Les dessous de l’image – Cingle de Trémolat

Août
24

14851 La Dordogne à la cingle de Trémolat (Dordogne), Avril

Une image très compliquée. On englobe 180°, beaucoup d’informations visuelles.
3 jours sur place en avril et un en mai.

Du cadrage :
C’est une projection sphérique, le résultat final correspond donc à ce que l’on voit lorsqu’on le tourne l’appareil sur son axe de rotation.
Pour une meilleure lisibilité, je souhaitais que de gauche à droite apparaisse la dalle puis qu’elle disparaisse puis qu’enfin il y ait un rappel de celle-ci. L’impression est ainsi celle d’un tremplin qui ne cache pas tout le premier plan (effet plus aérien). La forme de la dalle de pierre n’autorise qu’une position très précise de l’appareil photo dans l’espace afin d’y arriver.
Là où disparait visuellement le roc, il est en fait horizontal juste en dessous.
Ce point de vue n’est pas indiqué et pour avoir sillonné les chemins sur plusieurs kilomètres à gauche ou à droite, je pense que c’est le seul qui ménage une telle vue sur la boucle.

Des couleurs :
En mai j’ai réuni ce que je pensais être les meilleures conditions météo, un beau ciel, un soleil très bas dans le ciel créant des ombres allongées juste avant que la falaise à droite ne soit trop sombre et que la dalle ne projette pas une ombre trop importante sur la forêt. Résultat, en revoyant l’image je la trouve terne, avec des teintes trop vertes.
J’y suis retourné en mai car je n’avais pas réuni toutes les conditions en avril. Retour un mois avant.
C’est avant tout la couleur des champs qui m’impressionne. Déjà certains voient apparaître des jeunes pousses. Mais globalement c’est l’optimal de nuances de couleurs. J’essuie plusieurs orages sous mon parapluie. Et une seule fois après la pluie j’ai cette combinaison de trouée de ciel bleu reflétant sa couleur sur la Dordogne et un vent quasi inexistant ne créant pas de ridules sur l’eau et renforçant ainsi le reflet du ciel. Mais le soleil n’éclairera jamais la totalité du paysage quand il revient subrepticement. J’ai donc gardé la meilleure série (celle de la combinaison que je viens de décrire) mais juste avant que le soleil éclaire de façon éparse le paysage.
J’y vois un avantage, cela renforce les couleurs. En effet c’est sous un ciel nuageux qu’on peut observer le maximum de nuances de couleurs.

Pour recentrer l’attention sur la boucle j’ai attendu que les nuages obscurcissent les lointains.

Trémolat

Trémolat, en mai. C’est vert… et triste !

D’autres dessous d’images sur biosphere-bassin-dordogne.fr/photos-panoramiques/

Jurimage, pour puiser à la source du droit à l’image

Août
11

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logo Jurimage ©Copyright 29bis

Joëlle Verbrugge est avocate et auteur-photographe passionnée. Elle renseigne les photographes sur les aspects juridiques de leur activité à l’aide de son blog (depuis 2009), à travers ses chroniques juridiques dans le magazine Compétence Photo, dans ses livres*, régulièrement réédités et mis à jour et enfin sur son nouveau site JURIMAGE.

Pour choisir son statut et connaître les aspects fiscaux et comptables.
Pour tout professionnel amené à diffuser une photo.
Pour faire les bons choix dans la jungle des dispositions légales et administratives.
Etc, etc

Car le droit à l’image est un sujet très vaste et complexe. Quelques vagues et laconiques dispositions en constituent la trame générale. Il découle de façon quasi exclusive de la jurisprudence. Comprenez que c’est flou… susceptible de fluctuer, d’une période à l’autre, mais également d’un degré de juridiction à l’autre, parfois d’une région à l’autre…

Après avoir suivi d’innombrables résolutions de litiges, échanger avec moult professionnels sur des thèmes précis, fouillés, prouvés, analysés, et traités… il lui est possible d’attirer l’attention sur ce qui posera problème, ou sur ce qui, au contraire, devrait être autorisé sans trop de risque.

