4-7 avril 2017 : EuroMAB 2017, à Sarlat, France

Mar
26


15èmes rencontres du réseau des Réserves de biosphère européennes et nord-américaines (EuroMAB). Elles réuniront également des acteurs du développement durable, des experts, des chercheurs, des élus, des représentants de l’UNESCO, de l’Etat et d’organismes publics tels que l’Agence française de la biodiversité, l’Agence de l’eau Adour Garonne, la fédération des Parcs naturels régionaux…

Le 4 avril, en ma présence : inauguration de l’exposition de quelques-unes de mes photos réalisées dans le cadre de mon partenariat avec la Réserve de Biosphère du Bassin de la Dordogne.

Tous les détails sont sur le site EuroMAB

Les saisons décalées du photographe

Jan
19

15563 Lavoir et abri à canards près d'un ruisseau, face au château de Montpoupon (Indre-et-Loire), Mai21 mai 2016, la profusion d’un même vert « estival », Val-de-Loire

La première année de mon nouveau tour de France se sera étalée du 1er février au 1er novembre, soit sur les saisons printemps-été-automne du calendrier « naturel ». Retour sur cette expérience.

Pendant 9 mois, j’ai alterné prise de vue sur le terrain et préparation/traitement des images chez moi. Peu de temps mort et une grosse fatigue accumulée. Une centaine d’images réalisées, dont cinquante très correctes et vingt-cinq, je l’espère… fascinantes pour certains. Cette année enrichissante m’aura permis de sortir de ma zone de contrôle comme jamais, et d’approfondir ma relation à la vie, via ma passion.

A l’heure du bilan, je réalise qu’il est temps pour moi d’abandonner le rythme effréné qu’impose notre société (de survie). A l’automne 1998, je revenais avec une dizaine de panoramiques des Highlands d’Ecosse, aussitôt mis en avant sur le web, entraînant l’intérêt des journaux nationaux radio et papier. Presque 20 ans plus tard, mes quelques dizaines d’images produites en 2016, aussi « léchées » soient-elles, se retrouvent noyées parmi des milliards d’autres images de la France.

Qu’en est-il des acheteurs d’images ? Sur les écrans, ils ne font plus la différence entre mes hautes-définition peaufinées amoureusement au pixel près, et des images prises au smartphone en mode balayage, post-traitées à l’arrache et sans modération. Une vignette de 1400 pixels de large ne peut laisser présager si l’image resplendira en 50x150cm sur papier photo ou au contraire ne pourra même pas faire illusion en 10x30cm. Avec la recherche des prix planchers, l’exigence diminue…

Tout cela ne peut qu’entraîner à terme la disparition de mon métier. L’année dernière j’interrogeais l’utilité de mon travail dans ma série de billets intitulés ‘Continuer ?’. Si l’activité professionnelle est compromise, financièrement parlant, l’intérêt de ma démarche est plus que jamais salutaire, aussi je n’abandonne pas.

Après ces réflexions sur le « peu d’avenir que contient le temps où nous sommes », pour reprendre le titre d’un de mes livres de chevet*, j’en viens au vif du sujet, soit mes impressions sur cette année au fil des saisons que j’ai personnalisée 😉

1er février, je ressens les premiers signes du printemps et commence l’année plein de promesses et de créativité. Les côtes méditerranéenne et atlantique ont l’avantage d’offrir des températures clémentes et des paysages peu marqués par l’hiver. Idéal pour débuter. Puis, progressivement, arrivent les verts tendres et nuancés, les premières fleurs, les arbres accueillent de nouvelles pousses… la nature revit et cette énergie renforce mon élan d’activité et de découverte : Pays Cathare, Causses, Jura, Bourgogne.

Début mai, les teintes vertes commencent toutes à se ressembler. L’été s’installe et je profite de sa lumière et de son énergie communicatrice : Val de Loire, Poitou, Nord… Je me délecte de ces coins de France. Le soleil et les longues journées me font oublier la (sur-) activité humaine. A vrai dire, soir et matin, les paysages se vident quasi totalement et m’offrent de beaux moments d’intimité. Le reste du temps, je repère ou « profite » de la folie de notre société 😉

Mi-août, la fatigue gagne et je ressens le besoin de me rapprocher de régions pouvant m’offrir des répits : Bretagne, Alpes, Vosges… Les rencontres humaines se font rares, j’écoute chaque jour un peu plus mon corps et mon esprit qui me conseillent de ralentir. Journées de contemplation, périodes de mauvais temps, coincé dans mon F½. Je guette les teintes chaudes et éclatantes de l’automne, ceci jusqu’aux premières grosses intempéries fatales aux feuillages.

