Archives de catégorie : Philosophie

Ceci n’est pas une photographie

Août
31

15323 Fort Louvois et pont de l'île d'Oléron, côte Atlantique (Charente-Maritime), FévrierFort Louvois et pont de l’île d’Oléron, côte Atlantique

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Retrouvez les dessous de cette image ici.
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Panoram’Art, c’est devenu pour moi aujourd’hui : l’art de cadrer large sans que cela se voie. Je suis donc un adepte de la projection pseudo-rectilinéaire dite ‘panini’ qui, seule, permet d’englober un champ de 105-180° sans vilainement étirer les bords de l’image (ce que fait la projection plane au-delà de 90°) ni courber les lignes de perspectives (comme le font tous les logiciels d’assemblage avec la projection cylindrique par défaut).

Panoram’Art, c’est aussi une interprétation surréaliste, une nouvelle façon de voir et d’enregistrer les choses, pour éviter d’être copié ou comparé aux autres. L’art de cultiver une ensorcelante et gratifiante énergie créatrice. Dans un monde submergé d’images insipides, je garde l’âme d’un pionnier explorant un monde poétique susceptible de retenir le regard et transporter les spectateurs.

Panoram’Art, c’est le recours à la fusion de plusieurs tranches de temps, capturées dans un seul projet planifié. La collecte de matière peut prendre de longues heures et nécessiter moult changements de réglages (temps d’expos, mises au point, filtres…) Tout cela requiert discipline et exécution rigoureuse. Le tableau assemblé fusionne plusieurs grands moments du spectacle observé et se veut fidèle aux souvenirs agglomérés dans ma mémoire. (Mais je ne m’interdis pas de capter un seul moment précis si cela suffit à magnifier un lieu.)

Panoram’Art, c’est un post-traitement de chaque image aux petits oignons car cette dernière phase prend une grande place dans ma vision artistique. Je m’efforce de maintenir un aspect naturel tout en contrôlant tous les aspects de chaque portion du cadre en termes de lumière et de couleur. Mais tout existe dans les fichiers photos pris par mon appareil. Je garde cet aspect documentaire de la photographie. Pour le reste, je ne m’impose aucune limitation.

Ceci n’est pas une photographie…

Je n’ai pas figé un instant ni un laps de temps continu. La prise de vue s’étend sur une heure, l’espace a été découpé en cinq tranches, chacune captée l’une après l’autre, j’ai retenu plusieurs moments, donc plusieurs balayages (pour le ciel, pour l’eau…). J’ai utilisé un filtre gris multipliant par 1000 le temps d’exposition afin de lisser les mouvements de l’eau.

Je n’ai pas saisi une portion de paysage tel qu’un objectif monté sur un appareil photo peut le faire. C’est le résultat d’une projection géométrique nécessitant plusieurs images prises au grand-angle. Seul un logiciel d’assemblage, des réglages personnels et, pour finir, des corrections ponctuelles sous un logiciel photo permettent de restituer ce « déroulé » de l’espace.

C’est un tableau photographique…

Prévisualisé au départ dans ma tête, de chez moi, c’est une invention, une création, qui enrichit notre monde visuel, donne des ailes à notre pensée, stimule notre imagination.

Sur place, j’ai collecté la « matière » à assembler, une centaine d’images avec des réglages différents. Il s’agit de capter l’esprit des lieux, le mettre en lumière, aller bien au-delà de ce qui est anecdotique, platement narratif, cliché…

Enfin, devant mon écran, j’ai « assemblé » chaque élément et peaufiné chaque détail. Comme avec un « pinceau » de lumière soulignant tout ce qui mérite d’être étudié ou déchiffré. Se détache ainsi du flot de données visuelles déversées par la télé et internet un étonnant tableau poétique qui transfigure la sobre réalité physique du monde qui nous entoure.

Note : Si un objectif pouvait cadrer 150° de champ horizontal, les bords seraient extrêmement étirés donc flous, les proportions… peu harmonieuses, l’impression laissée… déplaisante (voir la simulation ci-dessous).

