Archives mensuelles : avril 2016

Continuer ? – 5/6 – Ces paysages dont se nourrit l’âme

Avr
27

10614 Canal de Bourgogne, près de Châteauneuf-en-Auxois (Côte-d'Or), AoûtLa France éternelle qui nous enracine et nous apaise

Quel énigmatique pouvoir peut émaner d’un beau panorama ? Le regard s’envole et s’échappe bien plus loin que l’horizon. Notre imaginaire s’éblouit devant son harmonie déconcertante et ses subtils équilibres. Tant que des hommes seront capables de mêler leur âme à celle d’un paysage, ils pourront ‘habiter poétiquement la terre’ disait le poète et philosophe Hölderlin.

J’aime découvrir un lieu qui me correspond et où je me sens en paix avec le monde. Je retire un plaisir extrême à contempler passionnément cette beauté ‘agissante’, inépuisable réserve de rêves !
Je me fonds dans cette splendeur et jouis de cet instant de pur plaisir. Je remercie la vie de m’avoir donné à voir cette fulgurance poétique.

La France est un miracle de diversités paysagères. Chacun peut y retrouver un peu de ses géographies intimes et beaucoup de ses rêves d’harmonie bucolique. Mes panoramiques sont des lucarnes précises et choisies, des découpages sélectifs, de ce qui me semble engageant, harmonieux, immuable. Ces archétypes paysagers empreints de romantisme semblent inscrits dans l’histoire et l’imaginaire de chacun. C’est pour cela qu’ils exercent une fascination inaltérable et universelle.

Les paysages sont précieux à l’âme car ils sont diffuseurs de mémoire et chargés d’un pouvoir émotionnel indispensable pour l’esprit et les sens. Dans cette époque emballée et confuse, leur temps (évolution) est lent en regard de nos vies. Ils dispensent des fenêtres sur des temps parfois révolus. Ils aident à nous enraciner (‘empayser’), à se croire un peu moins étrangers au monde, un peu moins de passage.

A l’aube, le silence enveloppe l’espace autour de moi et mon esprit s’apaise graduellement. Une irrésistible sensation de liberté m’envahit. Dans ce moment de vie, les notions d’extérieur et d’intérieur perdent leur raison d’être. Je m’oublie et ouvre un espace intérieur plus vaste, générateur de réceptivité, de calme et de paix, qui me relie naturellement avec tout ce qui existe. Ainsi, la connexion avec un paysage entraîne la connexion avec soi et les autres, et contribue au fait de mieux vivre ensemble.

Les éléments d’un ‘pays sage’ (arbres, pierres, oiseaux…) fixent notre attention sans l’accaparer. Ces lieux de ressourcement que l’on recherche de façon cyclique offrent un support idéal pour méditer, prendre du recul et ouvrir notre créativité. En nous ramenant à nos sens, en nous connectant au moment présent, ils nous reposent, favorisent l’émerveillement et constituent un élément essentiel du bien-être individuel et social. Et si le plus important patrimoine de la France c’était… ses paysages ?

Continuer ? – 4/6 – La prévisualisation

Avr
13

15234 Tranchades de La Quairie (ou Laquairie), Cantal5e exploration des Tranchades de La Quairie, à la recherche de l’essence du lieu

L’art de la photo de paysage est comme un trépied. Un pied représente l’idée visuelle, le deuxième notre perception personnelle de la réalisation, le troisième le savoir-faire technique nécessaire à la réalisation. Chacun des pieds est indissociable des deux autres. S’il vient à en manquer un, l’ensemble s’écroule. Une photographie commence par la visualisation d’une image ordonnée, s’ensuit la confrontation au chaos de la réalité, puis l’ordonnancement des éléments par la composition et le cadrage. Tout en gardant à l’esprit les possibilités techniques à disposition (équipement, réglages).

Ansel Adams parlait ainsi de la germination d’une image : ‘Regardez simplement avec attention le monde qui vous entoure, et faites confiance à vos propres réactions et convictions. Demandez-vous : ce sujet me fait-il sentir, penser et rêver ? Est-ce que je peux visualiser une photographie – mon énoncé personnel de ce que je ressens et veux transmettre – du sujet devant moi ?’

Quand un sujet accroche mon regard, je prévisualise déjà la photo en conformité avec l’émotion que je souhaite traduire. J’utilise mon appareil photo comme un prolongement de mes pensées et de mes impressions, comme un moyen d’exprimer mon imagination. Les histoires que mes photographies révèlent sont mes histoires. Une documentation et une interprétation de moi-même autant que du sujet traité. Tout artiste doit accepter cette inéluctabilité.

‘Pour apporter quelque chose dans votre vie, imaginer que c’est déjà là.’ (Richard Bach)
En visualisant une photo potentielle que je souhaite créer, il devient beaucoup plus facile de la dénicher une fois sur le terrain. Ceci parce que la visualisation crée un point de référence dans mon esprit qui me permet ensuite de percevoir l’image dans la réalité. On peut difficilement percevoir ce que l’on ne peut concevoir. Et la créativité semble corréler à notre capacité de conception, cette interprétation propre et unique de la réalité (aucun intérêt de prendre des photos des évidences visibles par tous). Aussi, comment pouvons-nous nous entraîner à concevoir plus pour créer plus ?

La découverte par les neurologues de la plasticité cérébrale peut nous éclairer. L’activité du cerveau transforme le cerveau lui-même. A nous donc de former notre esprit en le fléchissant dans n’importe quelle direction, en faisant l’expérience de notre environnement différemment, en nous enrichissant sans cesse de ce qui nous est inconnu. De telles stimulations conduisent à l’interprétation de notre monde de manière plus évocatrice et ambitieuse.

J’aime à penser comme Ralph Waldo Emerson qu’ ‘Il n’y a pas de jours plus mémorables que ceux qui vibrent en frappant l’imagination’.