Son livre ‘Vendre ses photos‘ est une bible pour ma compta.
Ses conseils (livres, blog) sont excellents et bien écrits. Aussi je conseille aux professionnels et amateurs de l’image qui ne l’ont pas déjà fait de s’abonner (prix très démocratique) à son site JURIMAGE. Les droits d’auteur perçus pour ses contributions permettent à Joëlle de faire l’investissement d’ouvrages ou d’abonnements à des banques de données (jurisprudence, doctrine et veille législative) complètes et donc onéreuses.

Dans la jungle sans cesse changeante du droit photo qui chaque jour devient plus complexe, il est nécessaire de restez informé et auprès de bonnes sources. Question de survie !

* Vendre ses photos – 4e édition (2015)
Droit à l’image et droit de faire des images – 1ère édition (2013)

Les dessous de l’image – Château de Val

Août
7

14924 Château de Val cernée par la Dordogne, lac de Bort, Cantal

300 images au départ, un ciel somptueux avec son revers, des ombres portées sur les collines. Trouver une image bien éclairée pour chaque portion et tout équilibrer. Sans compter la question d’assemblage des images pour la partie lac. Hier mes yeux se sont rendus. Grosse fatigue. Je reprendrai donc cette image plus tard.

Plus tard…
Ayant déjà réalisé par le passé une image évocatrice de ce château de conte de fée (lien), je me suis d’abord focalisé sur les points de vues donnant sur le lac ou les environs. Site du Mont, site de la pyramide, balcons du plateau Bortois, site aménagé de Bort-les-Orgues (avec une dizaine de tables de pique-nique)… Et à chaque fois s’asseoir sur un banc et contempler un rideau d’arbres qui nous dépasse de 3m. Vivement qu’une association élague tout ça et redonne un intérêt à tous ses points de vues. Seul le site de la Vie garde une vue sur le lac mais celle-ci est de moins en moins dégagée et la sensation de beau panorama n’est plus là.

Repérage un peu attristant mais en la charmante compagnie de l’écrivain-photographe-poète Jean-Pierre Lacombe qui m’apporte de précieux renseignements sur sa Corrèze. JP grand merci à toi, ne change pas.
Mais je digresse. Donc, pour la vue étendue du lac je repasserai. Le château redevient ma priorité mais c’est le lac et l’eau de la Dordogne qu’il me faut mettre en évidence. Après l’avoir examiné de près et sous tous les angles je décide de m’éloigner suffisamment pour redonner de l’importance à l’eau et aux berges. Après 3/4h de marche et de recherches je trouve le meilleur compromis. Le plus loin possible mais avant que la chapelle ne commence à se cacher derrière le château et perché sur un rocher à 3-4m de haut afin de prendre un peu de hauteur et dégager une sensation plus aérienne.
Objectif : rendre la sensation d’espace. Ce sera 130° de champ horizontal en projection panini (si l’image d’un sandwich vous vient alors cliquez ). Comme chaque image de ce projet elle est « fusionnée ». 4 phases (donc séries de 6 photos verticales) nécessaires.
La première : prendre le château tant qu’il n’est pas éclairé trop de côté.
La seconde : faire des va-et-vient de gauche à droite et saisir au moins une fois chaque parcelle de l’arrière-plan bien éclairée. Car c’est bien gentil de vouloir une flopée de nuages pour montrer la grandeur du ciel mais mon pauvre Hervé faut réaliser que ça va de pair avec d’innombrables ombres projetées qui balaient le paysage. Bien sûr il peut y avoir le miracle, quelques secondes où tout est éclairé mais comme… j’ai besoin de 30s pour faire ma série… Et puis il y a les autres étapes qui m’attendent.
Aussi, la troisième série consiste à attendre le ciel bien habillé pour la saison. Un bel équilibre entre le ciel bleu et les stratocumulus et tant qu’à faire une impression (subjective) de convergence vers le château pour le mettre en évidence au cas où il ne se verrait pas assez…
Quatrième série je mets mon filtre gris devant mon objectif qui ne laisse passer que 1/1000e de la lumière. Pratique en pleine journée pour passer par ex. de 1/30e à 30s d’exposition. Ainsi l’eau du lac prend des allures éthérées, ce qui aide à amplifier la sérénité du lieu et simplifie la composition donc renforce le reste. Lumineuse idée sur le principe. Mais la fusion… enfin pour la faire courte 2 jours entier de travail pour ce tableau, désolé mes yeux j’ai eu cette idée sans réfléchir à toutes les conséquences.
J’avais attendu dans un cinquième temps que le parking à droite passe à l’ombre le temps d’un nuage complice… mais mais mais mais… cela s’est avéré décevant devant mon écran. D’un coup de baguette magique (enfin plusieurs) la parking s’est vidé de ses voitures modernes ne laissant par enchantement que les motos et les voitures de collection présentes ce jour-là.
Évidemment la berge à gauche ferme l’image et permet de mettre un pied dans le paysage.

