Les dessous de l’image – Tranchades de Laquairie

Août
17

C’est une atmosphère de contrée énigmatique. Dissimulée dans une petite forêt, des failles profondes et sombres entaillent une falaise de lave. La roche déchiquetée semble avoir été victime d’un couteau géant, taillant au hasard. Les gens du coin ont appelé l’endroit « les Tranchades », comme tranchées. Un lieu à couper le souffle ! De vieux arbres viennent s’y échouer dans un chaos surréaliste. De l’eau goutte et ruisselle en permanence, favorisant l’envahissement des crevasses par une exubérante végétation : incroyables épaisseurs de mousse, fougères immenses, lianes folles…

15234    Tranchades de La Quairie (ou Laquairie) (Cantal), Octobre

Voici un des lieux les plus sauvages de France, un labyrinthe sombre et silencieux quasi inconnu où je retourne en pèlerinage régulièrement. Autrefois balisé on y amenait des classes de Condat. A notre époque du risque zéro, le lieu est « interdit »* donc fréquenté par les amoureux, les aventuriers et les fous 😉 Une seule tranchée surnommée « l’autoroute » est empruntée par les rares personnes qui trouvent l’entrée. Les parois tombent à pic, jusqu’à 30 mètres de profondeur, et se resserrent, parfois, à 1 mètre de largeur. C’est de la balade engagée, on gravit les éboulis, on se faufile, on enjambe les troncs d’arbres. L’eau qui suinte de la pierre sur les éboulis branlants rend chaque pas périlleux. Chaque descente dans une tranchée a son lot d’impasses et l’on peut mettre du temps à trouver la sortie.

J’adore ce chaudron glacé et humide. La nature des origines, avant que l’homme aménage tout, devait ressembler à ça. Une jungle folle et calme. Un silence abyssal, percé par de rares cris d’oiseaux et les petits vrombissements des moustiques. On s’attend à croiser à tout moment Indiana Jones. Moins inaccessibles que les Tépuis du Vénézuela, ce chaos surréaliste se trouve en plein Cantal. Je le déconseille aux personnes sujettes au vertige et à la claustrophobie (surtout s’ils ne sont pas très bons en orientation). Avec l’effet du stress on pourrait paniquer et se mettre en danger. A l’inverse j’ai un ami qui s’y rend comme moi régulièrement et apprécie de camper sur l’un des innombrables mini plateaux entourés de tranchées donc de vide.

Pour capter ce microclimat propice au vert et aux rêves, il me fallait un site qui soit un saisissant raccourci des tranchades. A vrai dire c’est impossible tellement nombreuses sont les ambiances. Cette image couvre 210° et a été prise avec 3 photos au fisheye. Les passages sont étroits et ne permettent pas de prendre du recul. Cela nécessite par conséquent de cadrer large pour restituer un peu de la sensation d’espace ressentie sur place. Après, même sans espace, cette technique (d’assemblage au fisheye) permettrait de donner des airs de salons à vos toilettes… Pour donner l’échelle à ce lieu tolkienien, c’est mézigue, avec une veste bleue et un chapeau de paille. Je sais bien qu’une image ne peut pas restituer cette contrée. Ce texte est donc là pour aider au transport.

Commune : Saint-Amandin, tout proche de la confluence de la Santoire et de la Grande Rhue
Visite : entrée libre et gratuite, sortie… si vous la trouvez. Bah je plaisante !

* Vous ne trouverez aucun panneau. Les tranchades reposent en partie sur des parcelles privées mais rien n’en fait état. Pour la commune, officiellement elles n’existent pas.

Trémolat Cette image englobe 260°, j’ai utilisé un 24mm, une rangée de photo en haut, une autre en bas, 17 images en tout, de la pure folie en adéquation avec le site. La 3D me semble impossible à restituer. On voit bien l’étroit chemin d’où je viens. Mais pas la descente raide située juste après les fougères devant moi. Ce que vous voyez à droite de l’arbre tombé ce sont bien les falaises encadrant le chemin mais entre les fougères sur le sol et les parois c’est le vide, plusieurs mètres. Avec une chemise blanche c’est encore bibi. A moins d’amener quelqu’un, vous ne verrez personne dans cet endroit.