Respectant cette année les rythmes de la nature, novembre sonne le temps du repos et de l’introspection. Certes, la saison hivernale apporte son lot d’éclairages dramatiques dus aux changements de temps ; un dépouillement graphique avec ses jours de brouillard mystérieux, ses manteaux neigeux immaculés, ses cristaux de givres féeriques. Tableaux saisissants à photographier ou simplement à observer avec délice, option choisie cette année.

Pour ma part, j’ai quelque peu déplacé les saisons dans mon esprit. Les équinoxes et solstices sont les summums des saisons, astronomiquement parlant. Durant l’Antiquité en Occident et aujourd’hui encore dans une grande partie de l’Asie, les 4 saisons sont décalées par rapport aux nôtres d’un mois et demi. Le printemps commence donc à mi-chemin entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, etc. Une période inter-saisonnière de 18 jours les précède, permettant la transition.

Ce qui donne :
7 février : PRINTEMPS, premières perce-neige, primevères… la sève remonte, la nature nous impose son éternel renouveau.
7 mai : ETE, la nature est très verte, la plupart des arbres fruitiers n’ont plus de fleurs et c’est le tout début du fruit (minuscule boule verte).
7 août : AUTOMNE, le temps commence à changer, c’est la période des moissons, puis des vendanges, les graines mûries tombent, les feuilles roussissent…
7 novembre : HIVER, les récoltes sont finies, les arbres entrent en sommeil, le sol gèle, souvent tombent les premières neiges…

En vous souhaitant un bon début d’intersaison. Spring is coming !

* La vie sur Terre : Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes (2008) et sa suite Au fond de la couche gazeuse (2016) de Baudouin de Bodinat
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S’accomplir en photo

Jan
9

16062 Vignoble du Clos-de-Vougeot (Côte-d'Or), OctobreCe contre-jour rend les vignes flamboyantes, tout en minimisant les feuilles mortes ou malades et les trous laissés par les feuilles tombées. Chaque détail est anticipé, pensé pour produire un paysage dramatique.

Avec la pratique assidue de la photographie, la pression de réussir augmente. Gagner sa vie pour les pros, prouver sa valeur pour les amateurs expérimentés. Cette pression nous handicape et bride notre créativité. Comment résister et donner le meilleur de soi ? Comment se libérer de nos formatages, de nos peurs et de nos attentes ?

D’abord, en étant honnête et authentique, en dévoilant son âme, en se détachant des règles et des désirs des autres. Nos photos doivent refléter qui nous sommes vraiment, nos pensées, nos émotions et notre imaginaire.

Ensuite, en sortant légèrement de sa zone de confort (état de flow*1), en affrontant nos peurs face à l’inconnu et le hasard. Le plaisir de nouvelles expériences nous amène à évoluer et créer des images plus fortes.

De petites améliorations régulières amènent, au final, à une grande transformation et donc une amélioration importante de la qualité des images créées. Tout doit être maîtrisé : préparation physique, connaissances techniques, sens de la composition, planification, visualisation mentale…

Enfin, en regardant intensément*2, comme en pleine conscience. Notre cerveau aime nous faciliter la vie en prenant des décisions automatiques à la lueur de nos expériences et de nos acquis. Cela aide grandement mais nous limite parfois. Agissez capricieusement, comme un enfant, à l’écoute de vos émotions et de ce qui vous passe par la tête 😉

*1 concept qui peut changer votre vie, voir le livre Vivre de Mihaly Csikszentmihalyi
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*2 voir mon billet

Manipulation vs vision d’auteur

Déc
14

16061 Vol de cygnes au dessus de l'église de Rhodes, étang du Stock (Moselle), OctobreUne image « fusionnée » construite en 3 temps. Utilisation du polariseur pour faire ressortir les couleurs. Puis, sans polariseur, avec une vitesse élevée pour capter les rides sur l’eau. Enfin, une vitesse rapide lors du passage des cygnes.