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Proxi-photo, les paysages intimistes

Juil
21

6363 Chaos de Longues-sur-Mer, Plages du Souvenir, CalvadosLa pluie ce jour-là rendait difficile tout plan large. La scène montrait des pans entiers de la corniche de calcaire basculant et s’effondrant jusque sur l’estran. Je resserrais mon cadrage sur ces blocs attaqués par l’érosion, isolés et détruits. Loin d’être un paysage désolé, le chaos de Longues-sur-mer offre l’impression d’être toujours en mouvement, sans cesse renouvelé. Pendant une heure, j’organisais cette petite section de côte normande, sorte de fractale, qui se répétait sur des dizaines de kilomètres.

Qu’il résume en raccourci un site tout entier ou souligne l’aspect sur lequel glisse d’ordinaire l’œil, le détail révèle souvent plus les caractéristiques essentielles d’un site qu’une vue générale. Dans quel cas adopter cette approche du paysage miniature ?

La nature et les paysages sont une source de beauté intarissable. Les plans larges de scènes spectaculaires sont particulièrement recherchés. Mais de nombreux problèmes nécessitent d’être surmontés. Avant tout, une belle lumière est indispensable. Puis il faut avoir apporté l’objectif correspondant à la composition idéale, qui se doit de jeter un regard nouveau si le site est déjà connu. Les nuages doivent se répartir harmonieusement dans le ciel. Aucun élément indésirable ne doit dénaturer la vue d’ensemble : pylône, affiche publicitaire, voiture… Bien souvent, les conditions ne sont pas réunies, l’espoir est déçu et aucun cliché n’est pris.

Il n’est pourtant pas de temps mort à la pratique de la photographie de paysage. Si un plan large semble compromis, alors on peut s’intéresser aux détails, aux petites choses qui passent presque inaperçues. Le paysage de proximité nécessite une approche plus personnelle, permettant davantage d’interprétation et de créativité. Il oblige à être vigilant et à transformer son œil en objectif. Il permet plus sûrement de sortir des sentiers battus, de rapprocher et porter à l’attention des autres ce que l’œil ne voit jamais.
Le champ englobé de ces gros ou moyens plans peut varier de moins d’un mètre à quelques dizaines de mètres, sans trop isoler le sujet de son entourage immédiat pour ne pas le dépouiller de sa signification.

C’est l’horizon discontinu ou son absence qui caractérise les prises de vue rapprochées, rappelant que la photo est avant tout affaire d’abstraction : ce qu’elles excluent du cadre est aussi important que ce qu’elles incluent. L’accent est mis sur les formes, les couleurs, les textures, ainsi que sur la géométrie et les jeux d’ombres et de lumières. La photo obtenue est alors plus un assemblage de lignes et de surfaces qu’une représentation réaliste. Sans espaces ouverts, l’œil comme piégé se voit obligé de s’intéresser à l’effet graphique de l’image en dehors de son contexte.

En recentrant l’attention sur les plus petites choses, et en leur donnant dans l’image cadrée la place qu’on réserve habituellement aux grands édifices, montagnes, châteaux…, on rend les détails précieux et prenants. Le regard, un peu perdu par l’absence d’échelle, est attiré et cherche à se rapprocher pour explorer leur intimité, ressentir l’énergie de ces contractions visuelles, ces « extraits concentrés de paysages » qui évoquent leur totalité. Par cet artifice, on retrouve l’attention qui est habituellement réservée à leur réalisation ou à leur sauvegarde.

