Archives de catégorie : Aventure

Spécial 20 ans – Mon premier panorama

Juil
29

73 Baie de Cannes et Massif de l'Esterel, Côte d'Azur, Alpes-MaritimesBaie de Cannes et Massif de l’Esterel, Côte d’Azur, Alpes-Maritimes

Fin décembre 1997, j’achète mon premier appareil panoramique, le Fuji G617.
J’habite alors Antibes Juan-les-Pins. La baie, son port sont les premiers clichés pris… mal pris plutôt. Tout est manuel. Il faut apprendre à insérer un film 120 et bien le tendre. Mesurer la lumière incidente avec un posemètre indépendant. Les premières diapositives sont sombres, le vignettage trop présent. Il faut diaphragmer suffisamment et bien utiliser le filtre gris concentrique afin d’homogénéiser la luminosité sur l’ensemble de l’image. Le pseudo-viseur indépendant occasionne des cadrages décentrés en haut et à droite par rapport à ce que je souhaite réellement saisir. Je fabrique un verre-dépoli à l’aide d’un calque, et, sous un drap noir, je vois enfin ce qui, dans le quadrillage du viseur, est réellement cadré. Quelques week-ends à domestiquer l’engin, je suis enfin prêt.

Pour ma première image, je choisis la baie de Cannes. Repérage sur la colline de Super-Cannes jouissant d’une vue panoramique sur la baie. Enfin… du moins au temps du funiculaire abandonné en 1966, car déjà à l’époque, en ce début janvier 1998, les innombrables villas serrées les unes contre les autres ne m’autorisent plus une percée assez large. Reste le pylône de l’observatoire dominant la gare d’arrivée. Désaffecté en 1986, les premières marches, à hauteur d’homme, manquent, certainement afin que personne n’accède au sommet. Mon amie Valérie (cf. page contact), m’aide à me hisser, moi et tout mon matériel, jusqu’à la première marche restante. Commence la marche dans l’escalier tournant et étroit, avec un pincement au coeur… cette tour est-elle désaffectée car délabrée ? … On se rend deux matinées tout en haut, bien avant l’aube. Finalement, je garde le panorama de ma première virée, le 18 janvier 1998.

Voici donc : la baie de Cannes avec, en toile de fond, les massifs de l’Esterel et du Tanneron, depuis l’observatoire de Super-Cannes.

PS : Ref. 7.3 soit la 3e image de ma 7e pellicule, chargée pour l’occasion. En comptant 4 images par film, il m’aura donc fallu 6 films d’essai soit 24 photos.

Les dessous de l’image – Tranchades de Laquairie

Août
17

C’est une atmosphère de contrée énigmatique. Dissimulée dans une petite forêt, des failles profondes et sombres entaillent une falaise de lave. La roche déchiquetée semble avoir été victime d’un couteau géant, taillant au hasard. Les gens du coin ont appelé l’endroit « les Tranchades », comme tranchées. Un lieu à couper le souffle ! De vieux arbres viennent s’y échouer dans un chaos surréaliste. De l’eau goutte et ruisselle en permanence, favorisant l’envahissement des crevasses par une exubérante végétation : incroyables épaisseurs de mousse, fougères immenses, lianes folles…

15234 Tranchades de La Quairie (ou Laquairie) (Cantal), Octobre

Voici un des lieux les plus sauvages de France, un labyrinthe sombre et silencieux quasi inconnu où je retourne en pèlerinage régulièrement. Autrefois balisé on y amenait des classes de Condat. A notre époque du risque zéro, le lieu est « interdit »* donc fréquenté par les amoureux, les aventuriers et les fous 😉 Une seule tranchée surnommée « l’autoroute » est empruntée par les rares personnes qui trouvent l’entrée. Les parois tombent à pic, jusqu’à 30 mètres de profondeur, et se resserrent, parfois, à 1 mètre de largeur. C’est de la balade engagée, on gravit les éboulis, on se faufile, on enjambe les troncs d’arbres. L’eau qui suinte de la pierre sur les éboulis branlants rend chaque pas périlleux. Chaque descente dans une tranchée a son lot d’impasses et l’on peut mettre du temps à trouver la sortie.