D’autres dessous d’images sur biosphere-bassin-dordogne.fr/photos-panoramiques/

Vers une privatisation de l’espace commun

Juil
5

11721 Plage de l'Espiguette, Le Grau du Roi (Gard), OctobreLa plage isolée de l’Espiguette (Gard). Des kilomètres de plots en bord de route pour empêcher de se garer et un parking payant à 15€ pour les fourgons, gloups !

Depuis 18 ans, je photographie le patrimoine paysager, quasi exclusivement ce qui peut-être vu par tout le monde sans acquittement d’un droits d’entrée. Le panorama (panoramique) pris depuis l’espace public a cela de particulier qu’il englobe tout un ensemble de biens publics et privés. La liberté de panorama*1 me permet ainsi de reproduire une statue ou un bâtiment dans son environnement. Et je me garde de ne pas faire d’un édifice « privé » le sujet principal occupant plus de la moitié d’une image. C’est l’espace commun que je reproduis avec ses éléments naturels et architecturaux.

J’affiche mes images en grand*2 sur mon site (et sans l’utopique et laide protection du ©). Ceci afin de partager librement la beauté, les moments rares et les émotions que peut nous apporter le patrimoine de notre hexagone. J’aide les petites structures à but non lucratif en leur permettant d’utiliser mes images gracieusement sur leur site. J’écris des articles sur mon blog afin de faire partager mon expérience de ce métier que je vis comme un bricolage permanent, une philosophie de vie faite d’essais/erreurs. Echanger et donner, sans perdre, en n’oubliant jamais qu’étant un curieux insatiable je prends (apprends) sans cesse aux (des) autres.

A côté de mes activités philanthropiques 😉 j’essaie de survivre via les utilisations commerciales que mes clients souhaitent faire de mes images*3. Or depuis le début de l’année tout semble se gâter. En janvier 2016, par un amendement, la liberté de panorama se voit exclure l’usage commercial. Le texte sera examiné en commission mixte paritaire avant son adoption définitive. Et, fin juin, nos dirigeants politiques ont décidé de privatiser le domaine public, ceci dans le cadre du projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine*4. Un nouveau droit « d’autoriser » vient d’être créé pour les gestionnaires de ces bâtiments qui ont un lien important avec l’histoire de France, même ceux tombés, depuis fort longtemps, dans le domaine public.

Partout, je le constate, avec les parkings payants, les aménagements des sites naturels, la chasse à ceux qui dorment dans leur véhicule… nos dirigeants, élus, les lobbys… tentent de privatiser et rentabiliser l’espace public et les biens communs. Une chasse à tout ce qui est gratuit et relevant du bien commun. Quelle régression dans cette société où absolument tout devient marchand et où le public se voit gérer comme le privé.

Et, bien sûr, vu la nov’langue Orwellienne parlée par nos représentants, lorsque l’on essaie de me convaincre qu’en fait on essaie de protéger le droit d’auteur… je suis tenté de penser qu’en fait on le méprise et on le piétine… Puissé-je avoir tort ?

Notes

*1 La liberté de panorama est une exception au droit d’auteur qui permet de reproduire une œuvre (essentiellement architecturale) qui se trouve dans l’espace public, mais qui attend encore son entrée dans le domaine public. Cette exception est inscrite pour majorité dans les législations européennes, mais toujours pas en France. libertedepanorama.fr

*2 Arnaud Frich, dans le même esprit, continue à partager une grande part de son savoir généreusement sur son site (à l’écrit), tout en monnayant ses versions vidéos pour gagner sa croûte, chapeau et merci l’ami 😉 blog.arnaudfrich.com/billets-dhumeur/sur-le-copyright-et-le-droit-dauteur/

*3 Autre problème et pas le moindre, le monde se virtualise à l’excès et la quasi totalité des acheteurs potentiels (pour leur site commercial) préfèrent utiliser mes images sans souhaiter que j’en tire un quelconque profit… Et dans le lot certains ignorent même mal faire. L’image se déprécie tellement à cause des banques d’images libres de droits américaines ou canadiennes qu’elle finit par ne plus avoir aucune valeur pour quelques-uns d’entre nous.