Les vues larges sont généralement porteuses de disharmonies et les photographes de grands espaces se concentrent sur les sites où il est plus facile de mettre de « l’ordre dans le chaos ». Dans un plan rapproché, ce qui perturbe l’équilibre de la composition peut s’extraire plus facilement par un changement d’échelle ou d’angle de vue. Il est possible d’arranger pendant des heures le paysage miniature, d’ôter toute distraction comme les mégots de cigarettes ou les bouts de papiers, de suggérer l’espace et la profondeur et d’y faire se promener le regard.
A petite échelle, la lumière douce devient un avantage car elle fait ressortir la texture. Idéalement, elle vient de côté, soulignant d’ombres bien nettes les moindres protubérances ou dénivellations. On utilise le maximum de profondeur de champ afin d’offrir à voir autant que possible la composition abstraite. Le trépied se révèle plus utile que jamais.

L’utilisation du format panoramique pour des vues de détail rend possible d’avoir deux ou trois scènes qui s’opposent ou se complètent sur le même cliché. L’image, encore plus compressée entre le haut et le bas du cadre, nécessite néanmoins de tourner la tête pour tout englober, en nous plaçant derrière les yeux d’un être réduit homothétiquement à la taille du paysage observé. Un pied de nez à la définition que donne le dictionnaire du panorama : « un vaste paysage vu d’un point élevé ».

La proxi-photo ouvre des opportunités innombrables. Il est plus facile d’apporter un regard neuf sur le monde qu’on ne voit pas d’ordinaire que sur les sujets ou les scènes clairement visibles à l’œil nu.

Histoire d’une photo – Canal du Midi

Juil
7

11252 Canal du Midi, AudeAppareil Fuji GX617, objectif W300mm f8.0, Film Provia 100F, Trépied carbone Gitzo, Expostion 4s f45 1/3

Reliant la Garonne à la mer Méditerranée, le canal du Midi emprunte le plus souvent la ligne droite sur les 241 km qu’il parcourt. Mais les aléas de la géographie l’obligent parfois à des détours. Et c’est précisément un S resserré qui siérait à mon format panoramique.

Tout commence par l’étude des cartes IGN. Impossible, vu le niveau de précision, d’en repérer sur les tracés. Mais cela me permet d’isoler 3 secteurs où le relief semble avoir mené la vie dure au chantier de construction. Mes deux premiers voyages me font ainsi parcourir à pied et dans les deux sens les chemins de halage. Passer plusieurs jours en repérage dans notre 21e siècle voué à la rentabilité peut étonner. Mais j’inscris mes photographies comme des quêtes pouvant nécessiter plusieurs années à leur réalisation. Mon plaisir est avant tout en chemin.

Lors d’un troisième voyage me faisant passer non loin du canal, je décide donc d’explorer un autre tronçon. Une surprise m’attend à l’endroit où je le rejoins, deux S consécutifs placés selon un axe perpendiculaire à la direction où le soleil se couche. Lors de mes précédentes recherches, les trois S déjà repérés n’étaient pas bien orientés ou n’avaient pas de belles allées de platanes de part et d’autre. Enfin toutes les conditions réunies. Du moins presque. Car le ciel est couvert et les nuages à l’horizon risquent de ne pas permettre au soleil couchant d’éclairer la voûte des arbres par en dessous.

C’est la raison pour laquelle la direction du méandre est importante. Idéalement j’ai besoin d’une lumière rasante et douce, diminuant le contraste provoqué par ces grands parasols naturels. Ne jamais se décourager. Je cherche longtemps le cadrage idéal, je prépare tout, et je me tiens prêt pour les 15 dernières minutes de jour. Il n’y aura que 10s d’éclairage, le temps de faire 1 seule photo. Je n’aurai la certitude d’avoir réussi que plusieurs semaines plus tard en examinant la diapositive.

Pour restituer ce site tout en profondeur avec ce double S, il m’a donc fallu choisir une lumière non seulement appropriée, mais aussi compatible avec les capacités de reproduction du film diapositif. L’appareil a été posé à ras le sol afin que la voûte formée par les branches de platanes ne cache pas l’extrémité visible du canal. L’absence totale de vent a permis un reflet parfait dans l’eau. Les couleurs du soir ont amené de la chaleur à la composition. Ces facteurs et d’autres ont été réfléchis afin de reproduire l’impression que l’on garde d’une promenade le long du canal. Pour plaire, l’image doit être construite comme un condensé des souvenirs tel que le cerveau les rapporte en les compilant et en les améliorant.

