Continuer ? – 2/6 – La créativité

Mar
2

11083 Corderie Royale de Rochefort (Charente-Maritime), OctobreCorderie Royale de Rochefort, aube brumeuse

La création d’une photographie naît d’un désir d’équilibre et d’harmonie, l’envie de célébrer la vie qu’on aime, la beauté qu’on connaît et le bonheur qu’on a vécu. C’est une réponse émotionnelle intense, proche de la poésie et de la musique, qui alimente interminablement la joie, la passion, et la guérison !

Le comportement non-créatif est appris. Un test de créativité mené à la NASA sur 1 600 enfants et 280 000 adultes conclut : les enfants de moins de 5 ans sont quasiment tous créatifs (98%), cette aptitude diminue avec l’âge et seulement 2% d’adultes restent créatifs. Notre système éducatif modelé depuis 200 ans par la révolution industrielle nous a appris à travailler en suivant des instructions. Or, la créativité ne résiste pas aux règles et aux règlements.

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut redevenir créatif à tout âge. Pour cela : expérimentez, explorez et questionnez les postulats. Voici par exemple les 6 règles suivies par l’école d’administration d’IBM :

– les méthodes d’enseignement traditionnelles comme la lecture, les cours magistraux, les tests et la mémorisation sont pires qu’inutiles,

– devenir créatif est un désapprentissage plutôt qu’un processus d’apprentissage, il faut bouleverser les hypothèses existantes,

– on n’apprend pas à devenir créatif, on peut devenir une personne créative (transformation grâce à l’expérimentation),

– le meilleur moyen de devenir créatif est de fréquenter des gens créatifs,

– la créativité est fortement corrélée avec la connaissance de soi. Il est impossible de surmonter les préjugés si nous ne savons pas qu’ils existent,

– on a droit à l’erreur et nos erreurs nous servent à progresser.

Application pour la photographie

Absorbé dans le moment présent, on devient récepteur d’images. Il faut avoir le courage d’abandonner ses certitudes pour voir plus pleinement et créer des images intrigantes, fascinantes, aux compositions singulières.

Se laisser guider par son intuition, en écoutant ses convictions profondes et ses émotions. Prendre le temps de ressentir jusqu’à être fasciné comme le sont les enfants, faire l’expérience du merveilleux.
‘Lorsque je me laisse aller à être ce que je suis, je deviens ce que je pourrais être’ (Lao Tseu).

Il faut être passionné pour devenir photographe et communiquer profondément ce que l’on voit et ressent. Les grandes images viennent de l’intérieur, de l’expression de soi, sensuelle et cérébrale. Le cœur et l’esprit sont les véritables outils photographiques.

Continuer ? – 1/6 – Pour une éducation du regard

Fév
17

15254 Le Torpilleur, Calanque de Sugiton, Marseille, Bouches-du-RhôneCalanque de Sugiton, Marseille, février 2016, une fenêtre de beauté de 170°

Notre monde est saturé d’images. En 2014, plus d’1 trillion de photos ont été partagées sur les réseaux sociaux… 1 milliard de milliard… Le nombre de déclenchements numériques de l’année a été supérieur au nombre de photos prises sur film depuis la naissance de la photographie ! Cette abondance menace aujourd’hui son existence comme art du regard et discipline intérieure.

Dans cette série de billets, je vous propose de réfléchir à cette question qui tourmente les passionnées de photos : face à ce tsunami d’images publiées chaque jour, quelle valeur gardent nos œuvres et quelles sont les raisons de continuer à en créer ?

Culture du paysage
Avoir du goût à contempler un paysage est une construction de l’esprit, une attitude mentale volontaire. Elle est née en Chine avec le premier poète paysager, Xie Lingyun (385-433), initiateur de la poésie descriptive de paysage. Bien plus tard, au XVe siècle, la peinture met en place l’esthétique dont héritera la photographie de paysage à partir de 1826, date de la première image d’une portion de territoire fixée de façon permanente.
Le paysage (idéal) type, ce « beau » paysage qu’on apprécie est celui que l’on reconnaît comme étant l’un des nôtres, parce qu’il appartient à notre culture et est susceptible de répondre à nos aspirations. Mais le préalable pour savoir regarder, c’est une éducation de l’œil et de l’esprit, une attention et une présence à ce que l’on fait. Tant de mécanismes physiologiques, techniques et de notions culturelles et historiques sous-tendent notre perception du monde environnant ! Pour comprendre, rendre compte et protéger ce dernier, il est nécessaire que chacun éduque son regard.