Comment faire coexister vision du photographe et traitement de l’image ?

Un photographe essaie de retranscrire les émotions qu’il a ressenties sur le terrain. Tentative audacieuse ! Car il est souvent entamé physiquement (marche d’approche, poids du sac, attente dans le froid et le vent…), dans un moment émotionnel intense (mélange de joie, de désirs, de peur…), puisant dans son mental (pour visualiser, imaginer, agencer…).

Aujourd’hui, vu le niveau d’excellence à viser pour se démarquer, il est quasi illusoire de penser réaliser une image parfaite sur place. On récolte donc longuement de la matière, bravant les innombrables limitations techniques de ses outils photographiques. 200 à 300 images pour 4, 5… 10 après le tri qui serviront, au final, comme matière pour restituer l’essence DU paysage que l’on souhaite magnifier.

La longue tradition de photographes de paysages « honnêtes » interdit la manipulation. On donne à voir des images numériques, pas des images de synthèse. Les paysages captés doivent exister vraiment. Les rigoristes se cantonnent à jouer sur la luminosité, la couleur et le contraste et nomment « retouche en profondeur » toute autre intervention. Soyons lucide, à l’ère de Photoshop, la limite entre post-traitement et retouche évolue sans cesse, surtout chez les plus jeunes.

Faisons un parallèle avec la photo de charme. Faire disparaître un éclat de lumière, recadrer, atténuer légèrement les rides près des yeux, éclaircir le visage… Rendre simple et clair un portrait, j’appellerai cela du post-traitement.
Affiner la silhouette, gommer totalement les rides et le grain de la peau, agrandir les yeux… On va dire « idéaliser », j’appellerai cela de la retouche en profondeur ou de la manipulation.

A l’aide d’outils informatiques, le post-traitement permet de faire tendre l’image vers les émotions qui nous ont guidés sur place, et qui nous ont amenés à photographier. Il fait partie intégrante de la création artistique en permettant d’exprimer sa vision personnelle, son interprétation intellectuelle et sensible du « réel ».

Livre : L’Intention du photographe: Comment donner un sens à vos images en postproduction, de David duChemin, (Pearson, 2011)
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Mes précédents billets sur le sujet :
Photo et réalité, l’objectivité d’un paysage
Création et vérité à l’ère du numérique 1/2 et 2/2

L’art agit sur le cerveau

Oct
17

J’entame une nouvelle série de billets sur la création artistique. Pas de plan ni d’articulation précise, mes pensées, mes lectures, en vrac, dans le pur esprit blog 😉

15552 Hêtraie sommitale du Mont-Beuvray, ancien oppidum gaulois de Bibracte, Morvan, NièvreNe pas lever le voile (de brume) pour garder le mystère – Mont-Beuvray, mai 2016

C’est la thèse du neurologue Pierre Lemarquis. Face à une œuvre d’art qui nous réjouit (littéraire, picturale ou musicale), nous activons notre système du plaisir et de la récompense, notre empathie, nos neurones miroirs. Nous imitons et entrons en résonance avec l’esprit du créateur qui s’incarne et nous métamorphose (en réactivant la plasticité de notre cerveau). Avec ce florilège d’émotions qui fait chavirer peut se produire un effet thérapeutique, une régénération spirituelle qui nous ressource en profondeur, qu’Aristote appelait catharsis.

« L’art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau » (Victor Hugo)

Les philosophes ont, les premiers, pressenti l’impact de l’harmonie et des créations artistiques sur notre santé.
Robert Vischer donna un nom au processus en 1872 : l’empathie esthétique, le ressenti de l’intérieur. Véritable simulateur d’émotion, elle entraîne dans des territoires inexplorés, aide à se connaître et à mieux comprendre les autres et le monde qui nous entoure.
La beauté permet de transcender notre existence, de mettre à distance nos problèmes, de remettre les choses à leur juste place. Elle accroît notre champ de conscience, nos possibles. Dès lors, on peut élaborer plus facilement des solutions créatives face à nos défis quotidiens.
En résumé, l’art nous fait du bien, crée du lien et nous aide à mieux nous connaître, participe à notre équilibre, développe notre empathie, permet d’explorer notre cerveau, développe nos capacités intellectuelles…