Photos Hi-Tech – 2/2 – Dévoiler un pan de l’invisible

Juin
23

14462    Coucher de lune derrière les palmiers, Mirissa (Sri-Lanka), SeptembreClair de lune sur mon île intérieure. Le numérique permet de figer des sujets mobiles dans la semi obscurité. Avec son verre dépoli (live-view) on prévisualise clairement son cadrage même quand la lumière est insuffisante.

Les outils servent aussi à libérer notre vision, créer des images profondément évocatrices, leur donner une réelle qualité éthérée, dévoiler un pan de l’invisible.
Les processus décrits ci-dessous nécessitent de prendre le contrôle du fil du temps. On condense un laps de temps sur une seule image qui n’est pas une réalité perceptible. Et l’on peut participer activement au processus de prise de vue, en sélectionnant les moments forts de ce moment, en ajoutant de la lumière…

Du flou en grand angle
Un grand angle à très large ouverture possède une profondeur de champ très restreinte. Il en existe une poignée fabriquée spécifiquement pour la NASA afin de capturer la face cachée de la lune. Stanley Kubrick en a utilisé dans Barry Lyndon*1 pour filmer des scènes éclairées seulement à la lueur des bougies. Le sujet se retrouve détaché de son environnement.
Heureusement, il existe la méthode Brenizer pour reproduire un tel effet sans se ruiner. On utilise un téléobjectif grand ouvert pour minimiser la zone de netteté et on prend autant d’images que nécessaire pour couvrir l’étendue visuelle.

Compresser le temps (en journée)
Galen Rowell cherchait à créer des images dynamiques, et quelle meilleure façon de stimuler notre imaginaire que de célébrer le « moment » sur l’ « instantané » et permettre de flouter des éléments mobiles dans une scène. Les filtres neutres*2 ralentissent l’ensemble du processus de fabrication. Ils désencombrent visuellement et permettent de s’imprégner davantage de notre environnement en attendant l’apparition de l’image capturée sur l’écran LCD. Cette anticipation croissante fait durer le moment.

Accumuler la lumière (la nuit)
Un capteur numérique permet de saisir le ciel nocturne*3 et sa « lumière rare ». Dans la journée, il est difficile de voir au-delà de la beauté superficielle d’un paysage. La nuit, il révèle sa force dans une sorte d’atmosphère surréaliste que nous ne pouvons percevoir avec nos propres sens. S’agglomère sur le capteur, figé en une seule image, tous ce qui a transpiré pendant l’exposition : le mouvement des nuages​​ ou des personnes, les variations d’éclairage…

Peindre avec la lumière
En plein jour le monde réel peu présenter des imperfections rédhibitoires. Au crépuscule, la technique du Light painting aide à reprendre le contrôle de l’image. Muni d’une lampe torche on révèle par la lumière des éléments du paysage, on laisse dans l’ombre les parties indésirables, on attire l’attention sur un détail, on change l’ambiance d’une scène en utilisant une couleur… tel que le ferait un peintre sur sa toile. On suggère une atmosphère mystique. Le banal se transforme en quelque chose de plus idyllique.

Dans toutes ces approches l’instant laisse la place au continuum espace-temps. On ralentit, on interroge puissamment notre rapport au cosmos et on tente de saisir un certain climat, un sentiment, une mélancolie, un souvenir… tous ses frissons qui rendent notre condition humaine si fascinante.

*1 Carl Zeiss Planar 50 mm f/0,7
*2 Voir mon billet Expositions longues avec filtre gris neutre
*3 billet à venir sur La photo nocturne

Photos Hi-Tech – 1/2 – Restituer le visible

Juin
9

12972 Les Volcans, Le Havre (Seine-Maritime), MaiLes Volcans, Le Havre. Un champ de 110°, un contraste lumineux important, un cadrage tout en perspective.

La technique et les outils servent à mieux représenter ce que l’on a perçu avec nos 9 sens* en éveil. Au risque de confusion, le cadre, la lumière et la composition d’une image sont là pour simplifier et guider l’attention, mettre en relation les éléments, exclure les distractions et mettre en valeur le sujet. Pour y parvenir on joue aussi avec les limitations techniques de l’appareil de prise de vue.