La France défigurée
La dégradation sensible du patrimoine paysager, commencée au début du XXe siècle, se poursuit au rythme effréné qu’impose notre société. Standardisation et uniformisation des esprits mais aussi du territoire. A cause des zones commerciales ou résidentielles hideuses, des enduits, du mobilier urbain, de la signalétique, de l’urbanisme… Partout, d’harmonieux terroirs sombrent esthétiquement, livrés à la merci du mauvais goût au nom de la croissance et des profits. On voit se manifester la puissance de l’argent, sa logique obsessionnelle et ses calculs à courte vue, pour la satisfaction d’un tout petit nombre. Epoque pressée, aveugle, inconsciente de la valeur de cet héritage, de ce qui fait l’identité des petits pays.

Le rôle des photographes
En ces temps modernes, la photographie peut interroger notre relation au monde. On ne reste pas indifférent si d’autres détruisent ce que l’on apprécie et qui nous semble utile… Ce miracle de diversités paysagères issu d’un long processus d’humanisation, ce patrimoine commun de la nation, comment clamer son importance ? Modestement, pour un photographe, en en rendant compte de la façon la plus plaisante et forte qui soit pour l’œil. De telles images doivent venir de l’intérieur, du cœur et de la sensibilité. L’œil compose en recherchant la simplicité et l’équilibre. Le mental réfléchit à ce que l’on essaie d’exprimer et de transmettre. Mais, pour ce faire, le photographe doit lui-même commencer par apprendre à être conscient de la valeur et de la beauté de ce qu’il voit.

Notes

La loi Barnier de 1995 affirme que ’Le paysage fait partie intégrante du patrimoine commun de la nation’.

Contre la pub-tréfaction’ des paysages : Paysages de France, France Nature Environnement, la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, le Collectif des déboulonneurs, Résistance à l’agression publicitaire…

La révolution de l’impression directe + essais avec Webprint

Jan
20

Fin 2015, la société Webprint m’a proposé d’expérimenter certains de leurs matériaux de décoration murale. L’occasion pour moi de faire sur le point sur cette véritable mutation qui s’opère en ce moment dans la façon de présenter les photos. Après mon analyse de ce phénomène, mon retour d’expérience avec Webprint.

Faire l’économie du papier photo… pour des raisons de coût… bien sûr mais pas seulement. Imprimer directement sur n’importe quel support, bois, tissu, verre… c’est aussi tâter toutes sortes de matières. Afin d’harmoniser ses tirages avec les spécificités de son intérieur et l’ambiance recherchée. C’est pouvoir accrocher des tirages dans sa salle de bains, sa cuisine ou un espace extérieur protégé. Faire d’une photo un papier peint ou un brise-vue de jardin. Et bien d’autres idées déco intérieures ou extérieures, la liste s’allongeant chaque mois.

Cela fait 10 ans que je teste ces nouveaux matériaux et depuis quelques mois un constat s’impose : la qualité d’impression est devenue excellente. Bien sûr la matière mélange ses motifs aux points d’impressions, mais à distance d’observation (bras tendu) la qualité est bluffante et le mariage heureux. Ces supports restituent aux oeuvres leur poésie, leur légèreté et leur sérénité. Contraste, éclat, résolution, relief des détails… si tout peut encore légèrement s’améliorer, bien peu de gens trouveraient à redire sur le résultat actuel.

Voici 4 matières que j’ai pu tester pour métamorphoser son chez-soi en un oasis d’harmonie, de rêve et de zénitude !

1. Verre acrylique – de la brillance à votre photo
La photo est imprimée au dos du support plexi transparent, laissant exploser les couleurs. L’image se voit à travers le « verre » et rayonne d’intensité, d’éclat et de relief. Il s’en dégage une vitalité fascinante. Très sensible en revanche aux reflets en cas de source lumineuse proche.

2. Alu Dibond – un design épuré et moderne
La photo est imprimée directement sur une plaque de cette matière légère et pourtant très rigide. L’intensité des couleurs est étonnant. Presque sans reflet, il s’en dégage un calme céleste.

3. Toile montée sur cadre – l’invitation à la détente
La photo est imprimée sur tissu avec une grande netteté et des couleurs brillantes puis tendue sur un chassis en bois. Avec sa surface subtilement structurée, l’œuvre semble tridimensionnelle et pleine de vitalité.

4. Bois – un effet naturel et chaleureux
La photo est imprimée sur bois faisant apparaître subtilement les veines naturelles du bois. Parfait pour les intérieurs à la décoration plutôt rustique, ce matériau met très bien en valeur les motifs en lien avec la nature.

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Retour d’expérience avec Webprint

Cette entreprise néerlandaise d’impression en ligne a récemment créé une plateforme française. S’adressant au plus grand nombre elle propose pléthore de produits photo à petit prix. La navigation est simple d’utilisation.