Dix années sont nécessaires pour développer sa créativité. La façon dont je perçois aujourd’hui le monde dépend de mes expériences, décisions et choix passés. Recyclage de ce qui s’est accumulé dans mon cerveau. Avec cette conscience qu’il me faut quotidiennement renouveler ma façon de penser. Car de mes pensées découlent mes émotions qui animent mes actions. Donc ma capacité de continuer à voir et de photographier différemment, en frappant l’imagination.
Il est plaisant de penser qu’une belle image, un paysage harmonieux puisse modifier le regard que l’on a du monde, comme un médicament.

« Si un homme traite la vie en artiste, son cerveau devient son cœur.  » (Oscar Wilde)

A lire : L’Empathie esthétique : entre Mozart et Michel-Ange, de Pierre Lemarquis (2015)
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La « nouvelle loi (anti-) montagne »

Oct
7

mountain-wilderness-69

Dans un billet début juillet, je m’inquiétais de l’accélération de la privatisation de l’espace commun*. Et dans ma lettre d’information, je rajoutais :
« Mauvaise année pour la biodiversité française. Après le raté prévisible de la COP21, voilà que l’Assemblée nationale a définitivement adopté le 19 juillet dernier le projet de loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » (traduction de la novlangue : contre la nature, voir ce lien). Un texte qui a dû subir la pression des lobbys, qui prévoit toujours plus de béton, des stations de skis jusqu’au sommet des montagnes, de l’argent à se faire mais… avec la mise en place de « compensation de la destruction de la nature ». Nous voilà rassurés ! Depuis le début de l’année c’est un festival de mesures bien inquiétantes. Les paysages vont-il bientôt être monnayés ? »

Le 4 octobre 2016, Frédi Meignan, le Président de l’association Mountain Wilderness France (l’association nationale de protection de la montagne) lance un coup du gueule : J’ai honte pour l’avenir nos montagnes… (ou comment des agissements comme ceux de L. Wauquiez pourraient tuer les Alpes). Extrait :

(…)
Nous sommes au cœur de « Auvergne Rhône Alpes » la plus grande région montagneuse d’Europe. Pour tous ceux qui aiment et qui rêvent des Alpes, en France et en Europe, ce matin alors que j’étais immergé dans cet univers de beauté, j’ai ressenti de la honte face aux agissements de Laurent Wauquiez le nouveau président de cette région. Si il continue dans le même sens, nous risquons de massacrer cette richesse inestimable que représentent ces expériences de vie en pleine montagne…
Tout en continuant à monter sur le sentier au cœur de ce haut royaume de la nature, j’ai repassé dans ma tête les décisions de L. Wauquiez prises ces derniers mois et concernant la montagne :
– la suppression brutale et totale de la subvention à Mountain Wilderness, association nationale de protection de la montagne… sans même un courrier ou un coup de fil pour prévenir. Du très grand mépris. Et des baisses très fortes pour la plupart des associations de protection de la nature.
– la multiplication par 40 (!) des subventions pour encourager et favoriser la chasse aux animaux en montagne et ailleurs. Alors que beaucoup s’accordent à dire qu’il faut faciliter l’accès de tous à la montagne en 4 saisons, cette décision sonne comme un violent rejet de tous ceux qui ont besoin de nature (mais qui n’ont pas forcément envie d’y aller avec un fusil).
– la décision de mobiliser plus de 200 millions d’euros pour installer des milliers de canons à neige en montagne. Alors que l’avenir de la montagne ne peut être que riche d’une vraie diversité d’activités en pleine nature, on concentre tous les moyens sur une mono activité… Un enfermement, un vrai frein pour l’avenir du tourisme montagnard et une nouvelle dégradation pour l’écosystème en montagne !
– la volonté d’élargir les routes et d’agrandir les parkings dans les hautes vallées alpines pour encourager la circulation automobile vers les grandes stations… alors que la montagne souffre déjà de beaucoup trop de pollutions ! Là encore du mépris doublé d’arrogance.
– et cette semaine encore Laurent Wauquiez s’est invité brutalement dans le travail collectif mené par plusieurs députés pour préparer la « nouvelle loi montagne ». Un seul objectif pour Wauquiez permettre l’urbanisation sans limite des stations d’altitudes…
– et j’en oublie très certainement…
(…)