La dimension manquante
Les photos ont du mal à rendre en deux dimensions ces impressions de paysages où le relief, la profondeur et la perspective sont les clefs visuelles de la réussite.
En post-traitement, je l’accentue donc à la manière d’un peintre expressionniste qui utiliserait les subtilités des teintes et des tons pour déplacer le regard et créer la sensation de distance. La contre-illumination*1 (nuance de contrastes) assombrit le ciel et d’autres zones de l’image afin d’en faire apparaître d’autres plus lumineuses. C’est une façon de renforcer volontairement l’aspect dramatique, de créer de la profondeur et conduire l’œil.

Plage dynamique améliorée (DRI)
Avec les diapositives, on exposait pour les hautes lumières et on bouchait les ombres. A ce jour même les meilleurs capteurs numériques sont loin d’être en mesure de capturer l’étendue de lumière que nous pouvons voir avec nos yeux*2.
Pour m’en rapprocher, je réalise une photo pour déboucher les ombres, une pour récupérer de la matière dans les tons clairs (notamment pour faire ressortir les nuages) et une exposition normale. Je les mélange manuellement avec minutie pour ne garder que le meilleur de chacune. Ce n’est pas un processus automatisé et non maîtrisé comme le HDR. J’arrive à un résultat beaucoup plus intéressant comme si je n’avais pris qu’une seule photo exposée correctement.

Profondeur de champ étendue
Si l’œil a un champ de vision nette très étroit, il balaye un paysage d’un mouvement continu extrêmement rapide, ce qui donne l’impression de le percevoir net dans sa totalité.
En ouvrant grand le diaphragme d’un appareil on restitue cette vision instantanée et on souligne l’essence du sujet en l’isolant des éléments qui le distraient. En fermant le diaphragme on se rapproche au contraire de l’impression visuelle naturelle. Si cela s’avère insuffisant, je réalise plusieurs images avec des mises au point décalées. Qu’un processus automatisé soit utilisé ou pas, un résultat qualitatif requiert un travail délicat et de longue haleine*3.

Perception spatiale confinée
Notre propre vision est axée sur un champ de vision large. La façon la plus naturelle de voir est de tourner la tête horizontalement. Pour reproduire et transmettre cette impression de largeur (et d’étendue) le cadrage panoramique est idéal. A partir d’un champ visuel de 75° l’étirement des bords appelé distorsion de la perspective commence à perturber l’observation. La projection panini*4, inspirée d’une technique picturale utilisée pour réaliser des fresques, permet de limiter ce phénomène dans des limites acceptables tout en simulant des ultra-grand angle crédible de 100 ou 150°.

* Nous avons plus que 5 sens – Ep.11 – e-penser 🙂
*1 La plupart des peintres de la Renaissance, notamment Rembrandt, ont utilisé cette technique. Enseignée par la Hudson River School elle a suscité un genre qui lui est propre. Et elle a bien sûr été largement utilisée par les maîtres de la photographie noir et blanc comme Ansel Adams, Elliot Porter et Edward Weston (effet obtenu par un système de zone et de densité).
*2 Ecart entre les lumières les plus fortes et les ombres les plus sombres : diapositives (6 IL = 26), capteurs (12 IL), yeux (24 IL).
*3 De nombreux programmes sont conçus pour étendre la PdC : zerenesystems.com, heliconsoft.com. Les images provenant de différents points focaux ne se combinent pas parfaitement (lalongueur focale bouge avec la mise au point). Tout en étirant les images, je peins à la main et dessine les détails sur les bords touchées par l’assemblage.
*4 Voir mon billet Ultra-grand angle sans déformations apparentes

Une vie de créateur ne dure que 10 ans

Mai
27

14013    Musée des Beaux-Arts, Rouen (Seine-Maritime), MaiUne image « droite » de 200° de champs horizontal… pour servir la mise en scène tentant d’illustrer mon émotion ressentie dans ce musée.

J’empreinte cette phrase à Hayao Miyazaki, dans son film testament ‘Le vent se lève’ de 2013.
La flamme artistique dans toute carrière créative nécessite d’être nourrie et entretenue. Sous peine de connaître un pic éphémère.