J’adore ce chaudron glacé et humide. La nature des origines, avant que l’homme aménage tout, devait ressembler à ça. Une jungle folle et calme. Un silence abyssal, percé par de rares cris d’oiseaux et les petits vrombissements des moustiques. On s’attend à croiser à tout moment Indiana Jones. Moins inaccessibles que les Tépuis du Vénézuela, ce chaos surréaliste se trouve en plein Cantal. Je le déconseille aux personnes sujettes au vertige et à la claustrophobie (surtout s’ils ne sont pas très bons en orientation). Avec l’effet du stress on pourrait paniquer et se mettre en danger. A l’inverse j’ai un ami qui s’y rend comme moi régulièrement et apprécie de camper sur l’un des innombrables mini plateaux entourés de tranchées donc de vide.

Pour capter ce microclimat propice au vert et aux rêves, il me fallait un site qui soit un saisissant raccourci des tranchades. A vrai dire c’est impossible tellement nombreuses sont les ambiances. Cette image couvre 210° et a été prise avec 3 photos au fisheye. Les passages sont étroits et ne permettent pas de prendre du recul. Cela nécessite par conséquent de cadrer large pour restituer un peu de la sensation d’espace ressentie sur place. Après, même sans espace, cette technique (d’assemblage au fisheye) permettrait de donner des airs de salons à vos toilettes… Pour donner l’échelle à ce lieu tolkienien, c’est mézigue, avec une veste bleue et un chapeau de paille. Je sais bien qu’une image ne peut pas restituer cette contrée. Ce texte est donc là pour aider au transport.

Commune : Saint-Amandin, tout proche de la confluence de la Santoire et de la Grande Rhue
Visite : entrée libre et gratuite, sortie… si vous la trouvez. Bah je plaisante !

* Vous ne trouverez aucun panneau. Les tranchades reposent en partie sur des parcelles privées mais rien n’en fait état. Pour la commune, officiellement elles n’existent pas.

Trémolat Cette image englobe 260°, j’ai utilisé un 24mm, une rangée de photo en haut, une autre en bas, 17 images en tout, de la pure folie en adéquation avec le site. La 3D me semble impossible à restituer. On voit bien l’étroit chemin d’où je viens. Mais pas la descente raide située juste après les fougères devant moi. Ce que vous voyez à droite de l’arbre tombé ce sont bien les falaises encadrant le chemin mais entre les fougères sur le sol et les parois c’est le vide, plusieurs mètres. Avec une chemise blanche c’est encore bibi. A moins d’amener quelqu’un, vous ne verrez personne dans cet endroit.

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Les dessous de l’image – Cingle de Trémolat

Août
24

14851 La Dordogne à la cingle de Trémolat (Dordogne), Avril

Une image très compliquée. On englobe 180°, beaucoup d’informations visuelles.
3 jours sur place en avril et un en mai.

Du cadrage :
C’est une projection sphérique, le résultat final correspond donc à ce que l’on voit lorsqu’on le tourne l’appareil sur son axe de rotation.
Pour une meilleure lisibilité, je souhaitais que de gauche à droite apparaisse la dalle puis qu’elle disparaisse puis qu’enfin il y ait un rappel de celle-ci. L’impression est ainsi celle d’un tremplin qui ne cache pas tout le premier plan (effet plus aérien). La forme de la dalle de pierre n’autorise qu’une position très précise de l’appareil photo dans l’espace afin d’y arriver.
Là où disparait visuellement le roc, il est en fait horizontal juste en dessous.
Ce point de vue n’est pas indiqué et pour avoir sillonné les chemins sur plusieurs kilomètres à gauche ou à droite, je pense que c’est le seul qui ménage une telle vue sur la boucle.

