château et perché sur un rocher à 3-4m de haut afin de prendre un peu de hauteur et dégager une sensation plus aérienne.
Objectif : rendre la sensation d’espace. Ce sera 130° de champ horizontal en projection panini (si l’image d’un sandwich vous vient alors cliquez ). Comme chaque image de ce projet elle est « fusionnée ». 4 phases (donc séries de 6 photos verticales) nécessaires.
La première : prendre le château tant qu’il n’est pas éclairé trop de côté.
La seconde : faire des va-et-vient de gauche à droite et saisir au moins une fois chaque parcelle de l’arrière-plan bien éclairée. Car c’est bien gentil de vouloir une flopée de nuages pour montrer la grandeur du ciel mais mon pauvre Hervé faut réaliser que ça va de pair avec d’innombrables ombres projetées qui balaient le paysage. Bien sûr il peut y avoir le miracle, quelques secondes où tout est éclairé mais comme… j’ai besoin de 30s pour faire ma série… Et puis il y a les autres étapes qui m’attendent.
Aussi, la troisième série consiste à attendre le ciel bien habillé pour la saison. Un bel équilibre entre le ciel bleu et les stratocumulus et tant qu’à faire une impression (subjective) de convergence vers le château pour le mettre en évidence au cas où il ne se verrait pas assez…
Quatrième série je mets mon filtre gris devant mon objectif qui ne laisse passer que 1/1000e de la lumière. Pratique en pleine journée pour passer par ex. de 1/30e à 30s d’exposition. Ainsi l’eau du lac prend des allures éthérées, ce qui aide à amplifier la sérénité du lieu et simplifie la composition donc renforce le reste. Lumineuse idée sur le principe. Mais la fusion… enfin pour la faire courte 2 jours entier de travail pour ce tableau, désolé mes yeux j’ai eu cette idée sans réfléchir à toutes les conséquences.
J’avais attendu dans un cinquième temps que le parking à droite passe à l’ombre le temps d’un nuage complice… mais mais mais mais… cela s’est avéré décevant devant mon écran. D’un coup de baguette magique (enfin plusieurs) la parking s’est vidé de ses voitures modernes ne laissant par enchantement que les motos et les voitures de collection présentes ce jour-là.
Évidemment la berge à gauche ferme l’image et permet de mettre un pied dans le paysage.

D’autres dessous d’images sur biosphere-bassin-dordogne.fr/photos-panoramiques/