Le temps de l’argentique
En 1998, je débutais, peu de sites de photographes sur la toile, mes premières images d’Ecosse m’amenaient à faire des passages radio, des expositions dans des lieux parisiens en vue. Au départ, pour me différencier, le choix d’un appareil grand format et la vision panoramique.
Pendant onze ans, avec détermination et des efforts considérables, j’ai appris à dénicher les lumières rares, composer en ‘cinémascope’, réunir les meilleurs conditions, traiter et imprimer mes images. Pour tenter de transmettre ma vision de ces moments d’intimité avec les paysages.

La nouvelle donne d’Internet
Fin 2008, après un baroud d’honneur sur les routes de France, je tourne la page de l’argentique. Un constat s’impose. En se démocratisant la photographie a rencontré un large public de passionnés. Internet s’est développé, exposant leur travail abondant. Les paysages connus semblent alors avoir tous été photographiés d’innombrables fois. Un monde très compétitif, saturé d’images*1, où il devient difficile de produire un contenu original et avoir un style reconnaissable.

Repousser les limites en numérique
En 2009, je passe au numérique afin de sortir de ma zone de confort, expérimenter face à des situations jusque là non maîtrisables et frustrantes. Je ressens ce besoin de me booster. Les limitations techniques*2 ne devraient pas être en mesure d’entraver la vision artistique. Les avancées technologiques ont révolutionné notre approche : il n’y a plus d’excuses pour les blancs cramés, les noirs trop sombres, le bruit de l’image ou le manque de résolution ou de netteté. Dans le champ infini des possibles, les ultra grand angles « plans » et les super téléobjectifs.

Vers la libération
2014, à mi-parcours de ma deuxième décennie de panoramiste, « l’immondialisation » croissante me fait m’interroger quant à mes décisions artistiques. Je ressens la lassitude grandissante du public pour les images pré-formatées toujours plus nombreuses dont il est assailli. L’humanité est sous le charme de l’innovation comprise comme une fin en soi*3. Toute mon énergie créative doit oeuvrer à contribuer à la beauté originelle du monde. Mais en transcendant les limites d’espace et de temps qui bornent la condition humaine. L’avenir de la photographie passe pour moi par les retrouvailles de la science et de la philosophie pour permettre d’explorer le monde au-delà de l’évidence et présenter son interprétation surréaliste*4.

*1 cf. mon billet sur L’inspiration
*2 billet à venir sur Photos Hi-Tech
*3 Il y a une tentation avec la technologie numérique à sous-estimer la valeur de la discipline et l’exécution rigoureuse. Face à sa complexité on recourt aux bricolages et aux automatisations… et on finit par oublier qu’elle doit servir la créativité. « L’art est une émotion supplémentaire qui vient s’ajouter à une technique habile. » (Charlie Chaplin)
*4 billet à venir sur Des paysages fusionnés

De l’utilité des viseurs

Mai
12

viseurs

La photographie transpose une scène en 3 dimensions en une reproduction en 2 dimensions. En paysage, il est essentiel que l’impression de profondeur (relief) et la répartition des sujets dans l’espace soient conservées, voire même accentuées. L’impression d’espace d’une image découle du nombre de plans la composant. Le choix d’un point de vue élevé augmente la profondeur (le champ vertical), au contraire un point de vue bas la réduit. Un horizon haut placé dans le cadre met en évidence les formations du terrain, un horizon bas permet de cacher un détail gênant.

Quand je trouve un sujet valable, je l’explore plus avant à l’aide d’un viseur détachable. Il me permet d’évaluer la force respective de chaque image. Un coup d’oeil me suffit pour juger si la composition est suffisamment puissante. Cette recherche du point de vue optimal rendant le meilleur effet de perspective s’effectue ainsi en étant allégé.

En numérique par assemblage, j’utilise actuellement deux viseurs zoom, un 15-35 mm (Voigtlander) et un 35-200mm (Tewe), pour lesquels j’ai fabriqué un masque panoramique au ratio 3:1. Ils suffisent à mes productions de panos plans obtenus par ‘stitching’ de 3-4 photos, le boîtier en position horizontale. Lorsque je prévisualise un cadrage au 17,5 mm avec mon viseur, je sais ainsi qu’il me faut assembler des images au 35 mm. Si le cadrage idéal s’observe au 100 mm alors je saisis l’objectif 70-200 et le positionne au 200 mm. Une autre méthode consiste à activer le live-view de l’appareil avec le quadrillage et ne regarder que les deux bandes du milieu, le zoom en position 100 mm.