*4 Voir notamment ces 2 articles http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/nos-dirigeants-rentabilisent-l-espace-public-et-meprisent-le-droit-d-auteur_1807236.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/poster-un-selfie-devant-la-tour-eiffel-illuminee-est-illegal_1779362.html

Continuer ? – 6/6 – Que cache la crise photographique ?

Mai
12

15061 Lac de tourbière de l'Esclauze, Artense (Puy-de-Dôme), Juillet‘Les matins où l’or d’un soleil tout neuf tremblait sur les rides d’une eau paisible’
(Jonathan Livingstone le goéland)

A quoi bon faire cette photo, d’autres l’ont déjà faite ? Voici la question que la grande majorité de photographes finit par se poser face au déferlement d’images postées sur la toile. Mea culpa, en 2014 j’ai ruminé cette sombre pensée. Mais, de cette épreuve, j’ai retiré un nouvel élan, je parlerai même d’un éveil : s’est révélé ce qui comptait vraiment pour moi. Depuis, j’ai élaboré mon concept d’images fusionnées*1, j’ai accentué l’intrication de la philosophie et de la science dans mes écrits*2 et mes projets*3.

Retour sur mon analyse.

Le processus de création dans son entier procure de la joie : de l’inspiration à la conception et la capture du moment décisif jusqu’à la satisfaction et l’émerveillement de cette expérience puis la sélection, le travail de post-traitement et l’impression.

En interagissant avec les éléments de la composition comme le profane n’en est pas capable, on apprend à voir le monde d’une manière plus riche. La quête d’une belle image nous oblige à noter les détails, les subtilités de lumière… Elle contribue grandement à nous ancrer dans le présent, éveille tous nos sens, suscite le plaisir et le désir d’être en vie. Cette sensation de faire un tout avec l’humanité et le monde sensible qui nous entoure procure un fort effet thérapeutique.

Le photographe de paysage doit prendre de bonnes décisions tout au long du processus. Il lui faut analyser, sentir, réfléchir, se fier à son instinct, être méthodique, faire preuve d’un bon jugement, avoir une vision claire… afin de développer ses capacités artistiques. L’activité photographique s’appuie fortement sur l’esprit, le corps et le mental. C’est une fusion de la science, de l’artisanat et de l’art qui permet de réunir et faire s’exprimer toutes les facettes de notre être. Un acte de vision totale.

Finalement, ce découragement face à la surexposition du travail des autres révèle un manque de créativité. C’est regrettable mais cette crise peut se métamorphoser en une opportunité d’élever son esprit, se libérer des chaînes qu’à son insu on s’est posées. Continuer à produire des images « attendues », à quoi bon en effet ?! Mais réaliser des photos qui symbolisent ce que l’on est, qui représentent quelque chose pour soi, c’est la seule chose qui compte.

Désormais, on se doit de penser systématiquement à ce qu’on essaie d’exprimer et de transmettre. La qualité prime sur la quantité. ‘Douze photographies significatives chaque année est une bonne récolte’ disait Ansel Adams. Il sous-entendait 12 bonnes images qui resteront dans le temps. La photographie artistique enrichit la vie et procure des expériences sacrément plaisantes. La vie sans forme de créativité me semble une existence stérile.

Pour conclure, je citerai cet aphorisme de l’écrivain Richard Bach, l’auteur de ‘Jonathan Livingston le goéland’, livre de mon enfance qui a guidé mon choix de vie. On y lisait dans la préface : ‘Découvrez ce que vous aimeriez faire et faites tout votre possible pour y parvenir.’

*1 cf l’article dans Chasseur d’Images
*2 cf mes articles sur mon blog tagués philosophie
*3 cf le projet Biosphère Dordogne

Continuer ? – 5/6 – Ces paysages dont se nourrit l’âme

Avr
27

10614 Canal de Bourgogne, près de Châteauneuf-en-Auxois (Côte-d'Or), AoûtLa France éternelle qui nous enracine et nous apaise

Quel énigmatique pouvoir peut émaner d’un beau panorama ? Le regard s’envole et s’échappe bien plus loin que l’horizon. Notre imaginaire s’éblouit devant son harmonie déconcertante et ses subtils équilibres. Tant que des hommes seront capables de mêler leur âme à celle d’un paysage, ils pourront ‘habiter poétiquement la terre’ disait le poète et philosophe Hölderlin.