Alors sans plus attendre mon verdict :
– définition d’impression : légèrement perfectible mais déjà excellente
– restitution des couleurs : rien à dire (si l’image envoyée a le profil sRVB)
– vérification des tirages : aucune pétouille ou infime défaut sur les 4 essais
– emballage : perfectible (pour les grands formats souvent malmenés par les transporteurs, ils travaillent à améliorer la protection)
– envoi : reçu à chaque fois rapidement

Quand on a connu comme moi, à la fin des années 90, les balbutiements des profils… on mesure le chemin parcouru. Désormais un profil est effectué pour chaque support. Que ce soit sur bois ou sur alu les teintes de mes images sont parfaitement restitués. Quant à la résolution d’impression on peut chipoter de près par comparaison avec un vrai tirage photo mais à distance d’observation on ne trouve plus rien à redire.

Ci-dessous quelques photos en situation.
La plaque Dibond fait 180x80cm, celle en bois 80×30 cm.

bois-large

bois-resolution

bois-tranche

dibond-large

dibond-resolution

dibond-tranche

Notes pour les amateurs avertis et experts 😉

Technophile mon ami, n’oublie pas de convertir les images que tu leur envoies dans l’espace de couleur internet (srvb). Car si l’immense majorité des amateurs prend ses images ainsi sans le savoir, les passionnées préfèrent quant à eux l’espace Adobe RVB ou Prophoto. Il serait utile que le site convertisse toutes les images envoyées dans l’espace colorimétrique d’internet et attribue cette espace par défaut aux images sans profil. Cela éviterait des déconvenues. Bien sûr une conversion directe vers le profil du support sélectionné serait encore mieux (autant éviter l’étape srvb).

Qui dit « s’adresser à un large public » signifie également un léger éclaircissement des images. C’est logique vu la quantité de portraits à traiter. En cas de sous-exposition de l’image, les visages seront reconnaissables. Encore une fois ce qui fonctionne 99% des fois est préjudiciable à ceux qui peaufinent leurs images. Donc pour les perfectionnistes, il vaut mieux appliquer un gamma de 0,8 à chacune des images avant de les envoyer. Dans l’avenir, un bouton permettant d’ « améliorer » la colorimétrie serait souhaitable. Ceux qui ne savent pas traiter leur image cocherait cette case.

Le site français de Webprint n’étant pas encore optimisé à son maximum, n’hésitez pas à leur faire des remarques constructives car ils sont à l’écoute. A ma connaissance les sites d’impression grand public n’ont pas cherché à s’adapter aux pratiques des passionnés de photo. A nous de les encourager dans cette voie.

Leur site : webprint.fr
Leur prestation de tirage sur bois, et celle sur dibond.

Mes débuts avec le Sony A7RII

Nov
18

Mes débuts avec le Sony A7RII

En matière d’appareil photo je ne change pas souvent. Après 11 ans de Fuji 617, je suis passé au Canon 5DII pour 6 années et demi. Octobre 2015 débute l’ère du Sony A7RII. Les deux premiers appareils restent indémodables, l’un en argentique, l’autre en numérique. Ma décision de changer mon outil de travail tient principalement à la nécessité d’alléger mon processus de travail. Depuis quelques années, j’ai tendance à complexifier mon approche créative, et le Sony va me permettre de réaliser plus facilement ce que je faisais déjà par ailleurs avec mon Canon.

Première mise en main
Ce Sony c’est un autre monde pour un artiste adepte des réglages manuels et du trépied. C’est un appareil pensé pour du tout automatique à main levée. Tout est à reconfigurer, prévoir une semaine de stress à tâtonner, à faire le tour des innombrables réglages, à configurer les boutons personnalisées… Sauf à être un jeune geek… c’est éprouvant. Ayant eu l’appareil à sa sortie j’ai écumé les forums anglo-saxons pour comprendre par exemple comment éteindre le live-view (option à régler + bouton perso à créer) ou prévisualiser la zone de profondeur de champ… Pour ceux qui se le demandent, la lecture du mode d’emploi ne sert strictement à rien. L’A7RII attire un public varié de vidéastes et de photographes de toutes disciplines et chacun doit fouiller ce qui lui est vraiment utile.

La haute résolution
Avec son capteur de 42 Mp, la zone de netteté est diminué de moitié par rapport à mon précédent capteur de 21 Mp. La mise au point devient une affaire de précision sous peine que tout soit parfaitement… flou ! Le bougé ensuite. Fini le retardateur de 2s suivi des 3 images bracketées. En faisant ainsi, aux vitesses lentes, la netteté s’en ressentira. Chaque image doit être précédée de 2s de retardateur. Exigeant ? Franchement oui, c’est un appareil qui nécessite de l’attention, du temps et des vérifications systématiques. Avec les futurs capteurs de 120 Mp, les problèmes risquent de se montrer insurmontables.

Saut qualitatif
Je le redis, mon Canon 5DII pouvait déjà tout faire. Et j’aurai très bien pu le garder quelques années de plus. La prochaine révolution en photo n’a pas encore eu lieu. C’est ma nouvelle approche de cette discipline qui a guidé mon choix. Le Sony bruite un peu moins que le Canon et ses résultats sont irréprochables jusqu’à 800 iso. Bien mais la plupart de mes images sont prises à 100 iso. C’est un appareil léger, premier vrai avantage pour moi. Voici pour moi ses 2 autres points forts.