Des couleurs :
En mai j’ai réuni ce que je pensais être les meilleures conditions météo, un beau ciel, un soleil très bas dans le ciel créant des ombres allongées juste avant que la falaise à droite ne soit trop sombre et que la dalle ne projette pas une ombre trop importante sur la forêt. Résultat, en revoyant l’image je la trouve terne, avec des teintes trop vertes.
J’y suis retourné en mai car je n’avais pas réuni toutes les conditions en avril. Retour un mois avant.
C’est avant tout la couleur des champs qui m’impressionne. Déjà certains voient apparaître des jeunes pousses. Mais globalement c’est l’optimal de nuances de couleurs. J’essuie plusieurs orages sous mon parapluie. Et une seule fois après la pluie j’ai cette combinaison de trouée de ciel bleu reflétant sa couleur sur la Dordogne et un vent quasi inexistant ne créant pas de ridules sur l’eau et renforçant ainsi le reflet du ciel. Mais le soleil n’éclairera jamais la totalité du paysage quand il revient subrepticement. J’ai donc gardé la meilleure série (celle de la combinaison que je viens de décrire) mais juste avant que le soleil éclaire de façon éparse le paysage.
J’y vois un avantage, cela renforce les couleurs. En effet c’est sous un ciel nuageux qu’on peut observer le maximum de nuances de couleurs.

Pour recentrer l’attention sur la boucle j’ai attendu que les nuages obscurcissent les lointains.

Trémolat

Trémolat, en mai. C’est vert… et triste !

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Les dessous de l’image – Château de Val

Août
7

14924 Château de Val cernée par la Dordogne, lac de Bort, Cantal

300 images au départ, un ciel somptueux avec son revers, des ombres portées sur les collines. Trouver une image bien éclairée pour chaque portion et tout équilibrer. Sans compter la question d’assemblage des images pour la partie lac. Hier mes yeux se sont rendus. Grosse fatigue. Je reprendrai donc cette image plus tard.

Plus tard…
Ayant déjà réalisé par le passé une image évocatrice de ce château de conte de fée (lien), je me suis d’abord focalisé sur les points de vues donnant sur le lac ou les environs. Site du Mont, site de la pyramide, balcons du plateau Bortois, site aménagé de Bort-les-Orgues (avec une dizaine de tables de pique-nique)… Et à chaque fois s’asseoir sur un banc et contempler un rideau d’arbres qui nous dépasse de 3m. Vivement qu’une association élague tout ça et redonne un intérêt à tous ses points de vues. Seul le site de la Vie garde une vue sur le lac mais celle-ci est de moins en moins dégagée et la sensation de beau panorama n’est plus là.

Repérage un peu attristant mais en la charmante compagnie de l’écrivain-photographe-poète Jean-Pierre Lacombe qui m’apporte de précieux renseignements sur sa Corrèze. JP grand merci à toi, ne change pas.
Mais je digresse. Donc, pour la vue étendue du lac je repasserai. Le château redevient ma priorité mais c’est le lac et l’eau de la Dordogne qu’il me faut mettre en évidence. Après l’avoir examiné de près et sous tous les angles je décide de m’éloigner suffisamment pour redonner de l’importance à l’eau et aux berges. Après 3/4h de marche et de recherches je trouve le meilleur compromis. Le plus loin possible mais avant que la chapelle ne commence à se cacher derrière le château et perché sur un rocher à 3-4m de haut afin de prendre un peu de hauteur et dégager une sensation plus aérienne.
Objectif : rendre la sensation d’espace. Ce sera 130° de champ horizontal en projection panini (si l’image d’un sandwich vous vient alors cliquez ). Comme chaque image de ce projet elle est « fusionnée ». 4 phases (donc séries de 6 photos verticales) nécessaires.
La première : prendre le château tant qu’il n’est pas éclairé trop de côté.
La seconde : faire des va-et-vient de gauche à droite et saisir au moins une fois chaque parcelle de l’arrière-plan bien éclairée. Car c’est bien gentil de vouloir une flopée de nuages pour montrer la grandeur du ciel mais mon pauvre Hervé faut réaliser que ça va de pair avec d’innombrables ombres projetées qui balaient le paysage. Bien sûr il peut y avoir le miracle, quelques secondes où tout est éclairé mais comme… j’ai besoin de 30s pour faire ma série… Et puis il y a les autres étapes qui m’attendent.
Aussi, la troisième série consiste à attendre le ciel bien habillé pour la saison. Un bel équilibre entre le ciel bleu et les stratocumulus et tant qu’à faire une impression (subjective) de convergence vers le château pour le mettre en évidence au cas où il ne se verrait pas assez…
Quatrième série je mets mon filtre gris devant mon objectif qui ne laisse passer que 1/1000e de la lumière. Pratique en pleine journée pour passer par ex. de 1/30e à 30s d’exposition. Ainsi l’eau du lac prend des allures éthérées, ce qui aide à amplifier la sérénité du lieu et simplifie la composition donc renforce le reste. Lumineuse idée sur le principe. Mais la fusion… enfin pour la faire courte 2 jours entier de travail pour ce tableau, désolé mes yeux j’ai eu cette idée sans réfléchir à toutes les conséquences.
J’avais attendu dans un cinquième temps que le parking à droite passe à l’ombre le temps d’un nuage complice… mais mais mais mais… cela s’est avéré décevant devant mon écran. D’un coup de baguette magique (enfin plusieurs) la parking s’est vidé de ses voitures modernes ne laissant par enchantement que les motos et les voitures de collection présentes ce jour-là.
Évidemment la berge à gauche ferme l’image et permet de mettre un pied dans le paysage.