Exhibition ‘The Dordogne River Basin’

Avr
25

15011 Herbiers à renoncules sur la Dordogne à Vézac, avec les châteaux de Fayrac et de Beynac sur les coteaux (Dordogne), JuinHerbiers à renoncules sur la Dordogne

Préambule – Après son inauguration à l’ EuroMAB 2017, l’exposition sur la bassin de la Dordogne va tourner dans les départements. Voici sa présentation en anglais, traduit par Karen, grand merci. Ce texte déjà publié en français ici m’a été inspiré lors de l’année passée à illustrer l’importance du classement UNESCO de cette portion de territoire français.

The Dordogne River Basin, a perfect example of eternal France, centers us and gives us peace, with its sceneries that nourish the soul.

What mysterious power can emanate from beautiful scenery? The eyes look far beyond the horizon line. As long as humans can mingle their soul with that of the landscape around them, they will be able to live poetically on this earth, said the poet and philosopher Hölderlin.

I like to discover a place that speaks to me, where I feel at peace with the world. I take great pleasure in passionately contemplating this moving beauty, the inexhaustible reserve of dreams. I’m grounded in this splendor and joyful for this moment of pure pleasure. I thank this life that has given me the ability to see this poetic brilliance.

France is a miracle of diverse sceneries. Each one of us can find a bit of their inner geography and a lot of their pastoral dreams. My panoramas are precisely chosen skylights, selective cut-outs, of what seems to me engaging, harmonious and unchanging. These archetypal sceneries embodied by romanticism seemingly inscribed in the history and imagination of each one of us. For this reason, they exert an unalterable and universal fascination.

Sceneries are treasures of the soul because they are diffusers of memory and loaded with emotional power indispensable to the spirit and the senses. In this epoch, wrapped up and confused, their evolution in time is slow compared to our lives.

The silence at dawn enveloped the space around me and my spirit was gradually calmed.  And I was overwhelmed by a sense of freedom. At this moment in life, the notion of exterior and interior lose their rationale.  I forget myself and open a bigger interior space, a generator of receptivity, calm and peace, which ties me naturally to all that exists.  Thus, the connection with the countryside leads to a connection between you and others, and helps us to live better together.

They are windows of the past sometimes. They help to center us and to believe we are a bit less of a stranger on this earth, a bit less in transit.
The elements of scenery (trees, rocks, birds…) capture our attention without monopolizing it. These places of rejuvenation that we seek in a cyclic fashion offer an ideal support to meditate, step back and find our creative spirit. By stimulating our senses and connecting us to the present moment, they relax us, favoring the wonder constituting an essential element of individual and social well-being.

And what if the most important heritage of France was… its scenery.

Spécial 20 ans – L’image de la France en calendriers et autres supports

Mar
29

Images de France en calendriers 2018

Préambule : J’ai commencé la photographie panoramique en 1997. A l’occasion de ma 20e année d’exercice, je reviens, à travers plusieurs billets, sur mon parcours et mon activité.

Depuis 2013, je travaille régulièrement avec les éditeurs de calendriers français. Grands formats illustrés, chevalets, bancaires, Almanach du facteur, ‘poster’…, national ou régional, à destination des entreprises privées ou des institutionnels. Dans la quasi totalité des cas, c’est ma patte d’artiste qu’on met en avant et le calendrier n’est donc composé que de mes images.

Depuis mon premier livre sur la Normandie, il y a de cela 14 ans, je travaille avec des régions françaises, des villes, des magazines de tourisme, tout un tas d’acteurs engagés pour promouvoir notre identité paysagère.