Pour les images destinées à être assemblées dans d’autres projections (panini, cylindrique…), le viseur ne me renseigne que sur la hauteur cadrée. J’évalue par l’expérience ce que je dois rajouter de part et d’autres du champ horizontal délimité par celui-ci. Et je joue des déformations géométriques typiques engendrées par la méthode d’assemblage choisie. Une application sur smartphone serait parfois la bienvenue…

Le cadrage doit être précis si l’on souhaite faire une image créative et non une simple reproduction documentaire. Et c’est d’autant plus essentiel en panoramique extra large par assemblage. Les adeptes du ‘stitching’ n’utilisent pas de viseur et ne connaissent pas précisément ce qu’ils compte garder. L’image finale apparaît ainsi inaboutie, amoindrissant les autres efforts ayant pu être portés par ailleurs (imagination dans le choix du point de vue, attente d’une lumière flatteuse, composition soignée).

Un cadrage permet d’isoler le sujet, cette portion de réalité, de son contexte, concentre notre attention sur ce que le regard du photographe juge digne d’intérêt (« regardez-moi »). Les éléments, au départ sans rapport ou sans importance, sont mis en relation entre eux. Le viseur panoramique aide grandement à développer un sens du cadrage adapté à ce format allongé. Il s’utilise de pair avec la vision qui crée une photo avant même de toucher un appareil… et un viseur 😉

Liens :
http://www.luminous-landscape.com/reviews/lenses/wa-tri-elmar.shtml
Viseur universel Leica grand-angulaire M : 16/18/21/24/28mm
Viseur Voiglander 15-35 mm
La Hoodman Loupe

Confidence d’un panoramiste

Avr
30

13583 Maison et arbre dans la lavande, plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), JuilletL’aube sur le plateau de Valensole, solitude ou plénitude ?

La photographie est pour moi une philosophie de vie, un prétexte au quotidien pour ouvrir les yeux, chercher des petites scènes qui me donnent du baume au cœur et enchantent ma vie.

La photographie est aussi pour moi un moyen de transmettre, comme mon précédent métier d’enseignant. Via mes livres ou mon site, j’aime distiller l’envie de se rendre sur des lieux ayant une âme.

Mon travail se compose exclusivement de panoramas, le cinéma de la vraie vie. Il permet l’immersion dans le paysage, l’impression de poser ses pieds dans les pas du photographe pour entrer dans le décor, la même rotation de la tête quand le regard parcourt l’horizon.

Ma préférence va aux paysages de France. On y rencontre toutes les ambiances géologiques du globe. On peut y dénicher des merveilles cachées, des lieux exotiques, insolites à coté de chez soi, c’est avant tout la façon de regarder qui compte.

Mes images transpirent ce qui est essentiel à ma vie : l’espace, déployé par le panorama, le silence et le calme qui en émanent, et la lenteur, perceptible dans la durée apparente des temps de pose. Mes photos invitent à se mettre en retrait de l’agitation ambiante, à retrouver la quiétude.

Je suis tributaire de la lumière extérieure, la patience et le temps sont mes alliés. La lenteur me va bien. C’est la valeur fondamentale que notre époque tente peu à peu de gommer.

L’aube et le crépuscule sont le théâtre de scènes merveilleuses, moments de communion avec l’esprit des lieux. Ces moments de solitude me permettent de me ressourcer et me retrouver, pour mieux échanger ensuite avec les autres. L’observateur s’imaginera à son tour entrer dans l’image avec le même privilège.

L’uniformisation des paysages en cours, leur industrialisation, les panneaux publicitaires… constituent une agression permanente pour notre regard, empêche les temps de rêveries, tue notre imaginaire. Mon rôle est de continuer à enchanter, montrer des lucarnes de rêves.

Note : ce texte de mars 2015 est la ré-écriture d’extraits de l’interview donné dans la revue Kaisen n°9, été 2013.