J’aime découvrir un lieu qui me correspond et où je me sens en paix avec le monde. Je retire un plaisir extrême à contempler passionnément cette beauté ‘agissante’, inépuisable réserve de rêves !
Je me fonds dans cette splendeur et jouis de cet instant de pur plaisir. Je remercie la vie de m’avoir donné à voir cette fulgurance poétique.

La France est un miracle de diversités paysagères. Chacun peut y retrouver un peu de ses géographies intimes et beaucoup de ses rêves d’harmonie bucolique. Mes panoramiques sont des lucarnes précises et choisies, des découpages sélectifs, de ce qui me semble engageant, harmonieux, immuable. Ces archétypes paysagers empreints de romantisme semblent inscrits dans l’histoire et l’imaginaire de chacun. C’est pour cela qu’ils exercent une fascination inaltérable et universelle.

Les paysages sont précieux à l’âme car ils sont diffuseurs de mémoire et chargés d’un pouvoir émotionnel indispensable pour l’esprit et les sens. Dans cette époque emballée et confuse, leur temps (évolution) est lent en regard de nos vies. Ils dispensent des fenêtres sur des temps parfois révolus. Ils aident à nous enraciner (‘empayser’), à se croire un peu moins étrangers au monde, un peu moins de passage.

A l’aube, le silence enveloppe l’espace autour de moi et mon esprit s’apaise graduellement. Une irrésistible sensation de liberté m’envahit. Dans ce moment de vie, les notions d’extérieur et d’intérieur perdent leur raison d’être. Je m’oublie et ouvre un espace intérieur plus vaste, générateur de réceptivité, de calme et de paix, qui me relie naturellement avec tout ce qui existe. Ainsi, la connexion avec un paysage entraîne la connexion avec soi et les autres, et contribue au fait de mieux vivre ensemble.

Les éléments d’un ‘pays sage’ (arbres, pierres, oiseaux…) fixent notre attention sans l’accaparer. Ces lieux de ressourcement que l’on recherche de façon cyclique offrent un support idéal pour méditer, prendre du recul et ouvrir notre créativité. En nous ramenant à nos sens, en nous connectant au moment présent, ils nous reposent, favorisent l’émerveillement et constituent un élément essentiel du bien-être individuel et social. Et si le plus important patrimoine de la France c’était… ses paysages ?

Continuer ? – 4/6 – La prévisualisation

Avr
13

15234 Tranchades de La Quairie (ou Laquairie), Cantal5e exploration des Tranchades de La Quairie, à la recherche de l’essence du lieu

L’art de la photo de paysage est comme un trépied. Un pied représente l’idée visuelle, le deuxième notre perception personnelle de la réalisation, le troisième le savoir-faire technique nécessaire à la réalisation. Chacun des pieds est indissociable des deux autres. S’il vient à en manquer un, l’ensemble s’écroule. Une photographie commence par la visualisation d’une image ordonnée, s’ensuit la confrontation au chaos de la réalité, puis l’ordonnancement des éléments par la composition et le cadrage. Tout en gardant à l’esprit les possibilités techniques à disposition (équipement, réglages).

Ansel Adams parlait ainsi de la germination d’une image : ‘Regardez simplement avec attention le monde qui vous entoure, et faites confiance à vos propres réactions et convictions. Demandez-vous : ce sujet me fait-il sentir, penser et rêver ? Est-ce que je peux visualiser une photographie – mon énoncé personnel de ce que je ressens et veux transmettre – du sujet devant moi ?’

Quand un sujet accroche mon regard, je prévisualise déjà la photo en conformité avec l’émotion que je souhaite traduire. J’utilise mon appareil photo comme un prolongement de mes pensées et de mes impressions, comme un moyen d’exprimer mon imagination. Les histoires que mes photographies révèlent sont mes histoires. Une documentation et une interprétation de moi-même autant que du sujet traité. Tout artiste doit accepter cette inéluctabilité.