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Histoire d’une photo – Canal du Midi

Juil
7

11252 Canal du Midi, AudeAppareil Fuji GX617, objectif W300mm f8.0, Film Provia 100F, Trépied carbone Gitzo, Expostion 4s f45 1/3

Reliant la Garonne à la mer Méditerranée, le canal du Midi emprunte le plus souvent la ligne droite sur les 241 km qu’il parcourt. Mais les aléas de la géographie l’obligent parfois à des détours. Et c’est précisément un S resserré qui siérait à mon format panoramique.

Tout commence par l’étude des cartes IGN. Impossible, vu le niveau de précision, d’en repérer sur les tracés. Mais cela me permet d’isoler 3 secteurs où le relief semble avoir mené la vie dure au chantier de construction. Mes deux premiers voyages me font ainsi parcourir à pied et dans les deux sens les chemins de halage. Passer plusieurs jours en repérage dans notre 21e siècle voué à la rentabilité peut étonner. Mais j’inscris mes photographies comme des quêtes pouvant nécessiter plusieurs années à leur réalisation. Mon plaisir est avant tout en chemin.

Lors d’un troisième voyage me faisant passer non loin du canal, je décide donc d’explorer un autre tronçon. Une surprise m’attend à l’endroit où je le rejoins, deux S consécutifs placés selon un axe perpendiculaire à la direction où le soleil se couche. Lors de mes précédentes recherches, les trois S déjà repérés n’étaient pas bien orientés ou n’avaient pas de belles allées de platanes de part et d’autre. Enfin toutes les conditions réunies. Du moins presque. Car le ciel est couvert et les nuages à l’horizon risquent de ne pas permettre au soleil couchant d’éclairer la voûte des arbres par en dessous.

C’est la raison pour laquelle la direction du méandre est importante. Idéalement j’ai besoin d’une lumière rasante et douce, diminuant le contraste provoqué par ces grands parasols naturels. Ne jamais se décourager. Je cherche longtemps le cadrage idéal, je prépare tout, et je me tiens prêt pour les 15 dernières minutes de jour. Il n’y aura que 10s d’éclairage, le temps de faire 1 seule photo. Je n’aurai la certitude d’avoir réussi que plusieurs semaines plus tard en examinant la diapositive.

Pour restituer ce site tout en profondeur avec ce double S, il m’a donc fallu choisir une lumière non seulement appropriée, mais aussi compatible avec les capacités de reproduction du film diapositif. L’appareil a été posé à ras le sol afin que la voûte formée par les branches de platanes ne cache pas l’extrémité visible du canal. L’absence totale de vent a permis un reflet parfait dans l’eau. Les couleurs du soir ont amené de la chaleur à la composition. Ces facteurs et d’autres ont été réfléchis afin de reproduire l’impression que l’on garde d’une promenade le long du canal. Pour plaire, l’image doit être construite comme un condensé des souvenirs tel que le cerveau les rapporte en les compilant et en les améliorant.