Pour citer quelques-uns de mes derniers clients (dans les 12 derniers mois) : Musée du Louvre, Editions Geo, Fondation pour la Recherche Médicale, Museum d’Histoire Naturelle de Paris, Comité Régional du Tourisme de Normandie, Ville du Grand-Périgueux, Insee, magazine Réponse Photo…

Je vends également mes images en tirages d’art, pour la décoration (Ikéa, Leroy-Merlin…) pour des salons, des salles d’attentes, des vitrines…

Avec le temps, j’ai pris l’habitude de répondre quand on me demande ce que je fais : « Je vends l’image de la France ». Car le paysage panoramique est le paysage sublime. C’est déjà le cas depuis longtemps dans les pays anglo-saxons. Et, depuis 20 ans, je m’efforce à ce que cela devienne également vrai en France.

La beauté réside dans la grandeur de ce format. Je veux que mes panoramas soient uniques. Je cadre large mais sans que cela se voie. Pas de déformation dans mes images, rien ne doit troubler la contemplation sereine du spectateur. Aucune règle optique ne doit sembler violée, ce qu’oublie la totalité (à ma connaissance, je ne demande qu’à être démenti) de ceux qui s’adonnent à cette technique.

La beauté réside aussi dans l’ordonnancement de mes panoramas qui cherche à surprendre l’ensemble de nos facultés. Choix minutieux de l’emplacement et du cadre, le regard embrasse d’un seul coup la totalité du paysage et rien ne lui échappe de l’unité de l’ensemble. Simplicité, sens du mystère, quête de beauté, retour à l’essentiel, à la clarté, à l’harmonie.

La beauté naît enfin de l’impression laissée face au sentiment de la grandeur sublime de la création. Il me faut pour cela aller au-delà de la trivialité, idéaliser pour susciter l’émerveillement. J’essaie de faire ressentir cette mélancolie empreinte de rêverie douce et d’attendrissement amoureux qu’on appelle la langueur. Pour parvenir à se substituer au réel, mes images « fusionnées » sont la somme d’ « instants décisifs » à la Cartier-Bresson, d’évènements survenus pendant un moment passé sur place, rassemblés en un tout à l’image de la formation de nos souvenirs.

« Ma mémoire est un panorama » – François-René de Chateaubriand

Les saisons décalées du photographe

Jan
19

15563 Lavoir et abri à canards près d'un ruisseau, face au château de Montpoupon (Indre-et-Loire), Mai21 mai 2016, la profusion d’un même vert « estival », Val-de-Loire

La première année de mon nouveau tour de France se sera étalée du 1er février au 1er novembre, soit sur les saisons printemps-été-automne du calendrier « naturel ». Retour sur cette expérience.

Pendant 9 mois, j’ai alterné prise de vue sur le terrain et préparation/traitement des images chez moi. Peu de temps mort et une grosse fatigue accumulée. Une centaine d’images réalisées, dont cinquante très correctes et vingt-cinq, je l’espère… fascinantes pour certains. Cette année enrichissante m’aura permis de sortir de ma zone de contrôle comme jamais, et d’approfondir ma relation à la vie, via ma passion.

A l’heure du bilan, je réalise qu’il est temps pour moi d’abandonner le rythme effréné qu’impose notre société (de survie). A l’automne 1998, je revenais avec une dizaine de panoramiques des Highlands d’Ecosse, aussitôt mis en avant sur le web, entraînant l’intérêt des journaux nationaux radio et papier. Presque 20 ans plus tard, mes quelques dizaines d’images produites en 2016, aussi « léchées » soient-elles, se retrouvent noyées parmi des milliards d’autres images de la France.

Qu’en est-il des acheteurs d’images ? Sur les écrans, ils ne font plus la différence entre mes hautes-définition peaufinées amoureusement au pixel près, et des images prises au smartphone en mode balayage, post-traitées à l’arrache et sans modération. Une vignette de 1400 pixels de large ne peut laisser présager si l’image resplendira en 50x150cm sur papier photo ou au contraire ne pourra même pas faire illusion en 10x30cm. Avec la recherche des prix planchers, l’exigence diminue…

Tout cela ne peut qu’entraîner à terme la disparition de mon métier. L’année dernière j’interrogeais l’utilité de mon travail dans ma série de billets intitulés ‘Continuer ?’. Si l’activité professionnelle est compromise, financièrement parlant, l’intérêt de ma démarche est plus que jamais salutaire, aussi je n’abandonne pas.

