Continuer ? – 3/6 – Regarder pleinement

Mar
16

15241 Remparts d'Aigues-Mortes, Camargue (Gard), FévrierL’eau, l’air, le feu du soleil couchant, la vie animale et végétale, le minéral des remparts d’Aigues-Mortes

‘Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange.’ (Bill Brandt)

Bien plus qu’une pratique et une construction intellectuelle, la photographie est un art du sensible qui fait appel avant tout à l’émotion. Obnubilé par les démons de la vie moderne, l’activité et l’accélération, notre esprit toujours occupé échoue à remarquer quantité de stimuli. Photographier apprend à regarder attentivement en prenant conscience et réellement connaissance de ce que l’on voit.

En observant un paysage sans jugement et sans le fardeau d’atteindre un but spécifique (dans ce non-attachement qui nous préserve du stress et de la frustration), on commence à apprécier les conditions que l’on a simplement pour ce qu’elles sont. On habite le moment présent, on prend le temps de contempler, d’être fasciné par les objets familiers qui nous entourent et que l’on ne remarque plus. Rien n’est alors ordinaire, tout devient miraculeux. La pleine conscience est une expérience thérapeutique.

En se dégageant doucement de la pensée objective, on ouvre son esprit à ce que filtre naturellement notre cerveau, afin de percevoir ce qui n’existe pas vraiment, l’essence de l’image, la vraie nature des choses. En isolant sa part d’insolite susceptible de frapper les esprits.

Elaborer une image s’apparente à l’esprit de la pensée zen. L’apprentissage de l’art de la méditation et de la concentration. Le recours à l’empathie. Alors, notre cerveau et nos sens entrent en communion et en communication avec le sujet, dans un état proche de la transe. Ce lien provoque une imagerie puissante.

L’interprétation personnelle que l’on donne d’un paysage est le miroir de l’émotion et de la passion qu’on lui porte. Cet acte de vision totale cherche surtout à inspirer et à donner un aperçu fascinant de notre quête de transcendance. La recherche de beauté est le guide suprême.

Je donne à Edward Weston le dernier mot : ‘L’artiste est l’interprète de l’inexprimable’.

3 réflexions au sujet de « Continuer ? – 3/6 – Regarder pleinement »

  1. Christian

    Bonjour Hervé,

    Je crois que ce 3ème article est la quintessence de ce que l’on peut écrire sur le thème du regard du photographe et de ce qui le pousse à photographier, ce besoin essentiel de beauté et d’émotion. Savoir voir ce que d’autres ne verront pas, savoir aller à la « substantifique moelle » des éléments , aller à l’essentiel, à ce qui va faire que la photo va dépasser la simple « perfection » technique pour dégager une émotion forte et remplir son auteur d’un certain sentiment proche de « l’extase » .

    Que rajouter sans risquer (c’est déjà un peu fait) de te répéter ou de te paraphraser ? Certainement un des articles les plus justes et profonds que tu aies écrits. Que dire de plus ?

    Cet article permettra sans doute à certains photographes de mieux comprendre ce qui, inconsciemment, les pousse à photographier et il permettra à d’autres de se poser des questions qui leur permettront d’évoluer plus rapidement. Dans tout cheminement de création, il y a des étapes et, heureusement (c’est tout l’intérêt), il faut un temps certain avant d’arriver à un certain degré.

    Et, pour conclure, je ne peux que reprendre ton expression qui résume à merveille l’essence même de la démarche de notre vie de photographe paysagiste, nous sommes effectivement « en quête de transcendance et la beauté est notre guide suprême ».

    Bien amicalement,
    Christian

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  2. Dufrenoy

    Comme dit Christian, rien à rajouter. Tout est justement dit. Des réponses claires à bien des questions « inconscientes » le plus souvent, que tout photographe devrait se poser. A la prise de vue, dans un site « potentiellement » photogène, (et même sans appareil en main) je me suis parfois retrouvé dans cet état : « un certain sentiment proche de « l’extase » » . Beaucoup moins lors de la post production. Et encore moins pour la diffusion et le partage. Les sentiment sont alors d’une autre nature. Différents sans doute pour un « pro » et un amateur. J’ai enfin compris, que, pour un amateur, la prise de vue était l’instant clé de toute démarche photographique (à prétention artistique et pas seulement infirmative)

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