La totalité de son papier ici : http://www.refugedupromontoire.com/infos/billet-coup-de-gueule

* http://www.panoram-art.com/blog/2016/07/vers-une-privatisation-de-lespace-commun/

Les dessous de l’image – Tranchades de Laquairie

Août
17

C’est une atmosphère de contrée énigmatique. Dissimulée dans une petite forêt, des failles profondes et sombres entaillent une falaise de lave. La roche déchiquetée semble avoir été victime d’un couteau géant, taillant au hasard. Les gens du coin ont appelé l’endroit « les Tranchades », comme tranchées. Un lieu à couper le souffle ! De vieux arbres viennent s’y échouer dans un chaos surréaliste. De l’eau goutte et ruisselle en permanence, favorisant l’envahissement des crevasses par une exubérante végétation : incroyables épaisseurs de mousse, fougères immenses, lianes folles…

15234    Tranchades de La Quairie (ou Laquairie) (Cantal), Octobre

Voici un des lieux les plus sauvages de France, un labyrinthe sombre et silencieux quasi inconnu où je retourne en pèlerinage régulièrement. Autrefois balisé on y amenait des classes de Condat. A notre époque du risque zéro, le lieu est « interdit »* donc fréquenté par les amoureux, les aventuriers et les fous 😉 Une seule tranchée surnommée « l’autoroute » est empruntée par les rares personnes qui trouvent l’entrée. Les parois tombent à pic, jusqu’à 30 mètres de profondeur, et se resserrent, parfois, à 1 mètre de largeur. C’est de la balade engagée, on gravit les éboulis, on se faufile, on enjambe les troncs d’arbres. L’eau qui suinte de la pierre sur les éboulis branlants rend chaque pas périlleux. Chaque descente dans une tranchée a son lot d’impasses et l’on peut mettre du temps à trouver la sortie.

J’adore ce chaudron glacé et humide. La nature des origines, avant que l’homme aménage tout, devait ressembler à ça. Une jungle folle et calme. Un silence abyssal, percé par de rares cris d’oiseaux et les petits vrombissements des moustiques. On s’attend à croiser à tout moment Indiana Jones. Moins inaccessibles que les Tépuis du Vénézuela, ce chaos surréaliste se trouve en plein Cantal. Je le déconseille aux personnes sujettes au vertige et à la claustrophobie (surtout s’ils ne sont pas très bons en orientation). Avec l’effet du stress on pourrait paniquer et se mettre en danger. A l’inverse j’ai un ami qui s’y rend comme moi régulièrement et apprécie de camper sur l’un des innombrables mini plateaux entourés de tranchées donc de vide.

Pour capter ce microclimat propice au vert et aux rêves, il me fallait un site qui soit un saisissant raccourci des tranchades. A vrai dire c’est impossible tellement nombreuses sont les ambiances. Cette image couvre 210° et a été prise avec 3 photos au fisheye. Les passages sont étroits et ne permettent pas de prendre du recul. Cela nécessite par conséquent de cadrer large pour restituer un peu de la sensation d’espace ressentie sur place. Après, même sans espace, cette technique (d’assemblage au fisheye) permettrait de donner des airs de salons à vos toilettes… Pour donner l’échelle à ce lieu tolkienien, c’est mézigue, avec une veste bleue et un chapeau de paille. Je sais bien qu’une image ne peut pas restituer cette contrée. Ce texte est donc là pour aider au transport.

Commune : Saint-Amandin, tout proche de la confluence de la Santoire et de la Grande Rhue
Visite : entrée libre et gratuite, sortie… si vous la trouvez. Bah je plaisante !

* Vous ne trouverez aucun panneau. Les tranchades reposent en partie sur des parcelles privées mais rien n’en fait état. Pour la commune, officiellement elles n’existent pas.