Après ces réflexions sur le « peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », pour reprendre le titre d’un de mes livres de chevet*, j’en viens au vif du sujet, soit mes impressions sur cette année au fil des saisons que j’ai personnalisée 😉

1er février, je ressens les premiers signes du printemps et commence l’année plein de promesses et de créativité. Les côtes méditerranéenne et atlantique ont l’avantage d’offrir des températures clémentes et des paysages peu marqués par l’hiver. Idéal pour débuter. Puis, progressivement, arrivent les verts tendres et nuancés, les premières fleurs, les arbres accueillent de nouvelles pousses… la nature revit et cette énergie renforce mon élan d’activité et de découverte : Pays Cathare, Causses, Jura, Bourgogne.

Début mai, les teintes vertes commencent toutes à se ressembler. L’été s’installe et je profite de sa lumière et de son énergie communicatrice : Val de Loire, Poitou, Nord… Je me délecte de ces coins de France. Le soleil et les longues journées me font oublier la (sur-) activité humaine. A vrai dire, soir et matin, les paysages se vident quasi totalement et m’offrent de beaux moments d’intimité. Le reste du temps, je repère ou « profite » de la folie de notre société 😉

Mi-août, la fatigue gagne et je ressens le besoin de me rapprocher de régions pouvant m’offrir des répits : Bretagne, Alpes, Vosges… Les rencontres humaines se font rares, j’écoute chaque jour un peu plus mon corps et mon esprit qui me conseillent de ralentir. Journées de contemplation, périodes de mauvais temps, coincé dans mon F½. Je guette les teintes chaudes et éclatantes de l’automne, ceci jusqu’aux premières grosses intempéries fatales aux feuillages.

Respectant cette année les rythmes de la nature, novembre sonne le temps du repos et de l’introspection. Certes, la saison hivernale apporte son lot d’éclairages dramatiques dus aux changements de temps ; un dépouillement graphique avec ses jours de brouillard mystérieux, ses manteaux neigeux immaculés, ses cristaux de givres féeriques. Tableaux saisissants à photographier ou simplement à observer avec délice, option choisie cette année.

Pour ma part, j’ai quelque peu déplacé les saisons dans mon esprit. Les équinoxes et solstices sont les summums des saisons, astronomiquement parlant. Durant l’Antiquité en Occident et aujourd’hui encore dans une grande partie de l’Asie, les 4 saisons sont décalées par rapport aux nôtres d’un mois et demi. Le printemps commence donc à mi-chemin entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, etc. Une période inter-saisonnière de 18 jours les précède, permettant la transition.

Ce qui donne :
7 février : PRINTEMPS, premières perce-neige, primevères… la sève remonte, la nature nous impose son éternel renouveau.
7 mai : ETE, la nature est très verte, la plupart des arbres fruitiers n’ont plus de fleurs et c’est le tout début du fruit (minuscule boule verte).
7 août : AUTOMNE, le temps commence à changer, c’est la période des moissons, puis des vendanges, les graines mûries tombent, les feuilles roussissent…
7 novembre : HIVER, les récoltes sont finies, les arbres entrent en sommeil, le sol gèle, souvent tombent les premières neiges…

En vous souhaitant un bon début d’intersaison. Spring is coming !

* La vie sur Terre : Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes (2008) et sa suite Au fond de la couche gazeuse (2016) de Baudouin de Bodinat
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S’accomplir en photo

Jan
9

16062 Vignoble du Clos-de-Vougeot (Côte-d'Or), OctobreCe contre-jour rend les vignes flamboyantes, tout en minimisant les feuilles mortes ou malades et les trous laissés par les feuilles tombées. Chaque détail est anticipé, pensé pour produire un paysage dramatique.

Avec la pratique assidue de la photographie, la pression de réussir augmente. Gagner sa vie pour les pros, prouver sa valeur pour les amateurs expérimentés. Cette pression nous handicape et bride notre créativité. Comment résister et donner le meilleur de soi ? Comment se libérer de nos formatages, de nos peurs et de nos attentes ?