Deux fois plus de détails
Il délivre des fichiers piqués de 42 Mp. En assemblant seulement 2 images et en ne prenant que les 3/4 de la surface assemblée, j’obtiens des fichiers comparables à ceux procurés avec mon Canon 5DII (21 Mp) et 4 ou 5 photos pleinement utilisées. Faire correspondre 2 images plutôt que 4 c’est également moins de contraintes pour le logiciel.

Des images contenant toute l’information utile
La dynamique des capteurs Sony est plus étendue de 2Il que celle des Canon (14 contre 12). On peut donc plus souvent faire tenir toute l’information lumineuse en une seule image et ne réaliser qu’un seul développement. Pour ce faire, je réalise toujours 3 expositions différentes de mes deux images à assembler. De retour chez moi, je ne garde en général que l’exposition « idéale ». Pour les images les plus difficiles, j’opte le plus souvent pour le DRI (multi développement de la même image) plutôt que le HDR (3 images exposées -2, 0, +2 IL).

Conclusion toute personnelle
Mon concept d’images fusionnées, aussi passionnant et émoustillant soit-il, reste énergivore. Le Sony A7RII me permet une réelle simplification du post-traitement. Et mes yeux m’en remercient 😉

Les +
10 boutons personnalisables
Excellent jusqu’à 800 iso, utilisable jusqu’à 12.800 iso
Dynamique impressionnante
Capteur réellement de 42 Mp (pas du pixel flou…)
Accepte tous les objectifs de toutes les marques via des bagues d’adaptations
Le viseur ou l’écran arrière permettent de voir dans l’obscurité, bluffant !
Ecran orientable

Les –
Vie de la batterie très limitée
Viseur électronique… encore très perfectible
Buffer lent pour consulter les images et zoomer à l’intérieur
Interface et menus très (trop) complexes

Note sur mes objectifs (équivalence des assemblages de x2 ou x3 images)
Canon 15 mm : x3 éq. 210° mercator
(en projet) … 21 mm : x2 éq. 14 mm rectilinéaire (105°) ou 135° panini, x3 éq. 160° panini
Sony 28 mm : x2 éq. 17 mm rectilinéaire (90°) ou 110° panini, x3 éq. 130° panini
Canon 40 mm : x2 éq. 24 mm
Sony 55 mm : x2 éq. 35 mm
Canon 70-200 mm :
       80 mm : x2 éq. 50 mm
       110 mm : x2 éq. 70 mm
       160 mm : x2 éq. 100 mm
       220 mm : x2 éq. 140 mm (avec le convertisseur 1.4x)
Canon 300 mm : x2 éq. 190 mm

Il me reste à me procurer un 21mm et des objectifs manuels et légers qui m’allègent les épaules en voyage et en trek (3 focales de 28, 55 et 105mm me permettraient d’obtenir les champs de mes anciennes focales en 617).

La vie en fourgon

Oct
23

Dans les Highlands d'EcosseDans les Highlands d’Ecosse

De plus en plus de personnes vivent dans leur voiture ou leur fourgonnette par manque de revenus, triste situation. D’autres optent pour ce mode de vie à l’année, s’y préparent et le vivent de manière bien plus positive. Certains l’adoptent pour leurs vacances ou week-end. Entre les deux, les « gitans photographes » qui peuvent y passer des mois par an.

Osmose avec le paysage
Pour un chasseur d’images, un fourgon aménagé permet d’être sur place ou non loin de sites prometteurs. De sa fenêtre, la mer, un lac de montagne ou une ondulation de colline. Une tasse de café dans la main à scruter les changements de météo et réfléchir au plan d’attaque. Le sujet peut-être à 30m de là ou accessible après une marche d’approche. Le sac à dos dans le coffre (avec une toile de tente) prêt en cas de distance plus conséquente. On reste au contact du paysage, immergé dans les éléments à prendre en compte. Moins de distraction, plus de motivation que lorsqu’on séjourne dans un hôtel ou un chalet.

Minimalisme
Sillonner le pays apprend à tirer le meilleur parti du beau temps et à profiter de ces périodes de pluie assis dans la camionnette à lire ou écouter de la musique. Merveilleuse école pour apprendre à vivre simplement dans un espace confiné. On se rend ainsi compte de toutes ces choses dont nous n’avons vraiment pas besoin. Retour à l’essentiel, changement rafraîchissant par rapport à la vie compliquée que l’on a souvent dans son appartement en ville.

