Continuer ? – 4/6 – La prévisualisation

Avr
13

15234 Tranchades de La Quairie (ou Laquairie), Cantal5e exploration des Tranchades de La Quairie, à la recherche de l’essence du lieu

L’art de la photo de paysage est comme un trépied. Un pied représente l’idée visuelle, le deuxième notre perception personnelle de la réalisation, le troisième le savoir-faire technique nécessaire à la réalisation. Chacun des pieds est indissociable des deux autres. S’il vient à en manquer un, l’ensemble s’écroule. Une photographie commence par la visualisation d’une image ordonnée, s’ensuit la confrontation au chaos de la réalité, puis l’ordonnancement des éléments par la composition et le cadrage. Tout en gardant à l’esprit les possibilités techniques à disposition (équipement, réglages).

Ansel Adams parlait ainsi de la germination d’une image : ‘Regardez simplement avec attention le monde qui vous entoure, et faites confiance à vos propres réactions et convictions. Demandez-vous : ce sujet me fait-il sentir, penser et rêver ? Est-ce que je peux visualiser une photographie – mon énoncé personnel de ce que je ressens et veux transmettre – du sujet devant moi ?’

Quand un sujet accroche mon regard, je prévisualise déjà la photo en conformité avec l’émotion que je souhaite traduire. J’utilise mon appareil photo comme un prolongement de mes pensées et de mes impressions, comme un moyen d’exprimer mon imagination. Les histoires que mes photographies révèlent sont mes histoires. Une documentation et une interprétation de moi-même autant que du sujet traité. Tout artiste doit accepter cette inéluctabilité.

‘Pour apporter quelque chose dans votre vie, imaginer que c’est déjà là.’ (Richard Bach)
En visualisant une photo potentielle que je souhaite créer, il devient beaucoup plus facile de la dénicher une fois sur le terrain. Ceci parce que la visualisation crée un point de référence dans mon esprit qui me permet ensuite de percevoir l’image dans la réalité. On peut difficilement percevoir ce que l’on ne peut concevoir. Et la créativité semble corréler à notre capacité de conception, cette interprétation propre et unique de la réalité (aucun intérêt de prendre des photos des évidences visibles par tous). Aussi, comment pouvons-nous nous entraîner à concevoir plus pour créer plus ?

La découverte par les neurologues de la plasticité cérébrale peut nous éclairer. L’activité du cerveau transforme le cerveau lui-même. A nous donc de former notre esprit en le fléchissant dans n’importe quelle direction, en faisant l’expérience de notre environnement différemment, en nous enrichissant sans cesse de ce qui nous est inconnu. De telles stimulations conduisent à l’interprétation de notre monde de manière plus évocatrice et ambitieuse.

J’aime à penser comme Ralph Waldo Emerson qu’ ‘Il n’y a pas de jours plus mémorables que ceux qui vibrent en frappant l’imagination’.

Une réflexion au sujet de « Continuer ? – 4/6 – La prévisualisation »

  1. Dufrenoy

    « En visualisant une photo potentielle que je souhaite créer, il devient beaucoup plus facile de la dénicher une fois sur le terrain »
    « Une photographie commence par la visualisation d’une image ordonnée, s’ensuit la confrontation au chaos de la réalité, puis l’ordonnancement des éléments par la composition et le cadrage »
    Ceci semble encore plus vrai pour le peintre. Même pour des peintres de l »instantané, comme pouvaient l’être les impressionnistes, et à plus forte raison pour des peintres renouvelant les esquisses. Pour le photographe, de plus s’il raisonne en peintre, il y a composition « mentale » et photographier lors d’une randonnée, sauf les photos « souvenirs » reviens à trouver des sujets en correspondance. Pourquoi je photographie souvent la brume, les rayons du soleil, les effets atmosphériques ? Parce que j’ai ces images dans le cerveau (d’où viennent elles ? des expériences vécues, des images vues ?)

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