D’abord, en étant honnête et authentique, en dévoilant son âme, en se détachant des règles et des désirs des autres. Nos photos doivent refléter qui nous sommes vraiment, nos pensées, nos émotions et notre imaginaire.

Ensuite, en sortant légèrement de sa zone de confort (état de flow*1), en affrontant nos peurs face à l’inconnu et le hasard. Le plaisir de nouvelles expériences nous amène à évoluer et créer des images plus fortes.

De petites améliorations régulières amènent, au final, à une grande transformation et donc une amélioration importante de la qualité des images créées. Tout doit être maîtrisé : préparation physique, connaissances techniques, sens de la composition, planification, visualisation mentale…

Enfin, en regardant intensément*2, comme en pleine conscience. Notre cerveau aime nous faciliter la vie en prenant des décisions automatiques à la lueur de nos expériences et de nos acquis. Cela aide grandement mais nous limite parfois. Agissez capricieusement, comme un enfant, à l’écoute de vos émotions et de ce qui vous passe par la tête 😉

*1 concept qui peut changer votre vie, voir le livre Vivre de Mihaly Csikszentmihalyi
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*2 voir mon billet

Manipulation vs vision d’auteur

Déc
14

16061 Vol de cygnes au dessus de l'église de Rhodes, étang du Stock (Moselle), OctobreUne image « fusionnée » construite en 3 temps. Utilisation du polariseur pour faire ressortir les couleurs. Puis, sans polariseur, avec une vitesse élevée pour capter les rides sur l’eau. Enfin, une vitesse rapide lors du passage des cygnes.

Comment faire coexister vision du photographe et traitement de l’image ?

Un photographe essaie de retranscrire les émotions qu’il a ressenties sur le terrain. Tentative audacieuse ! Car il est souvent entamé physiquement (marche d’approche, poids du sac, attente dans le froid et le vent…), dans un moment émotionnel intense (mélange de joie, de désirs, de peur…), puisant dans son mental (pour visualiser, imaginer, agencer…).

Aujourd’hui, vu le niveau d’excellence à viser pour se démarquer, il est quasi illusoire de penser réaliser une image parfaite sur place. On récolte donc longuement de la matière, bravant les innombrables limitations techniques de ses outils photographiques. 200 à 300 images pour 4, 5… 10 après le tri qui serviront, au final, comme matière pour restituer l’essence DU paysage que l’on souhaite magnifier.

La longue tradition de photographes de paysages « honnêtes » interdit la manipulation. On donne à voir des images numériques, pas des images de synthèse. Les paysages captés doivent exister vraiment. Les rigoristes se cantonnent à jouer sur la luminosité, la couleur et le contraste et nomment « retouche en profondeur » toute autre intervention. Soyons lucide, à l’ère de Photoshop, la limite entre post-traitement et retouche évolue sans cesse, surtout chez les plus jeunes.

Faisons un parallèle avec la photo de charme. Faire disparaître un éclat de lumière, recadrer, atténuer légèrement les rides près des yeux, éclaircir le visage… Rendre simple et clair un portrait, j’appellerai cela du post-traitement.
Affiner la silhouette, gommer totalement les rides et le grain de la peau, agrandir les yeux… On va dire « idéaliser », j’appellerai cela de la retouche en profondeur ou de la manipulation.

A l’aide d’outils informatiques, le post-traitement permet de faire tendre l’image vers les émotions qui nous ont guidés sur place, et qui nous ont amenés à photographier. Il fait partie intégrante de la création artistique en permettant d’exprimer sa vision personnelle, son interprétation intellectuelle et sensible du « réel ».