Liberté
On se lève et se couche en fonction du soleil plutôt que de l’horloge. On est libre d’aller où l’on veut et de choisir l’ambiance et la vue de sa chambre. On mange quand on a faim, pas de réservation, de contre-temps. On reste le temps nécessaire à chaque endroit. On se déplace suivant la météo et son humeur sans se sentir coincé à aucun moment, sans gérer les questions de réservation d’hôtel ou d’hébergement B&B. On économise de l’argent et l’on gagne en indépendance financière, ce qui permet ainsi de consacrer le temps nécessaire à chaque prise de vue.

Il n’y pas de problème, que des solutions
Être dans un si petit espace par temps humide peut être éprouvant, surtout si ça dure plusieurs jours d’affilée, ce qui permet de puiser plus profondément dans sa zénitude. Le rangement, la vaisselle, rien n’est jamais remis à plus tard, sous peine que tout valdingue pendant la conduite, la base de toute démarche de progrès permanent pour les japonais. On devient un adepte des checklists afin de gérer tout ce qu’il ne faut pas oublier avant de partir. Puis on surveille les stocks de nourriture. Cela oblige à devenir rigoureux et à réfléchir à tout, à penser à penser. Que du bon je vous dis 😉

fourgon_Pech-de-PinsacPersonne à 400m aux environs. Déjà sur place pour un réveil programmé à 6h00.

« Les paysages nous attirent dans la mesure où ils sont le miroir de notre perception intérieure. » (Hélie de Saint Marc)

Bivouac en immersion

Oct
9

Bivouac en immersionBivouac près de la Croix du Lautaret, Vercors. Lever de soleil derrière le Dévoluy.

Cosmophobie
Les médias nous abreuvent d’histoires inquiétantes. A devenir de plus en plus peureux vis à vis du monde naturel et à s’en éloigner toujours plus. Sauf que c’est statistiquement moins dangereux de marcher seul dans des zones sauvages que de conduire sa voiture. Alors pour se guérir de ce genre de peur, il faut s’entraîner à sortir et à profiter de la nature le plus souvent possible. Pour permettre de développer et nourrir ses propres inspirations, soit faire ce qui nous attire et nous exalte.

Bivouac à la Terrason
Alors pour les téméraires, voici l’expérience proposée dans son livre « La peur de la nature » où il analyse ce qui, dans notre culture, pousse au rejet d’une nature non aménagée par l’homme, ressentie comme source de dangers. Ce test est à faire lors d’un bivouac en montagne, sans source de lumière, sans musique, sans doudou, sans personne à qui parler… Just you. Se protéger ou s’immerger, telle est la question de ce ‘Connais-toi toi-même’.
« Seul dans le noir, la nature m’entoure de ses bruits sur fond de silence et : 1. je me sens bien, je médite, je dors ou 2. au secours, je suis recroquevillé de peur et je m’épuise. »

Camping sauvage et photographie de paysage
Le camping sauvage offre de nombreux avantages pour le photographe de paysage :
– on est sur place au lever/coucher de soleil et on peut donc plus dormir la nuit ;
– une marche d’approche ou de retour en été nous prive d’heures de sommeil sans bruit et sans chaleur ;
– on accède à des vues rares dans une ambiance unique : la plupart des photos sont prises près de la route, ou lors sur de courtes promenades ;
– on se fait plaisir et on peut partager un bon moment avec un ami qui nous accompagne ;
– on retrouve la forme à porter son matos photo en plus de son matériel de bivouac, on finit par trouver l’équilibre entre la fatigue musculaire et la création intellectuelle et artistique, excellent moyen de bannir la paresse photographique ;
– on apprend à simplifier, à se concentrer sur ce qui est vraiment important, les images : hop le troisième objectif, hum les nouilles asiatiques… la nourriture qu’on a dû porter a toujours meilleur goût ;
– on économise de l’argent, l’hébergement sous tarp ou toile de tente ayant un prix défiant toute concurrence… et quasiment garanti sans problème de bruit de voisinage ;

Une école de survie
Et on continue sur la lancée :
– on prend conscience de l’importance de l’eau, de sa densité… on apprend à boire au ruisseau, à la filtrer au besoin ;
– on découvre la polyvalence du système multi-couches, la joie de s’habiller et de déshabiller sans cesse pour réguler sa température ;
– on se forme aux premiers secours, nécessaire à la ville comme à la montagne ;
– on s’initie à trouver le meilleur lieu de campement (sol sec, plat, à l’abri du vent et du froid) qui peut être choisi avec les critères inverses en été ;
– on apprend à s’orienter, à lire les paysages, à prévoir la météo, voire même comprendre la nature ou, plus fou, commencer à l’aimer.

Deux approches
Le lièvre : rapide et léger, loin et haut
et la tortue : porter plus lourd et aller moins loin, moins haut, moins vite
à adapter suivant les circonstances, votre état de forme, votre humeur du moment.