‘Pour apporter quelque chose dans votre vie, imaginer que c’est déjà là.’ (Richard Bach)
En visualisant une photo potentielle que je souhaite créer, il devient beaucoup plus facile de la dénicher une fois sur le terrain. Ceci parce que la visualisation crée un point de référence dans mon esprit qui me permet ensuite de percevoir l’image dans la réalité. On peut difficilement percevoir ce que l’on ne peut concevoir. Et la créativité semble corréler à notre capacité de conception, cette interprétation propre et unique de la réalité (aucun intérêt de prendre des photos des évidences visibles par tous). Aussi, comment pouvons-nous nous entraîner à concevoir plus pour créer plus ?

La découverte par les neurologues de la plasticité cérébrale peut nous éclairer. L’activité du cerveau transforme le cerveau lui-même. A nous donc de former notre esprit en le fléchissant dans n’importe quelle direction, en faisant l’expérience de notre environnement différemment, en nous enrichissant sans cesse de ce qui nous est inconnu. De telles stimulations conduisent à l’interprétation de notre monde de manière plus évocatrice et ambitieuse.

J’aime à penser comme Ralph Waldo Emerson qu’ ‘Il n’y a pas de jours plus mémorables que ceux qui vibrent en frappant l’imagination’.

Article vérité sur le site galerie-photo.com

Mar
22

J’intercale l’annonce de cette interview dans la programmation de ma série ‘Continuer ?’.
L’épisode suivant, 4, reprend dans 15 jours.

14571 Récif des sirènes, Cabo de Gata (Arrecife Las Sirenas), AndalousieRécif des sirenes, Cabo de Gata, Andalousie, Espagne – 135° de mystère

Dans le domaine de la photographie, les paysages occupent la première place dans le coeur des gens. Nombreux sont ceux qui rêvent d’en savoir plus sur ce métier envié. Cette longue interview flirte avec le ton des Radioscopies de Jacques Chancel. J’essaie d’être le plus sincère et le plus clair possible. Voici les questions.

1. Hervé, il y a 15 ans galerie-photo présentait votre travail de panoramiste pour la première fois. Qu’est-ce qui a changé en 15 ans ? En quoi pouvez-vous dire que vous avez avancé ?
2. Diriez-vous que vivre de la photographie est de plus en plus compliqué ?
3. Où et comment a été faite cette image incroyable du Récif des sirènes ?
4. A propos de cette image de Séville : pensez-vous que la bonne image d’un lieu architecturé doit être vide de toute présence ? C’est un but que vous tâchez d’atteindre ?
5. Le panorama vous conduit-il naturellement à l’idée d’immensité et d’éternité, et à une sorte de totalitarisme du moment idéal ?
6. Cette photo de personnage en contemplation devant l’immensité du paysage Corse est-elle un autoportrait ?
7. Quels sont vos projets actuels ?

Pour lire l’interview, cliquez sur le Lien

Continuer ? – 3/6 – Regarder pleinement

Mar
16

15241 Remparts d'Aigues-Mortes, Camargue (Gard), FévrierL’eau, l’air, le feu du soleil couchant, la vie animale et végétale, le minéral des remparts d’Aigues-Mortes

‘Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange.’ (Bill Brandt)

Bien plus qu’une pratique et une construction intellectuelle, la photographie est un art du sensible qui fait appel avant tout à l’émotion. Obnubilé par les démons de la vie moderne, l’activité et l’accélération, notre esprit toujours occupé échoue à remarquer quantité de stimuli. Photographier apprend à regarder attentivement en prenant conscience et réellement connaissance de ce que l’on voit.

En observant un paysage sans jugement et sans le fardeau d’atteindre un but spécifique (dans ce non-attachement qui nous préserve du stress et de la frustration), on commence à apprécier les conditions que l’on a simplement pour ce qu’elles sont. On habite le moment présent, on prend le temps de contempler, d’être fasciné par les objets familiers qui nous entourent et que l’on ne remarque plus. Rien n’est alors ordinaire, tout devient miraculeux. La pleine conscience est une expérience thérapeutique.

En se dégageant doucement de la pensée objective, on ouvre son esprit à ce que filtre naturellement notre cerveau, afin de percevoir ce qui n’existe pas vraiment, l’essence de l’image, la vraie nature des choses. En isolant sa part d’insolite susceptible de frapper les esprits.