Art du voyage citadin

Juin
20

13313-france-Seine-Maritime-Semaphore-vue-est-Le-Havre-panorama-sentucqL’oeuvre de Perret, Le Havre vu du Sémaphore

Le Havre et Rouen, mutation panoramique, sont deux livres invitant à l’art du voyage citadin.
Ces deux villes ont connu de profonds bouleversements tout au long du siècle passé : la mutation des activités portuaires et industrielles, l’impact des deux conflits mondiaux, l’affirmation d’une vaste agglomération redessinant leurs nouvelles frontières…

La ville du Havre est étonnante, insoupçonnée. À échelle humaine pour commencer, sans sensation d’oppression. Elle permet les promenades contemplatives, au fil de ses nombreux espaces piétonniers et de ses larges artères.

La richesse du patrimoine de Rouen, la ville natale de Flaubert, dite aux cents clochers, en fait un haut lieu touristique et donc photogénique.

Tout au long de mes flâneries, j’ai capté les dimensions culturelles, poétiques ou économiques de ces lieux vivants. Ambiances tour à tour Belle Époque, polar le long des quais, visions futuristes devant les usines pétrochimiques… Déplacement dans le temps mais aussi sur le globe avec le mélange des populations des quartiers sociaux, des marins du monde entier…
En captant des lumières fugitives aux atmosphères baignées de couleurs rappelant qu’ici est né l’impressionnisme.

Les cadrages grand-angle restituent l’espace ressenti dans ces villes. Ils amènent le spectateur au coeur de ces sites. Pour le restituer j’ai eu recours le plus souvent à la projection ‘Panini’ afin d’assembler les images de mes panoramas. Celle-ci fait référence à ce peintre et professeur de perspective du 18ème siècle qui réalisa des fresques couvrant un champ horizontal allant de 110 à 180°, ceci en perspective linéaire (sans « courber » les lignes droites de la réalité) et sans étirer exagérément les bords de l’image (phénomène qui apparaît dès 80° de champ).

La plupart des photographies de ce livre cadrent ainsi très large (mais sans le montrer) et l’accroche visuelle permet une vision renouvelée de ces villes en mutation.

14083-france-Seine-Maritime-La-ville-aux-cent-clochers-les-pinacles-du-choeur-de-l-Abbaye-de-Saint-Ouen-Rouen-panorama-sentucqDe l’abbaye de St-Ouen, vue sur les toits de Rouen

Le Havre : livre, galerie
Rouen : livre, galerie

L’espace onirique des Highlands d’Ecosse

Mai
18

293-ecosse-Pap-of-Glencoe-Loch-Leven-panorama-sentucqDrakkar viking devant le téton de Glencoe (Pap of Glencoe)

Loin des grandes agglomérations, à l’écart du développement industriel et économique, il existe une terre au climat sévère et au relief accidenté : les Highlands, au nord de l’Ecosse, entre Atlantique et Mer du Nord. Elles ont forgé la légende de ce pays et de ses fiers habitants. C’est l’une des dernières contrées vraiment sauvages d’Europe, le royaume de l’aigle, du cerf et du chat sauvage. L’espace cultivé représente moins de 3 % des terres. Il reste peu d’endroits dans le monde développé où l’absence d’humanité semble si aiguë. Des millénaires d’érosion glacière ont sculpté une majestueuse alternance de vallées et de monts dépassant rarement 1 200 mètres d’altitude mais prenant souvent pied au niveau de l’océan. A l’ouest, la mer bordée d’îles se déploie sur 10 000 kilomètres de côte modelée par des vagues ravageuses. Tout au nord, les glaciers ont usé totalement l’ancien plateau dont il ne reste que quelques sommets isolés.

Côtes déchiquetées, lochs lugubres, vallées abruptes, landes drapées de bruyères et tourbières spongieuses, la nature des « Hautes Terres » ne fait pas d’effort pour séduire. Alliant l’immensité nordique à la douceur océanique, ces terres dépouillées, façonnées par la pluie, les marées et le vent, possèdent une beauté âpre et mélancolique. Pays de mystères, de légendes et de héros, à l’ambiance si unique et si différente du reste de l’Europe, qui semble appartenir à un temps poétique, propre à la rêverie, la promenade et la méditation. L’humidité perpétuelle de l’air donne des ciels éperdument changeants, des symphonies en gris et noir, interrompues par des jeux de lumières étranges et des clartés extraordinaires. C’est la dialectique d’un lieu où ciel bleu, brumes, bourrasques et crachins se livrent une sempiternelle bataille, donnant des éclairages variés et subtils, fabriquant en une journée plus d’images magiques que l’oeil ne peut en absorber.