Et les soirées au bivouac… on chante :
Marchons de bon matin
Marchons sur les chemins
Sur les plaines avec ferveur
Laissons chanter nos cœurs
(extrait de Yop Ho de Chanson Plus Bifluorée, texte complet)

Wilderness : paysage sauvage

Sep
25

« Evadez-vous dans l’herbe et les gentianes sous le regard majestueux des glaciers, dans ces jardins remplis de toutes les merveilles de la nature. Gravissez les montagnes pour prendre un bol d’air frais et la paix de la Nature coulera en vous comme les rayons du soleil coulent à travers les arbres. Le vent vous insufflera sa fraîcheur, la tempête son énergie et vos soucis s’envoleront comme les feuilles d’automne… » (John Muir, 1898)

15063 Le Puy Mary depuis le Puy de la Tourte (Cantal), JuilletLe Puy Mary, Cantal

Définition
« Par wilderness, on entend cet environnement d’altitude, où tous ceux qui le désirent peuvent encore faire l’expérience d’une rencontre directe avec les grands espaces, et y éprouver en toute liberté la solitude, les silences, les rythmes, les dimensions, les lois naturelles et les dangers. »1
C’est donc l’état sauvage de la nature. Mais aussi l’expérience profonde, émotionnelle, poétique qui l’accompagne. Un état d’âme, ce ressenti indescriptible et intime, primordial et viscéral, de parenté et d’enracinement à la sauvagerie2.

John Muir, précurseur d’une éthique laïque de la Terre
Lors des premières rencontres des Grands Sites de France3, l’écrivain Kenneth White dépeint merveilleusement ce naturaliste qui œuvra à la préservation des espaces sauvages en Amérique.
« Aller dans la montagne, c’est aller chez soi. En découvrant le paysage, en ouvrant ses sens et son esprit, en activant toutes ses facultés, c’est soi-même, en plus grand, qu’on découvre. (…) De plus en plus, des esprits fatigués, usés, apathiques, sur-civilisés auraient besoin de se ressourcer, de se re-créer, et pour cela il faut réserver des espaces naturels, car ce n’est que dans la nature que l’on renaît. (…) Il est nécessaire de descendre l’homme du piédestal que la religion chrétienne (le monde est là pour son usage) et l’humanisme philosophique (l’homme est au centre de toutes choses) ont créé pour lui. »

L’écologie profonde
Ce courant de réflexion s’opposant à l’anthropocentrisme prône une gestion plus rationnelle des ressources naturelles, mais également la prise en compte d’une dimension éthique, celle de la responsabilité de l’homme vis-à-vis du monde naturel, et intègre la valeur esthétique de la nature.
Tendre vers l’harmonie du monde, insiste le pharmacien Jean-Patrick Costa, « c’est rendre une place centrale non pas à la nature mais à la relation entre les hommes et la nature, afin de fonder un tout indissociable ». C’est donc un acte de résistance contre le productivisme appliqué tyranniquement à chaque m².

Protection contre nature
La protection des milieux naturels et leur ménagements sont autant de paravents qui isolent l’homme de la sauvagerie de la nature. Comme le souligne François Terrasson, « créer des réserves, c’est accepter définitivement l’idée que l’homme et la nature ne peuvent coexister. » Pour les naturalistes tel Jean-Claude Génot, « la protection de la nature n’a pas à choisir entre l’homme et la nature. Mais il est fondamental de faire accepter l’état sauvage sans artifice, partout où cela est possible, au coeur de l’état civilisé, si l’on veut que l’homme l’accepte telles qu’elle est, et non telle que certains souhaitent qu’elle soit ».

Politique anti-nature
« Aujourd’hui, le parti de l’écologie politique en France montre un désintérêt pour la défense de la nature. On appelle même à éliminer les loups. On ne parle pas de la nécessité d’une politique de protection de la nature, d’éthique de la terre, de stabilisation économique et démographique ou d’une puissante culture du sentiment de la nature4. »

Edward Abbey
Pour parler de Wilderness, qui mieux que cet écrivain contestataire du courant « nature writing »5. Petit mixte personnel.
« Pas besoin de passeport, pas besoin d’examen, pas besoin d’équipement spécial, pas besoin de formation particulière. Voyager dans les espaces sauvages est le plaisir le plus libre, le moins cher et le plus démocratique qui soit. (…) On ne peut respirer qu’avec 2 km cube d’espace autour de soi. (…) Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n’aurons peut-être jamais besoin d’y aller. Je n’irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l’Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d’espoir ; sans cette possibilité, la vie urbaine pousserait tous les hommes au crime ou à la drogue ou à la psychanalyse. »

Le luxe de l’ermite
Le recours aux sites sauvages grandioses n’est envisageable que pour un nombre réduit d’individus. Sans aménagement, en l’état, ils n’attirent de toute façon que peu de monde. Mais dans la logique financière du tourisme de masse on y apporte les maux qu’on prétend fuir en quittant la ville.
Aldo Leopold, naturaliste précurseur de la décroissance, en parle dans son ‘Almanach du comté des sables’ : « Toute protection de la vie sauvage est vouée à l’échec, car pour chérir, nous avons besoin de voir et de caresser, et quand suffisamment de gens ont vu et caressé, il ne reste plus rien à chérir. »
Commençons par à apprendre à aimer et protéger nos petits espaces sauvages proches. Laissons les sites majeures aux anachorètes, aux aventuriers et pour nos rêves d’échappées6.