Livre : L’Intention du photographe: Comment donner un sens à vos images en postproduction, de David duChemin, (Pearson, 2011)
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Mes précédents billets sur le sujet :
Photo et réalité, l’objectivité d’un paysage
Création et vérité à l’ère du numérique 1/2 et 2/2

L’art agit sur le cerveau

Oct
17

J’entame une nouvelle série de billets sur la création artistique. Pas de plan ni d’articulation précise, mes pensées, mes lectures, en vrac, dans le pur esprit blog 😉

15552 Hêtraie sommitale du Mont-Beuvray, ancien oppidum gaulois de Bibracte, Morvan, NièvreNe pas lever le voile (de brume) pour garder le mystère – Mont-Beuvray, mai 2016

C’est la thèse du neurologue Pierre Lemarquis. Face à une œuvre d’art qui nous réjouit (littéraire, picturale ou musicale), nous activons notre système du plaisir et de la récompense, notre empathie, nos neurones miroirs. Nous imitons et entrons en résonance avec l’esprit du créateur qui s’incarne et nous métamorphose (en réactivant la plasticité de notre cerveau). Avec ce florilège d’émotions qui fait chavirer peut se produire un effet thérapeutique, une régénération spirituelle qui nous ressource en profondeur, qu’Aristote appelait catharsis.

« L’art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau » (Victor Hugo)

Les philosophes ont, les premiers, pressenti l’impact de l’harmonie et des créations artistiques sur notre santé.
Robert Vischer donna un nom au processus en 1872 : l’empathie esthétique, le ressenti de l’intérieur. Véritable simulateur d’émotion, elle entraîne dans des territoires inexplorés, aide à se connaître et à mieux comprendre les autres et le monde qui nous entoure.
La beauté permet de transcender notre existence, de mettre à distance nos problèmes, de remettre les choses à leur juste place. Elle accroît notre champ de conscience, nos possibles. Dès lors, on peut élaborer plus facilement des solutions créatives face à nos défis quotidiens.
En résumé, l’art nous fait du bien, crée du lien et nous aide à mieux nous connaître, participe à notre équilibre, développe notre empathie, permet d’explorer notre cerveau, développe nos capacités intellectuelles…

Dix années sont nécessaires pour développer sa créativité. La façon dont je perçois aujourd’hui le monde dépend de mes expériences, décisions et choix passés. Recyclage de ce qui s’est accumulé dans mon cerveau. Avec cette conscience qu’il me faut quotidiennement renouveler ma façon de penser. Car de mes pensées découlent mes émotions qui animent mes actions. Donc ma capacité de continuer à voir et de photographier différemment, en frappant l’imagination.
Il est plaisant de penser qu’une belle image, un paysage harmonieux puisse modifier le regard que l’on a du monde, comme un médicament.

« Si un homme traite la vie en artiste, son cerveau devient son cœur.  » (Oscar Wilde)

A lire : L’Empathie esthétique : entre Mozart et Michel-Ange, de Pierre Lemarquis (2015)
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Continuer ? – 6/6 – Que cache la crise photographique ?

Mai
12

15061 Lac de tourbière de l'Esclauze, Artense (Puy-de-Dôme), Juillet‘Les matins où l’or d’un soleil tout neuf tremblait sur les rides d’une eau paisible’
(Jonathan Livingstone le goéland)

A quoi bon faire cette photo, d’autres l’ont déjà faite ? Voici la question que la grande majorité de photographes finit par se poser face au déferlement d’images postées sur la toile. Mea culpa, en 2014 j’ai ruminé cette sombre pensée. Mais, de cette épreuve, j’ai retiré un nouvel élan, je parlerai même d’un éveil : s’est révélé ce qui comptait vraiment pour moi. Depuis, j’ai élaboré mon concept d’images fusionnées*1, j’ai accentué l’intrication de la philosophie et de la science dans mes écrits*2 et mes projets*3.

Retour sur mon analyse.

Le processus de création dans son entier procure de la joie : de l’inspiration à la conception et la capture du moment décisif jusqu’à la satisfaction et l’émerveillement de cette expérience puis la sélection, le travail de post-traitement et l’impression.