Trémolat Cette image englobe 260°, j’ai utilisé un 24mm, une rangée de photo en haut, une autre en bas, 17 images en tout, de la pure folie en adéquation avec le site. La 3D me semble impossible à restituer. On voit bien l’étroit chemin d’où je viens. Mais pas la descente raide située juste après les fougères devant moi. Ce que vous voyez à droite de l’arbre tombé ce sont bien les falaises encadrant le chemin mais entre les fougères sur le sol et les parois c’est le vide, plusieurs mètres. Avec une chemise blanche c’est encore bibi. A moins d’amener quelqu’un, vous ne verrez personne dans cet endroit.

D’autres dessous d’images sur biosphere-bassin-dordogne.fr/photos-panoramiques/

Vers une privatisation de l’espace commun

Juil
5

11721 Plage de l'Espiguette, Le Grau du Roi (Gard), OctobreLa plage isolée de l’Espiguette (Gard). Des kilomètres de plots en bord de route pour empêcher de se garer et un parking payant à 15€ pour les fourgons, gloups !

Depuis 18 ans, je photographie le patrimoine paysager, quasi exclusivement ce qui peut-être vu par tout le monde sans acquittement d’un droits d’entrée. Le panorama (panoramique) pris depuis l’espace public a cela de particulier qu’il englobe tout un ensemble de biens publics et privés. La liberté de panorama*1 me permet ainsi de reproduire une statue ou un bâtiment dans son environnement. Et je me garde de ne pas faire d’un édifice « privé » le sujet principal occupant plus de la moitié d’une image. C’est l’espace commun que je reproduis avec ses éléments naturels et architecturaux.

J’affiche mes images en grand*2 sur mon site (et sans l’utopique et laide protection du ©). Ceci afin de partager librement la beauté, les moments rares et les émotions que peut nous apporter le patrimoine de notre hexagone. J’aide les petites structures à but non lucratif en leur permettant d’utiliser mes images gracieusement sur leur site. J’écris des articles sur mon blog afin de faire partager mon expérience de ce métier que je vis comme un bricolage permanent, une philosophie de vie faite d’essais/erreurs. Echanger et donner, sans perdre, en n’oubliant jamais qu’étant un curieux insatiable je prends (apprends) sans cesse aux (des) autres.

A côté de mes activités philanthropiques 😉 j’essaie de survivre via les utilisations commerciales que mes clients souhaitent faire de mes images*3. Or depuis le début de l’année tout semble se gâter. En janvier 2016, par un amendement, la liberté de panorama se voit exclure l’usage commercial. Le texte sera examiné en commission mixte paritaire avant son adoption définitive. Et, fin juin, nos dirigeants politiques ont décidé de privatiser le domaine public, ceci dans le cadre du projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine*4. Un nouveau droit « d’autoriser » vient d’être créé pour les gestionnaires de ces bâtiments qui ont un lien important avec l’histoire de France, même ceux tombés, depuis fort longtemps, dans le domaine public.

Partout, je le constate, avec les parkings payants, les aménagements des sites naturels, la chasse à ceux qui dorment dans leur véhicule… nos dirigeants, élus, les lobbys… tentent de privatiser et rentabiliser l’espace public et les biens communs. Une chasse à tout ce qui est gratuit et relevant du bien commun. Quelle régression dans cette société où absolument tout devient marchand et où le public se voit gérer comme le privé.

Et, bien sûr, vu la nov’langue Orwellienne parlée par nos représentants, lorsque l’on essaie de me convaincre qu’en fait on essaie de protéger le droit d’auteur… je suis tenté de penser qu’en fait on le méprise et on le piétine… Puissé-je avoir tort ?

Notes

*1 La liberté de panorama est une exception au droit d’auteur qui permet de reproduire une œuvre (essentiellement architecturale) qui se trouve dans l’espace public, mais qui attend encore son entrée dans le domaine public. Cette exception est inscrite pour majorité dans les législations européennes, mais toujours pas en France. libertedepanorama.fr

*2 Arnaud Frich, dans le même esprit, continue à partager une grande part de son savoir généreusement sur son site (à l’écrit), tout en monnayant ses versions vidéos pour gagner sa croûte, chapeau et merci l’ami 😉 blog.arnaudfrich.com/billets-dhumeur/sur-le-copyright-et-le-droit-dauteur/

*3 Autre problème et pas le moindre, le monde se virtualise à l’excès et la quasi totalité des acheteurs potentiels (pour leur site commercial) préfèrent utiliser mes images sans souhaiter que j’en tire un quelconque profit… Et dans le lot certains ignorent même mal faire. L’image se déprécie tellement à cause des banques d’images libres de droits américaines ou canadiennes qu’elle finit par ne plus avoir aucune valeur pour quelques-uns d’entre nous.