1 Les thèses de Biella, 1987
2 Wilderness qui es-tu ?
3 Une géographie d’espoir
4 L’expérience du lieu : perspectives géopoétiques, 1999, Kenneth White
5 L’écologie politique et la nature
6 Les éditions Gallmeister, spécialisé en « nature writing »

14923 Cascades sur la Diège (affluent de la Dordogne), Mestes (Corrèze), MaiFracas et puissance de l’eau, chaos de roches et de branches, une fenêtre de sauvagerie.

Landscape : paysage naturel

Sep
11

14882 Confluent de la Dordogne et de la Sumène, belvédère de Gratte-Bruyère - Sérandon (Corrèze), MaiRencontre de la Sumène et de la Dordogne, belvédère de Gratte-Bruyère (Corrèze)

Paysage vs landscape
Avant le XVIIIe siècle, les espaces sauvages étaient considérés comme laids et à proscrire. Les montagnes, appelés aussi les « monts affreux », étaient le reflet d’un monde austère et effrayant. Par opposition aux pays « sages » façonnés par l’homme, concept visuel occidental1 inventé à la Renaissance.
Les photographes paysagistes américains considèrent au contraire comme « paysage » les espaces naturels vierges foulés par les premiers colons. Le terme anglais de landscape apporte dans l’esprit américain une notion d’espace, de démesure faisant référence à l’idée de nature à l’état brut.

L’éloignement de la nature
Après des millions d’années à tisser des liens étroits avec notre environnement, nous sommes la première génération d’humains totalement détachés du monde naturel, sans ressentir de nécessité d’y être reliés. La ville est devenue notre nouvel écosystème, artificiel, où l’on a éliminé une à une nos connexions ancestrales et transcendantales avec la nature. Laissant un vide béant qu’on a tenté de remplir avec des biens artificiels, l’argent, la carrière, le succès, les centre commerciaux et la technologie… toute chose qui nous tient occupé, aliéné, coupé de la nature et de la possibilité de se reconnecter physiquement, moralement, spirituellement à la vie…

Vers un retour timide
La connotation positive de la nature sauvage est un phénomène récent (qui n’est pas partagé par tout le monde). Indomptée, elle est encore souvent ressentie comme une menace, une entrave, ou au mieux, comme quelque chose de morose2 et inutile. Seule une fraction de notre société qui s’est éloignée de cette nature et qui ne s’y sent plus chez elle éprouve une certaine nostalgie du paradis perdu. Pour certains humains apprivoisés, elle est un antidote au déracinement, un retour aux sources, une tentative de renouer un contact, une question de survie3.

Le besoin de beauté
A notre époque où le stress et les tensions font tant de dégâts… dans nos vies étriquées et oppressées dans des boites4… nous cherchons l’évasion dans les vastes solitudes des pays dans lesquels notre mode de vie n’a pas encore été exporté. Besoin vital de se ressourcer dans la beauté préservée, la tranquillité de la nature. Cette beauté qui procure des émotions, qui fait du bien au plus profond de l’être. « Mais au lieu d’y voir une occasion d’approfondir leur sens de la vie, certains s’empressent de la remplir de bruit, de jouets et de « culture » » pour citer Kenneth White. Ils consomment et épuisent l’espace, tout en augmentant le vide en eux…

Renouer près de chez soi
Le monde dont on rêve est ici, dans nos paysages que l’on l’ignore et que l’on détruit pour des enjeux mercantiles dictés par nos modes de vie non durables. Comme le dit si bien le photographe Bernard Bischoff5 : « La nature éveille en nous ce besoin d’humilité et de recul face aux choses de la vie. Une aspiration à retrouver dans sa réalité quotidienne un peu de sérénité et du bonheur de vivre que nous procure une simple balade champêtre ou une randonnée plus sportive à l’assaut des sentiers. » La nature préservée apporte beaucoup de quiétude, de paix intérieure, de sérénité. Vivre en harmonie avec la nature contribue au bonheur et à la qualité des relations humaines.

