Vers une privatisation de l’espace commun

Juil
5

11721 Plage de l'Espiguette, Le Grau du Roi (Gard), OctobreLa plage isolée de l’Espiguette (Gard). Des kilomètres de plots en bord de route pour empêcher de se garer et un parking payant à 15€ pour les fourgons, gloups !

Depuis 18 ans, je photographie le patrimoine paysager, quasi exclusivement ce qui peut-être vu par tout le monde sans acquittement d’un droits d’entrée. Le panorama (panoramique) pris depuis l’espace public a cela de particulier qu’il englobe tout un ensemble de biens publics et privés. La liberté de panorama*1 me permet ainsi de reproduire une statue ou un bâtiment dans son environnement. Et je me garde de ne pas faire d’un édifice « privé » le sujet principal occupant plus de la moitié d’une image. C’est l’espace commun que je reproduis avec ses éléments naturels et architecturaux.

J’affiche mes images en grand*2 sur mon site (et sans l’utopique et laide protection du ©). Ceci afin de partager librement la beauté, les moments rares et les émotions que peut nous apporter le patrimoine de notre hexagone. J’aide les petites structures à but non lucratif en leur permettant d’utiliser mes images gracieusement sur leur site. J’écris des articles sur mon blog afin de faire partager mon expérience de ce métier que je vis comme un bricolage permanent, une philosophie de vie faite d’essais/erreurs. Echanger et donner, sans perdre, en n’oubliant jamais qu’étant un curieux insatiable je prends (apprends) sans cesse aux (des) autres.

A côté de mes activités philanthropiques 😉 j’essaie de survivre via les utilisations commerciales que mes clients souhaitent faire de mes images*3. Or depuis le début de l’année tout semble se gâter. En janvier 2016, par un amendement, la liberté de panorama se voit exclure l’usage commercial. Le texte sera examiné en commission mixte paritaire avant son adoption définitive. Et, fin juin, nos dirigeants politiques ont décidé de privatiser le domaine public, ceci dans le cadre du projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine*4. Un nouveau droit « d’autoriser » vient d’être créé pour les gestionnaires de ces bâtiments qui ont un lien important avec l’histoire de France, même ceux tombés, depuis fort longtemps, dans le domaine public.

Partout, je le constate, avec les parkings payants, les aménagements des sites naturels, la chasse à ceux qui dorment dans leur véhicule… nos dirigeants, élus, les lobbys… tentent de privatiser et rentabiliser l’espace public et les biens communs. Une chasse à tout ce qui est gratuit et relevant du bien commun. Quelle régression dans cette société où absolument tout devient marchand et où le public se voit gérer comme le privé.

Et, bien sûr, vu la nov’langue Orwellienne parlée par nos représentants, lorsque l’on essaie de me convaincre qu’en fait on essaie de protéger le droit d’auteur… je suis tenté de penser qu’en fait on le méprise et on le piétine… Puissé-je avoir tort ?

Notes

*1 La liberté de panorama est une exception au droit d’auteur qui permet de reproduire une œuvre (essentiellement architecturale) qui se trouve dans l’espace public, mais qui attend encore son entrée dans le domaine public. Cette exception est inscrite pour majorité dans les législations européennes, mais toujours pas en France. libertedepanorama.fr

*2 Arnaud Frich, dans le même esprit, continue à partager une grande part de son savoir généreusement sur son site (à l’écrit), tout en monnayant ses versions vidéos pour gagner sa croûte, chapeau et merci l’ami 😉 blog.arnaudfrich.com/billets-dhumeur/sur-le-copyright-et-le-droit-dauteur/

*3 Autre problème et pas le moindre, le monde se virtualise à l’excès et la quasi totalité des acheteurs potentiels (pour leur site commercial) préfèrent utiliser mes images sans souhaiter que j’en tire un quelconque profit… Et dans le lot certains ignorent même mal faire. L’image se déprécie tellement à cause des banques d’images libres de droits américaines ou canadiennes qu’elle finit par ne plus avoir aucune valeur pour quelques-uns d’entre nous.

*4 Voir notamment ces 2 articles http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/nos-dirigeants-rentabilisent-l-espace-public-et-meprisent-le-droit-d-auteur_1807236.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/poster-un-selfie-devant-la-tour-eiffel-illuminee-est-illegal_1779362.html

3 réflexions au sujet de « Vers une privatisation de l’espace commun »

  1. François Delaporte

    Je crois que votre présence à l’Académie est indispensable pour la photographie et ce qu’elle signifie.
    Au sujet du @  » protection utopique  » merci de nous faire partager votre vision en grand, et sans @, mais cette invitation réveille la tentation de l’utilisation sournoise de votre travail.
    J’ai fait l’éxpérience d’apposer le @xxxxxxx sur les images de mon site, et surprise plus aucune visite.
    Bon courage et merci pour votre philosophie et enthousiasme.

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  2. François Delaporte

    Bonjour

    Dans le même sens de votre réflexion et mon mail précédent, lu dans un courrier de l’U.P. P Aquitaine de ce matin :

    Les organisateurs du World Surf League à Lacanau ne manquent pas d’air:

    Jusqu’à présent il fallait cliquer pour accepter les conditions générales d’un service en ligne, maintenant, il suffit de lire une affiche sur la plage, pour accepter les conditions des organisateurs de la coupe du monde de surf :

    « Vous pénétrez sur le site de l’événement. En passant ces panneaux affiches, vous acceptez d’être lié par les termes et conditions suivants. Si vous n’êtes pas d’accord avec ces termes et conditions, veuillez quitter le site de l’événement immédiatement. »

    S’en suivent les conditions, dont, bien sur « vous acceptez que vous ne pouvez pas utiliser l’image (s) et le contenu (fixes et animés) ou audio pris sur le site de l’événement….. afin d’utiliser à des fins commerciales ».

    Encore un bel exemple de l’espace public !

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