Aujourd’hui, les Highlands ont gardé intactes la beauté naturelle et la puissance émotionnelle des terres d’aventure et de découverte. Il est facile d’accéder aux terres sauvages et éloignées et de faire un retour à la nature dans toute sa splendeur. Ce véritable laboratoire naturel invite à l’exploration et à la compréhension des milieux sauvages essentiels à préserver à une époque où l’environnement est partout menacé.

« Si je pouvais habiter un pays que j’aime, j’habiterais l’Ecosse. C’est un pays que j’aime parce qu’il y a des mystères, il y a des pluies, il y a des brouillards, il y a très peu de population et il y a de grandes étendues vierges. » Jean Giono

Mon livre-itinéraire ‘SCOTLAND panorama‘ consiste en un cheminement à travers ce territoire. Articulé en huit chapitres, il propose tout autant d’itinéraires pour le découvrir. Ils peuvent être lus de plusieurs manières, dans le but d’atteindre un lieu d’où non seulement on peut voir grand mais où l’on peut s’ouvrir à l’univers.

Histoire d’une photo – Laguna Colorada

Fév
21

7573-voyage-bolivie-Lamas-Laguna-Colorada-panorama-sentucqEn 2004, je tente avec ma compagne une traversée à pied et en stop du Sud Lipez en évitant les agences de tourisme. La perspective de passer des journées tassés dans un 4×4 inconfortable qui n’autorise que des pauses photo express ne nous enthousiasme guère. Mais tout est fait pour que l’on ne puisse y échapper. Chiche !

Cette région dont l’altitude moyenne se situe vers les 4.300 m est l’une des plus arides de la planète. Nous commençons par une période de quelques jours d’acclimatation à la haute altitude dans les pourtours du désert d’Atacama. A notre arrivée à la Laguna Verde, tout près de la frontière Chili-Bolivie, une grève générale débute et plus aucun véhicule n’a le droit de circuler… Il est très difficile de savoir si l’on peut s’approvisionner en eau sur la première partie du parcours, aussi nous renonçons à l’idée de partir à pied.

Nous restons bloqués là, et passons 3 nuits sous notre tente, à – 20°C, avant d’être enfin pris en stop par les membres d’une délégation syndicale. Ceux-ci nous conduisent à l’usine la plus haute du monde, Apacheta, à 5.030 mètres d’altitude. Sur les flanc d’un volcan semi-actif, celle-ci extrait de l’acide borique et utilise le potentiel de nombreuses sources géothermiques (l’eau y sort à 88°C). Ambiance irréelle et moment de vie partagé avec ces ouvriers de l’extrême.

Le lendemain, nous nous faisons déposer à une journée de marche des berges de la Laguna Colorada que l’on souhaite atteindre. La marche est rapidement épuisante à cette altitude de 4.500 m. Nos sacs sont lourds du fait de notre autonomie en eau et en nourriture. Et après 1 semaine à subir un vent violent, des tornades de poussière, ceci dans un froid intense, on se sent écrasé de fatigue. Sans oublier le mal de crâne permanent dû à l’altitude.

Je décide de m’arrêter à un site que je pense stratégique. Le lendemain matin, à l’aube, des lamas et des flamants roses s’affairent tout près de nous. Un maigre ruisseau d’eau douce, ressource ici rarissime, se jette dans la lagune. Je déplie mon trépied, peaufine le cadrage. J’ai tout mon temps pour capter une scène idéalisée, en immersion totale dans leur milieu. Quelques heures plus tard, sous le soleil de l’après-midi, les algues de la lagune lui donneront cette couleur rouge si unique.

Anticiper et se donner le temps. Deux ingrédients nécessaires pour « voir de la manière la plus forte ». Le Sud-Lipez, un désert, impensable et insolite, qui se mérite !

7621-voyage-bolivie-Laguna-Colorada-Lipez-panorama-sentucq
La photo prise quelques heures plus tard, toujours à moins de 100 m de la tente