En interagissant avec les éléments de la composition comme le profane n’en est pas capable, on apprend à voir le monde d’une manière plus riche. La quête d’une belle image nous oblige à noter les détails, les subtilités de lumière… Elle contribue grandement à nous ancrer dans le présent, éveille tous nos sens, suscite le plaisir et le désir d’être en vie. Cette sensation de faire un tout avec l’humanité et le monde sensible qui nous entoure procure un fort effet thérapeutique.

Le photographe de paysage doit prendre de bonnes décisions tout au long du processus. Il lui faut analyser, sentir, réfléchir, se fier à son instinct, être méthodique, faire preuve d’un bon jugement, avoir une vision claire… afin de développer ses capacités artistiques. L’activité photographique s’appuie fortement sur l’esprit, le corps et le mental. C’est une fusion de la science, de l’artisanat et de l’art qui permet de réunir et faire s’exprimer toutes les facettes de notre être. Un acte de vision totale.

Finalement, ce découragement face à la surexposition du travail des autres révèle un manque de créativité. C’est regrettable mais cette crise peut se métamorphoser en une opportunité d’élever son esprit, se libérer des chaînes qu’à son insu on s’est posées. Continuer à produire des images « attendues », à quoi bon en effet ?! Mais réaliser des photos qui symbolisent ce que l’on est, qui représentent quelque chose pour soi, c’est la seule chose qui compte.

Désormais, on se doit de penser systématiquement à ce qu’on essaie d’exprimer et de transmettre. La qualité prime sur la quantité. ‘Douze photographies significatives chaque année est une bonne récolte’ disait Ansel Adams. Il sous-entendait 12 bonnes images qui resteront dans le temps. La photographie artistique enrichit la vie et procure des expériences sacrément plaisantes. La vie sans forme de créativité me semble une existence stérile.

Pour conclure, je citerai cet aphorisme de l’écrivain Richard Bach, l’auteur de ‘Jonathan Livingston le goéland’, livre de mon enfance qui a guidé mon choix de vie. On y lisait dans la préface : ‘Découvrez ce que vous aimeriez faire et faites tout votre possible pour y parvenir.’

*1 cf l’article dans Chasseur d’Images
*2 cf mes articles sur mon blog tagués philosophie
*3 cf le projet Biosphère Dordogne

Continuer ? – 5/6 – Ces paysages dont se nourrit l’âme

Avr
27

10614 Canal de Bourgogne, près de Châteauneuf-en-Auxois (Côte-d'Or), AoûtLa France éternelle qui nous enracine et nous apaise

Quel énigmatique pouvoir peut émaner d’un beau panorama ? Le regard s’envole et s’échappe bien plus loin que l’horizon. Notre imaginaire s’éblouit devant son harmonie déconcertante et ses subtils équilibres. Tant que des hommes seront capables de mêler leur âme à celle d’un paysage, ils pourront ‘habiter poétiquement la terre’ disait le poète et philosophe Hölderlin.

J’aime découvrir un lieu qui me correspond et où je me sens en paix avec le monde. Je retire un plaisir extrême à contempler passionnément cette beauté ‘agissante’, inépuisable réserve de rêves !
Je me fonds dans cette splendeur et jouis de cet instant de pur plaisir. Je remercie la vie de m’avoir donné à voir cette fulgurance poétique.

La France est un miracle de diversités paysagères. Chacun peut y retrouver un peu de ses géographies intimes et beaucoup de ses rêves d’harmonie bucolique. Mes panoramiques sont des lucarnes précises et choisies, des découpages sélectifs, de ce qui me semble engageant, harmonieux, immuable. Ces archétypes paysagers empreints de romantisme semblent inscrits dans l’histoire et l’imaginaire de chacun. C’est pour cela qu’ils exercent une fascination inaltérable et universelle.

Les paysages sont précieux à l’âme car ils sont diffuseurs de mémoire et chargés d’un pouvoir émotionnel indispensable pour l’esprit et les sens. Dans cette époque emballée et confuse, leur temps (évolution) est lent en regard de nos vies. Ils dispensent des fenêtres sur des temps parfois révolus. Ils aident à nous enraciner (‘empayser’), à se croire un peu moins étrangers au monde, un peu moins de passage.