*4 Voir notamment ces 2 articles http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/nos-dirigeants-rentabilisent-l-espace-public-et-meprisent-le-droit-d-auteur_1807236.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/poster-un-selfie-devant-la-tour-eiffel-illuminee-est-illegal_1779362.html

Continuer ? – 6/6 – Que cache la crise photographique ?

Mai
12

15061 Lac de tourbière de l'Esclauze, Artense (Puy-de-Dôme), Juillet‘Les matins où l’or d’un soleil tout neuf tremblait sur les rides d’une eau paisible’
(Jonathan Livingstone le goéland)

A quoi bon faire cette photo, d’autres l’ont déjà faite ? Voici la question que la grande majorité de photographes finit par se poser face au déferlement d’images postées sur la toile. Mea culpa, en 2014 j’ai ruminé cette sombre pensée. Mais, de cette épreuve, j’ai retiré un nouvel élan, je parlerai même d’un éveil : s’est révélé ce qui comptait vraiment pour moi. Depuis, j’ai élaboré mon concept d’images fusionnées*1, j’ai accentué l’intrication de la philosophie et de la science dans mes écrits*2 et mes projets*3.

Retour sur mon analyse.

Le processus de création dans son entier procure de la joie : de l’inspiration à la conception et la capture du moment décisif jusqu’à la satisfaction et l’émerveillement de cette expérience puis la sélection, le travail de post-traitement et l’impression.

En interagissant avec les éléments de la composition comme le profane n’en est pas capable, on apprend à voir le monde d’une manière plus riche. La quête d’une belle image nous oblige à noter les détails, les subtilités de lumière… Elle contribue grandement à nous ancrer dans le présent, éveille tous nos sens, suscite le plaisir et le désir d’être en vie. Cette sensation de faire un tout avec l’humanité et le monde sensible qui nous entoure procure un fort effet thérapeutique.

Le photographe de paysage doit prendre de bonnes décisions tout au long du processus. Il lui faut analyser, sentir, réfléchir, se fier à son instinct, être méthodique, faire preuve d’un bon jugement, avoir une vision claire… afin de développer ses capacités artistiques. L’activité photographique s’appuie fortement sur l’esprit, le corps et le mental. C’est une fusion de la science, de l’artisanat et de l’art qui permet de réunir et faire s’exprimer toutes les facettes de notre être. Un acte de vision totale.

Finalement, ce découragement face à la surexposition du travail des autres révèle un manque de créativité. C’est regrettable mais cette crise peut se métamorphoser en une opportunité d’élever son esprit, se libérer des chaînes qu’à son insu on s’est posées. Continuer à produire des images « attendues », à quoi bon en effet ?! Mais réaliser des photos qui symbolisent ce que l’on est, qui représentent quelque chose pour soi, c’est la seule chose qui compte.

Désormais, on se doit de penser systématiquement à ce qu’on essaie d’exprimer et de transmettre. La qualité prime sur la quantité. ‘Douze photographies significatives chaque année est une bonne récolte’ disait Ansel Adams. Il sous-entendait 12 bonnes images qui resteront dans le temps. La photographie artistique enrichit la vie et procure des expériences sacrément plaisantes. La vie sans forme de créativité me semble une existence stérile.

Pour conclure, je citerai cet aphorisme de l’écrivain Richard Bach, l’auteur de ‘Jonathan Livingston le goéland’, livre de mon enfance qui a guidé mon choix de vie. On y lisait dans la préface : ‘Découvrez ce que vous aimeriez faire et faites tout votre possible pour y parvenir.’

*1 cf l’article dans Chasseur d’Images
*2 cf mes articles sur mon blog tagués philosophie
*3 cf le projet Biosphère Dordogne