Elaborer une image s’apparente à l’esprit de la pensée zen. L’apprentissage de l’art de la méditation et de la concentration. Le recours à l’empathie. Alors, notre cerveau et nos sens entrent en communion et en communication avec le sujet, dans un état proche de la transe. Ce lien provoque une imagerie puissante.

L’interprétation personnelle que l’on donne d’un paysage est le miroir de l’émotion et de la passion qu’on lui porte. Cet acte de vision totale cherche surtout à inspirer et à donner un aperçu fascinant de notre quête de transcendance. La recherche de beauté est le guide suprême.

Je donne à Edward Weston le dernier mot : ‘L’artiste est l’interprète de l’inexprimable’.

Continuer ? – 2/6 – La créativité

Mar
2

11083 Corderie Royale de Rochefort (Charente-Maritime), OctobreCorderie Royale de Rochefort, aube brumeuse

La création d’une photographie naît d’un désir d’équilibre et d’harmonie, l’envie de célébrer la vie qu’on aime, la beauté qu’on connaît et le bonheur qu’on a vécu. C’est une réponse émotionnelle intense, proche de la poésie et de la musique, qui alimente interminablement la joie, la passion, et la guérison !

Le comportement non-créatif est appris. Un test de créativité mené à la NASA sur 1 600 enfants et 280 000 adultes conclut : les enfants de moins de 5 ans sont quasiment tous créatifs (98%), cette aptitude diminue avec l’âge et seulement 2% d’adultes restent créatifs. Notre système éducatif modelé depuis 200 ans par la révolution industrielle nous a appris à travailler en suivant des instructions. Or, la créativité ne résiste pas aux règles et aux règlements.

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut redevenir créatif à tout âge. Pour cela : expérimentez, explorez et questionnez les postulats. Voici par exemple les 6 règles suivies par l’école d’administration d’IBM :

– les méthodes d’enseignement traditionnelles comme la lecture, les cours magistraux, les tests et la mémorisation sont pires qu’inutiles,

– devenir créatif est un désapprentissage plutôt qu’un processus d’apprentissage, il faut bouleverser les hypothèses existantes,

– on n’apprend pas à devenir créatif, on peut devenir une personne créative (transformation grâce à l’expérimentation),

– le meilleur moyen de devenir créatif est de fréquenter des gens créatifs,

– la créativité est fortement corrélée avec la connaissance de soi. Il est impossible de surmonter les préjugés si nous ne savons pas qu’ils existent,

– on a droit à l’erreur et nos erreurs nous servent à progresser.

Application pour la photographie

Absorbé dans le moment présent, on devient récepteur d’images. Il faut avoir le courage d’abandonner ses certitudes pour voir plus pleinement et créer des images intrigantes, fascinantes, aux compositions singulières.

Se laisser guider par son intuition, en écoutant ses convictions profondes et ses émotions. Prendre le temps de ressentir jusqu’à être fasciné comme le sont les enfants, faire l’expérience du merveilleux.
‘Lorsque je me laisse aller à être ce que je suis, je deviens ce que je pourrais être’ (Lao Tseu).

Il faut être passionné pour devenir photographe et communiquer profondément ce que l’on voit et ressent. Les grandes images viennent de l’intérieur, de l’expression de soi, sensuelle et cérébrale. Le cœur et l’esprit sont les véritables outils photographiques.

Continuer ? – 1/6 – Pour une éducation du regard

Fév
17

15254 Le Torpilleur, Calanque de Sugiton, Marseille, Bouches-du-RhôneCalanque de Sugiton, Marseille, février 2016, une fenêtre de beauté de 170°

Notre monde est saturé d’images. En 2014, plus d’1 trillion de photos ont été partagées sur les réseaux sociaux… 1 milliard de milliard… Le nombre de déclenchements numériques de l’année a été supérieur au nombre de photos prises sur film depuis la naissance de la photographie ! Cette abondance menace aujourd’hui son existence comme art du regard et discipline intérieure.

Dans cette série de billets, je vous propose de réfléchir à cette question qui tourmente les passionnées de photos : face à ce tsunami d’images publiées chaque jour, quelle valeur gardent nos œuvres et quelles sont les raisons de continuer à en créer ?

