Archives mensuelles : janvier 2017

Les saisons décalées du photographe

Jan
19

15563 Lavoir et abri à canards près d'un ruisseau, face au château de Montpoupon (Indre-et-Loire), Mai21 mai 2016, la profusion d’un même vert « estival », Val-de-Loire

La première année de mon nouveau tour de France se sera étalée du 1er février au 1er novembre, soit sur les saisons printemps-été-automne du calendrier « naturel ». Retour sur cette expérience.

Pendant 9 mois, j’ai alterné prise de vue sur le terrain et préparation/traitement des images chez moi. Peu de temps mort et une grosse fatigue accumulée. Une centaine d’images réalisées, dont cinquante très correctes et vingt-cinq, je l’espère… fascinantes pour certains. Cette année enrichissante m’aura permis de sortir de ma zone de contrôle comme jamais, et d’approfondir ma relation à la vie, via ma passion.

A l’heure du bilan, je réalise qu’il est temps pour moi d’abandonner le rythme effréné qu’impose notre société (de survie). A l’automne 1998, je revenais avec une dizaine de panoramiques des Highlands d’Ecosse, aussitôt mis en avant sur le web, entraînant l’intérêt des journaux nationaux radio et papier. Presque 20 ans plus tard, mes quelques dizaines d’images produites en 2016, aussi « léchées » soient-elles, se retrouvent noyées parmi des milliards d’autres images de la France.

Qu’en est-il des acheteurs d’images ? Sur les écrans, ils ne font plus la différence entre mes hautes-définition peaufinées amoureusement au pixel près, et des images prises au smartphone en mode balayage, post-traitées à l’arrache et sans modération. Une vignette de 1400 pixels de large ne peut laisser présager si l’image resplendira en 50x150cm sur papier photo ou au contraire ne pourra même pas faire illusion en 10x30cm. Avec la recherche des prix planchers, l’exigence diminue…

Tout cela ne peut qu’entraîner à terme la disparition de mon métier. L’année dernière j’interrogeais l’utilité de mon travail dans ma série de billets intitulés ‘Continuer ?’. Si l’activité professionnelle est compromise, financièrement parlant, l’intérêt de ma démarche est plus que jamais salutaire, aussi je n’abandonne pas.

Après ces réflexions sur le « peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », pour reprendre le titre d’un de mes livres de chevet*, j’en viens au vif du sujet, soit mes impressions sur cette année au fil des saisons que j’ai personnalisée 😉

1er février, je ressens les premiers signes du printemps et commence l’année plein de promesses et de créativité. Les côtes méditerranéenne et atlantique ont l’avantage d’offrir des températures clémentes et des paysages peu marqués par l’hiver. Idéal pour débuter. Puis, progressivement, arrivent les verts tendres et nuancés, les premières fleurs, les arbres accueillent de nouvelles pousses… la nature revit et cette énergie renforce mon élan d’activité et de découverte : Pays Cathare, Causses, Jura, Bourgogne.

Début mai, les teintes vertes commencent toutes à se ressembler. L’été s’installe et je profite de sa lumière et de son énergie communicatrice : Val de Loire, Poitou, Nord… Je me délecte de ces coins de France. Le soleil et les longues journées me font oublier la (sur-) activité humaine. A vrai dire, soir et matin, les paysages se vident quasi totalement et m’offrent de beaux moments d’intimité. Le reste du temps, je repère ou « profite » de la folie de notre société 😉

Mi-août, la fatigue gagne et je ressens le besoin de me rapprocher de régions pouvant m’offrir des répits : Bretagne, Alpes, Vosges… Les rencontres humaines se font rares, j’écoute chaque jour un peu plus mon corps et mon esprit qui me conseillent de ralentir. Journées de contemplation, périodes de mauvais temps, coincé dans mon F½. Je guette les teintes chaudes et éclatantes de l’automne, ceci jusqu’aux premières grosses intempéries fatales aux feuillages.

Respectant cette année les rythmes de la nature, novembre sonne le temps du repos et de l’introspection. Certes, la saison hivernale apporte son lot d’éclairages dramatiques dus aux changements de temps ; un dépouillement graphique avec ses jours de brouillard mystérieux, ses manteaux neigeux immaculés, ses cristaux de givres féeriques. Tableaux saisissants à photographier ou simplement à observer avec délice, option choisie cette année.

Pour ma part, j’ai quelque peu déplacé les saisons dans mon esprit. Les équinoxes et solstices sont les summums des saisons, astronomiquement parlant. Durant l’Antiquité en Occident et aujourd’hui encore dans une grande partie de l’Asie, les 4 saisons sont décalées par rapport aux nôtres d’un mois et demi. Le printemps commence donc à mi-chemin entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, etc. Une période inter-saisonnière de 18 jours les précède, permettant la transition.

Ce qui donne :
7 février : PRINTEMPS, premières perce-neige, primevères… la sève remonte, la nature nous impose son éternel renouveau.
7 mai : ETE, la nature est très verte, la plupart des arbres fruitiers n’ont plus de fleurs et c’est le tout début du fruit (minuscule boule verte).
7 août : AUTOMNE, le temps commence à changer, c’est la période des moissons, puis des vendanges, les graines mûries tombent, les feuilles roussissent…
7 novembre : HIVER, les récoltes sont finies, les arbres entrent en sommeil, le sol gèle, souvent tombent les premières neiges…

En vous souhaitant un bon début d’intersaison. Spring is coming !

* La vie sur Terre : Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes (2008) et sa suite Au fond de la couche gazeuse (2016) de Baudouin de Bodinat
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S’accomplir en photo

Jan
9

16062 Vignoble du Clos-de-Vougeot (Côte-d'Or), OctobreCe contre-jour rend les vignes flamboyantes, tout en minimisant les feuilles mortes ou malades et les trous laissés par les feuilles tombées. Chaque détail est anticipé, pensé pour produire un paysage dramatique.

Avec la pratique assidue de la photographie, la pression de réussir augmente. Gagner sa vie pour les pros, prouver sa valeur pour les amateurs expérimentés. Cette pression nous handicape et bride notre créativité. Comment résister et donner le meilleur de soi ? Comment se libérer de nos formatages, de nos peurs et de nos attentes ?

D’abord, en étant honnête et authentique, en dévoilant son âme, en se détachant des règles et des désirs des autres. Nos photos doivent refléter qui nous sommes vraiment, nos pensées, nos émotions et notre imaginaire.

Ensuite, en sortant légèrement de sa zone de confort (état de flow*1), en affrontant nos peurs face à l’inconnu et le hasard. Le plaisir de nouvelles expériences nous amène à évoluer et créer des images plus fortes.

De petites améliorations régulières amènent, au final, à une grande transformation et donc une amélioration importante de la qualité des images créées. Tout doit être maîtrisé : préparation physique, connaissances techniques, sens de la composition, planification, visualisation mentale…

Enfin, en regardant intensément*2, comme en pleine conscience. Notre cerveau aime nous faciliter la vie en prenant des décisions automatiques à la lueur de nos expériences et de nos acquis. Cela aide grandement mais nous limite parfois. Agissez capricieusement, comme un enfant, à l’écoute de vos émotions et de ce qui vous passe par la tête 😉

*1 concept qui peut changer votre vie, voir le livre Vivre de Mihaly Csikszentmihalyi
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*2 voir mon billet