A l’aube, le silence enveloppe l’espace autour de moi et mon esprit s’apaise graduellement. Une irrésistible sensation de liberté m’envahit. Dans ce moment de vie, les notions d’extérieur et d’intérieur perdent leur raison d’être. Je m’oublie et ouvre un espace intérieur plus vaste, générateur de réceptivité, de calme et de paix, qui me relie naturellement avec tout ce qui existe. Ainsi, la connexion avec un paysage entraîne la connexion avec soi et les autres, et contribue au fait de mieux vivre ensemble.

Les éléments d’un ‘pays sage’ (arbres, pierres, oiseaux…) fixent notre attention sans l’accaparer. Ces lieux de ressourcement que l’on recherche de façon cyclique offrent un support idéal pour méditer, prendre du recul et ouvrir notre créativité. En nous ramenant à nos sens, en nous connectant au moment présent, ils nous reposent, favorisent l’émerveillement et constituent un élément essentiel du bien-être individuel et social. Et si le plus important patrimoine de la France c’était… ses paysages ?

Continuer ? – 4/6 – La prévisualisation

Avr
13

15234 Tranchades de La Quairie (ou Laquairie), Cantal5e exploration des Tranchades de La Quairie, à la recherche de l’essence du lieu

L’art de la photo de paysage est comme un trépied. Un pied représente l’idée visuelle, le deuxième notre perception personnelle de la réalisation, le troisième le savoir-faire technique nécessaire à la réalisation. Chacun des pieds est indissociable des deux autres. S’il vient à en manquer un, l’ensemble s’écroule. Une photographie commence par la visualisation d’une image ordonnée, s’ensuit la confrontation au chaos de la réalité, puis l’ordonnancement des éléments par la composition et le cadrage. Tout en gardant à l’esprit les possibilités techniques à disposition (équipement, réglages).

Ansel Adams parlait ainsi de la germination d’une image : ‘Regardez simplement avec attention le monde qui vous entoure, et faites confiance à vos propres réactions et convictions. Demandez-vous : ce sujet me fait-il sentir, penser et rêver ? Est-ce que je peux visualiser une photographie – mon énoncé personnel de ce que je ressens et veux transmettre – du sujet devant moi ?’

Quand un sujet accroche mon regard, je prévisualise déjà la photo en conformité avec l’émotion que je souhaite traduire. J’utilise mon appareil photo comme un prolongement de mes pensées et de mes impressions, comme un moyen d’exprimer mon imagination. Les histoires que mes photographies révèlent sont mes histoires. Une documentation et une interprétation de moi-même autant que du sujet traité. Tout artiste doit accepter cette inéluctabilité.

‘Pour apporter quelque chose dans votre vie, imaginer que c’est déjà là.’ (Richard Bach)
En visualisant une photo potentielle que je souhaite créer, il devient beaucoup plus facile de la dénicher une fois sur le terrain. Ceci parce que la visualisation crée un point de référence dans mon esprit qui me permet ensuite de percevoir l’image dans la réalité. On peut difficilement percevoir ce que l’on ne peut concevoir. Et la créativité semble corréler à notre capacité de conception, cette interprétation propre et unique de la réalité (aucun intérêt de prendre des photos des évidences visibles par tous). Aussi, comment pouvons-nous nous entraîner à concevoir plus pour créer plus ?

La découverte par les neurologues de la plasticité cérébrale peut nous éclairer. L’activité du cerveau transforme le cerveau lui-même. A nous donc de former notre esprit en le fléchissant dans n’importe quelle direction, en faisant l’expérience de notre environnement différemment, en nous enrichissant sans cesse de ce qui nous est inconnu. De telles stimulations conduisent à l’interprétation de notre monde de manière plus évocatrice et ambitieuse.

J’aime à penser comme Ralph Waldo Emerson qu’ ‘Il n’y a pas de jours plus mémorables que ceux qui vibrent en frappant l’imagination’.