Culture du paysage
Avoir du goût à contempler un paysage est une construction de l’esprit, une attitude mentale volontaire. Elle est née en Chine avec le premier poète paysager, Xie Lingyun (385-433), initiateur de la poésie descriptive de paysage. Bien plus tard, au XVe siècle, la peinture met en place l’esthétique dont héritera la photographie de paysage à partir de 1826, date de la première image d’une portion de territoire fixée de façon permanente.
Le paysage (idéal) type, ce « beau » paysage qu’on apprécie est celui que l’on reconnaît comme étant l’un des nôtres, parce qu’il appartient à notre culture et est susceptible de répondre à nos aspirations. Mais le préalable pour savoir regarder, c’est une éducation de l’œil et de l’esprit, une attention et une présence à ce que l’on fait. Tant de mécanismes physiologiques, techniques et de notions culturelles et historiques sous-tendent notre perception du monde environnant ! Pour comprendre, rendre compte et protéger ce dernier, il est nécessaire que chacun éduque son regard.

La France défigurée
La dégradation sensible du patrimoine paysager, commencée au début du XXe siècle, se poursuit au rythme effréné qu’impose notre société. Standardisation et uniformisation des esprits mais aussi du territoire. A cause des zones commerciales ou résidentielles hideuses, des enduits, du mobilier urbain, de la signalétique, de l’urbanisme… Partout, d’harmonieux terroirs sombrent esthétiquement, livrés à la merci du mauvais goût au nom de la croissance et des profits. On voit se manifester la puissance de l’argent, sa logique obsessionnelle et ses calculs à courte vue, pour la satisfaction d’un tout petit nombre. Epoque pressée, aveugle, inconsciente de la valeur de cet héritage, de ce qui fait l’identité des petits pays.

Le rôle des photographes
En ces temps modernes, la photographie peut interroger notre relation au monde. On ne reste pas indifférent si d’autres détruisent ce que l’on apprécie et qui nous semble utile… Ce miracle de diversités paysagères issu d’un long processus d’humanisation, ce patrimoine commun de la nation, comment clamer son importance ? Modestement, pour un photographe, en en rendant compte de la façon la plus plaisante et forte qui soit pour l’œil. De telles images doivent venir de l’intérieur, du cœur et de la sensibilité. L’œil compose en recherchant la simplicité et l’équilibre. Le mental réfléchit à ce que l’on essaie d’exprimer et de transmettre. Mais, pour ce faire, le photographe doit lui-même commencer par apprendre à être conscient de la valeur et de la beauté de ce qu’il voit.

Notes

La loi Barnier de 1995 affirme que ’Le paysage fait partie intégrante du patrimoine commun de la nation’.

Contre la pub-tréfaction’ des paysages : Paysages de France, France Nature Environnement, la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France, le Collectif des déboulonneurs, Résistance à l’agression publicitaire…

La révolution de l’impression directe + essais avec Webprint

Jan
20

Fin 2015, la société Webprint m’a proposé d’expérimenter certains de leurs matériaux de décoration murale. L’occasion pour moi de faire sur le point sur cette véritable mutation qui s’opère en ce moment dans la façon de présenter les photos. Après mon analyse de ce phénomène, mon retour d’expérience avec Webprint.

Faire l’économie du papier photo… pour des raisons de coût… bien sûr mais pas seulement. Imprimer directement sur n’importe quel support, bois, tissu, verre… c’est aussi tâter toutes sortes de matières. Afin d’harmoniser ses tirages avec les spécificités de son intérieur et l’ambiance recherchée. C’est pouvoir accrocher des tirages dans sa salle de bains, sa cuisine ou un espace extérieur protégé. Faire d’une photo un papier peint ou un brise-vue de jardin. Et bien d’autres idées déco intérieures ou extérieures, la liste s’allongeant chaque mois.

Cela fait 10 ans que je teste ces nouveaux matériaux et depuis quelques mois un constat s’impose : la qualité d’impression est devenue excellente. Bien sûr la matière mélange ses motifs aux points d’impressions, mais à distance d’observation (bras tendu) la qualité est bluffante et le mariage heureux. Ces supports restituent aux oeuvres leur poésie, leur légèreté et leur sérénité. Contraste, éclat, résolution, relief des détails… si tout peut encore légèrement s’améliorer, bien peu de gens trouveraient à redire sur le résultat actuel.