1 Le paysage existe-t-il dans les pays du Sud ?
2 Pour l’esprit terne, toute la nature est terne. Pour l’esprit illuminé, le monde entier flambe et rayonne. (Ralph Waldo Emerson)
3 Se fondre dans la nature, et célébrer la vie…
4 Jusqu’à l’université nous sommes enfermés dans des “bahuts”; puis nous travaillons tous et vivons dans des “boîtes”; même pour s’amuser, les jeunes vont en “boîtes” dans leur “caisse”; enfin, à notre mort on nous met dans une petite boîte. (Pierre Rabhi)
5 bernardbischoff.fr

Pays sage : paysage culturel

Août
28

15111 Les estives du Cézallier en direction du Sancy, La Godivelle (Puy-de-Dôme), AoûtLa nature maîtrisée du plateau du Cézallier, le symbole d’un beau paysage

Une invention urbaine
En France, un paysage s’offre au regard comme la traduction des activités de l’homme sur la surface du globe. Un paysage de campagne est ainsi façonné par des siècles de culture paysanne. Pourtant, les paysans, qui sont les acteurs les plus proches d’un pays, sont paradoxalement les plus éloignés d’un paysage. Ils circulent dans le pays qu’ils perçoivent en perpétuel changement. Les citadins, au contraire, bloquent leur regard, cadrent un site et figent le temps. La notion de paysage est né de leurs regards esthétiques : un lieu domestiqué, cultivé, paisible, un pays sage, la campagne proche visible de la ville.

L’attrait d’un beau paysage
Un pays n’est donc pas d’emblée un paysage. C’est par la médiation d’une culture et la notion de beauté qu’il le devient. L’art de poser un cadre sur un décor, d’isoler une portion d’espace et de le décrire comme s’il s’agissait d’un tableau. Harmonies et contrastes des couleurs, de la lumière, des lignes et des formes… La représentation d’un espace où l’on a envie d’aller pour aller plus loin encore, désir de partir et de découvrir ce que cache l’horizon, envie d’exercer sa liberté de mouvement, sentiment romantique puissant.

L’approche artistique
L’artiste paysager tente de dénicher les tableaux vivants qui préexistent dans la nature. C’est le plus merveilleux des enjeux. L’image tant convoitée se révèle alors comme une évidence incontournable et s’impose à celui ou celle qui sait ouvrir les yeux et s’abandonner. Aussi talentueux soit-ils, les photographes ne peuvent, à eux tout seul, inventer un paysage. Mais ils l’interprètent au-delà de l’évidence pour contribuer à la beauté originelle du monde et enrichir la condition humaine.

Une esthétique manipulée
Les romantiques et les artistes ont donc contribué au conditionnement social et culturel. Les « beaux paysages » revêtent un caractère profondément subjectif. « Modèles » ensuite propagés à l’ensemble de la population par les mass-médias et des agences de pubs… qui utilisent la puissance de cette sensation de beauté pour nous détourner de certains problèmes et développer la valeur marchande des paysages. Mystification publicitaire, manipulation sociale par le tourisme.

Quel futur ?
De nos jours, l’augmentation du tourisme vert et des sports de pleine nature engendrent un besoin de « paysage-spectacle ». L’entreprise du divertissement organise, avec obstination et de manière obsessionnelle, la mise en production des paysages. Les « belles » vues disparaissent et avec elles leurs bienfaits. Pour conjurer le sort, les âmes d’artistes, épris de sciences et de philosophie, tentent d’éduquer les regards pour donner envie de protéger notre environnement. Ils offrent leur vision particulière où l’ordinaire n’est qu’une apparence qui cache de l’extraordinaire. Ils aident à percevoir poétiquement* le monde qui nous entoure pour l’aimer simplement pour ce qu’il est.

* voir mon post : Les autres dimensions du paysages

Pour aller plus loin :
Alain Roger, La théorie du paysage en France (1794-1994)
Rodolph Christin, L’usure du monde : Critique de la déraison touristique (2014)

PS : La photographie aérienne (extrait du livre d’Alain Roger)
C’est avec la photographie aérienne oblique en couleurs que l’esthétique du paysage atteint aux harmonies les plus impressionnantes (au sens fort du mot impression) et aux effets de distanciation les plus majestueux : le paysage vu d’oblique à quelques centaines de mètres d’altitude devient totalement ordre et beauté : telle usine aux fumées pestilentielles, entourée d’accumulations de déchets nocifs, montrera d’en haut la logique de son plan, la blancheur du panache de fumée, et les teintes vives des monticules qui l’entourent trancheront sur la blancheur des étendues environnantes (il n’y a plus un brin d’herbe). La ville n’est plus le bruit, les embouteillages, les taudis ou le luxe des beaux quartiers, elle devient une structure bien organisée. (…) La vision esthétique des beaux paysages place le spectateur dans une disposition sentimentale de grande réceptivité : ce qui est beau est bien. Dans l’ordre qu’il découvre et qu’il admire pour sa forme et ses couleurs, il se sent presque alors la majesté du prince ou la sérénité de Dieu contemplant son ouvrage. On pourrait objecter qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène préméditée.