Voici 4 matières que j’ai pu tester pour métamorphoser son chez-soi en un oasis d’harmonie, de rêve et de zénitude !

1. Verre acrylique – de la brillance à votre photo
La photo est imprimée au dos du support plexi transparent, laissant exploser les couleurs. L’image se voit à travers le « verre » et rayonne d’intensité, d’éclat et de relief. Il s’en dégage une vitalité fascinante. Très sensible en revanche aux reflets en cas de source lumineuse proche.

2. Alu Dibond – un design épuré et moderne
La photo est imprimée directement sur une plaque de cette matière légère et pourtant très rigide. L’intensité des couleurs est étonnant. Presque sans reflet, il s’en dégage un calme céleste.

3. Toile montée sur cadre – l’invitation à la détente
La photo est imprimée sur tissu avec une grande netteté et des couleurs brillantes puis tendue sur un chassis en bois. Avec sa surface subtilement structurée, l’œuvre semble tridimensionnelle et pleine de vitalité.

4. Bois – un effet naturel et chaleureux
La photo est imprimée sur bois faisant apparaître subtilement les veines naturelles du bois. Parfait pour les intérieurs à la décoration plutôt rustique, ce matériau met très bien en valeur les motifs en lien avec la nature.

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Retour d’expérience avec Webprint

Cette entreprise néerlandaise d’impression en ligne a récemment créé une plateforme française. S’adressant au plus grand nombre elle propose pléthore de produits photo à petit prix. La navigation est simple d’utilisation.

Alors sans plus attendre mon verdict :
– définition d’impression : légèrement perfectible mais déjà excellente
– restitution des couleurs : rien à dire (si l’image envoyée a le profil sRVB)
– vérification des tirages : aucune pétouille ou infime défaut sur les 4 essais
– emballage : perfectible (pour les grands formats souvent malmenés par les transporteurs, ils travaillent à améliorer la protection)
– envoi : reçu à chaque fois rapidement

Quand on a connu comme moi, à la fin des années 90, les balbutiements des profils… on mesure le chemin parcouru. Désormais un profil est effectué pour chaque support. Que ce soit sur bois ou sur alu les teintes de mes images sont parfaitement restitués. Quant à la résolution d’impression on peut chipoter de près par comparaison avec un vrai tirage photo mais à distance d’observation on ne trouve plus rien à redire.

Ci-dessous quelques photos en situation.
La plaque Dibond fait 180x80cm, celle en bois 80×30 cm.

bois-large

bois-resolution

bois-tranche

dibond-large

dibond-resolution

dibond-tranche

Notes pour les amateurs avertis et experts 😉

Technophile mon ami, n’oublie pas de convertir les images que tu leur envoies dans l’espace de couleur internet (srvb). Car si l’immense majorité des amateurs prend ses images ainsi sans le savoir, les passionnées préfèrent quant à eux l’espace Adobe RVB ou Prophoto. Il serait utile que le site convertisse toutes les images envoyées dans l’espace colorimétrique d’internet et attribue cette espace par défaut aux images sans profil. Cela éviterait des déconvenues. Bien sûr une conversion directe vers le profil du support sélectionné serait encore mieux (autant éviter l’étape srvb).

Qui dit « s’adresser à un large public » signifie également un léger éclaircissement des images. C’est logique vu la quantité de portraits à traiter. En cas de sous-exposition de l’image, les visages seront reconnaissables. Encore une fois ce qui fonctionne 99% des fois est préjudiciable à ceux qui peaufinent leurs images. Donc pour les perfectionnistes, il vaut mieux appliquer un gamma de 0,8 à chacune des images avant de les envoyer. Dans l’avenir, un bouton permettant d’ « améliorer » la colorimétrie serait souhaitable. Ceux qui ne savent pas traiter leur image cocherait cette case.

Le site français de Webprint n’étant pas encore optimisé à son maximum, n’hésitez pas à leur faire des remarques constructives car ils sont à l’écoute. A ma connaissance les sites d’impression grand public n’ont pas cherché à s’adapter aux pratiques des passionnés de photo. A nous de les encourager dans cette voie.

Leur site : webprint.fr
Leur prestation de tirage sur bois, et celle sur dibond.